Société — Castelnau-le-Lez

Castelnau-le-Lez : Vanessa Demaria, commandante de gendarmerie, une femme dans un monde d'hommes

En amont de la journée internationale des droits des femmes, la lieutenante-colonelle Vanessa Demaria, commandante de la compagnie de gendarmerie de Castelnau-le-Lez, a reçu la rédaction pour évoquer son parcours, ses missions et le métier de gendarme…

Parcours

Comment est née votre vocation ? A quel moment vous êtes-vous dit que vous vouliez devenir gendarme ?

Vanessa Demaria : « Ce n’est pas du tout une vocation familiale, mes parents étant artisans. J’ai eu la vocation étant jeune adulte. Cela remonte à mes vacances estivales après ma première année à la faculté de droit. Je voulais initialement devenir magistrate. Lors de ces vacances, j’ai côtoyé un ami de mes parents, qui était gendarme. Comme beaucoup de gendarmes, il avait apporté des ‘devoirs de vacances’ : il avait des écoutes téléphoniques à retranscrire. Il m’a expliqué ce qu’il faisait et m’a dit que le droit était une porte d’entrée vers les forces de sécurité intérieure. J’ai alors décidé d’orienter mes études de façon à passer les concours d’officier de gendarmerie, et les corollaires en police : commissaire de police, officier de police, inspecteur des douanes. En 2008-2010, quand on passait les concours, on était en pleine RGPD, avec une réduction des recrutements, donc il y avait très peu de places ouvertes aux concours. Il y avait seulement une trentaine de places en gendarmerie, pour le concours de commissaire de police il y avait 20 places, et pour celui d’officier de police seulement 45 places pour un millier de candidats.

Je voulais absolument décrocher un concours dans la sécurité intérieure avec une préférence pour le concours d’officier de gendarmerie. La même année, j’ai réussi le concours d’inspecteur des douanes et celui d’officier de gendarmerie, et c’est celui-ci que j’ai choisi. Ça aurait été l’un des plus grands drames de ma vie de ne pas réussir ces concours, donc je me suis donné tous les moyens possibles pour y arriver. »

Qu’en a pensé votre famille ?

Vanessa Demaria : « Mes parents m’ont beaucoup appuyée et aidée en ce sens, même si mes parents ne connaissaient pas ce milieu, ni celui de la fonction publique. »

Vous êtes ensuite passée par un long processus avant de devenir commandante…

Vanessa Demaria : « Dans le principe, en gendarmerie, on n’entre pas en milieu de grade. Je suis rentrée en 2010. On commence au plus bas niveau, comme sous-officier ou officier de gendarmerie. J’ai été aspirante pendant un an à l’école, puis sous-lieutenant pendant un an, ensuite lieutenante pendant quatre ans, puis capitaine et ensuite les avancements aux grades de chef d’escadron (appellation commandante) et à celui de lieutenante colonelle (appellation colonelle) que j’ai obtenu au 1er février 2023 se sont faits en fonction de mon parcours de carrière : les postes que j’occupais, les notations que j’ai eues… On a des inscriptions au tableau d’avancement. A partir de trois ans de grade, on est étudié pour passer le grade supérieur. Les deux fois, j’ai fait partie des promus retenus dès le départ. Ce n’est pas un aboutissement mais une reconnaissance du travail fait, sachant que l’on ne postule pas pour les grades. »

Etre une femme dans un milieu masculin

C’est un milieu d’hommes. Cela a-t-il été compliqué de vous y faire une place ?

Vanessa Demaria : « Non parce que je suis rentrée en 2010. Les premières femmes gendarmes datent de 1983. Donc en 2010, les esprits étaient déjà beaucoup plus ouverts. Le gros du travail avait été fait. Ça reste un milieu d’hommes car il y en a davantage que de femmes (22 % au niveau national). Il faudra du temps avant d’aboutir à la parité, car on devient générale en vingt-cinq à trente ans. La première femme promue générale l’a été en 2013. Et les quotas de femmes mis en vigueur en 1983 n’ont été levés que vers 1995. Il faut aussi savoir qu’avant les années 2000, le recrutement externe limitait beaucoup l’intégration des femmes : il fallait avoir suivi les classes militaires pour intégrer le corps des officiers. »

Sur les 209 gendarmes qui se trouvent sous vos ordres, combien y a-t-il de femmes ?

Vanessa Demaria : « Dans l’équipe de commandement, j’ai 2 adjoints. La commandante en second est une femme. Il s’agit de Nathalie Delbarre. Et l’adjoint au commandant de compagnie est Benoît Poidevin. Il y a 39 femmes gendarmes sur les 209 gendarmes qui composent la compagnie. En fonction des unités, la proportion de femmes est plus ou moins élevée. Par exemple, au PSIG (peloton de surveillance et d’intervention) il n’y a pas de femme. En brigade territoriale, il y en a beaucoup plus. Il y a une femme commandante d’unité (brigade) sur les huit. On trouve davantage de femmes dans des corps de soutien et des postes d’emplois civils, moins sur les unités de terrain. »

Les missions

Quel est le rôle qui vous est assigné personnellement ? Quelles sont vos tâches ?

Vanessa Demaria : « Je commande la compagnie de Castelnau. Je dirige les ressources humaines : je note les gendarmes, les félicite ou les sanctionne, émets des avis sur demandes de mutation et de stage. Je m’occupe aussi des relations publiques : mes commandants d’unités ont des relations avec leurs maires, moi aussi, mais sur des sujets différents : les constructions de casernes, la politique de sécurité globale… Je suis également en charge de l’opérationnel sur ma circonscription. Je contrôle les commandants de brigade et leur donne des moyens supplémentaires de mener des actions si besoin. Par exemple j’envoie la brigade de recherche (BR) pour les appuyer sur une enquête, le Peloton de Surveillance et d’Intervention de la Gendarmerie nationale (PSIG) pour les aider sur un contrôle ou une interpellation. J’organise aussi certaines opérations qui nécessitent de sortir de leur circonscription ou des moyens d’envergure. Récemment cela a été le cas pour l’évacuation des gens du voyage installés à Sablassou, cela relevait du niveau de la compagnie. Certaines opérations sont sous mon commandement direct ou sous celui des officiers de brigade, en autonomie, qui me rendent compte de ce qu’ils font.

Le général me donne des directives et des priorités d’actions que je décline pour qu’elles soient le plus opérationnelles possible et qu’elles correspondent à ma circonscription.
Par exemple, si le général me demande de lutter contre les violences intrafamiliales, je vais tenir compte des spécificités de mon territoire et adapter la politique de sécurité à mon territoire. Il est important d’avoir un contact de proximité avec la population et les élus pour avoir une politique de sécurité sur mesure.

Je suis aussi commandante de caserne : je la gère, ainsi que les logements, l’entretien de la caserne, le règlement intérieur, les familles, les problèmes de voisinage s’il y en a, car la vie en collectivité peut en créer. Nous les gendarmes vivons en communauté et travaillons ensemble. L’entraide est indispensable. C’est ce qui nous différencie des policiers nationaux, qui ne vivent pas sur le lieu où ils travaillent. Nos enfants vont dans les écoles de quartier, nous pouvons croiser ‘nos’ délinquants dans toutes nos activités du quotidien. C’est le vivre ensemble… »

Quels sont vos objectifs de mission ?

Vanessa Demaria : « Je suis chargée de mettre en place une politique de sécurité sur mon secteur, de faire en sorte que la délinquance n’explose pas voire baisse, et de la lutte contre les violences intrafamiliales, les trafics de stupéfiants, les séparatismes. Mais je n’ai pas d’objectifs chiffrés. Je dois aussi améliorer le fonctionnement de mes unités. Chaque commandant apporte sa pierre à l’édifice. »

Comment envisagez-vous votre mission ?

Vanessa Demaria : « Une mission qui me tient personnellement à cœur est la transmission et la création de vocations. C’est pourquoi j’accueille beaucoup de stagiaires de divers niveaux : des élèves de troisième, du bac pro sécurité du lycée Pompidou, des cadets de la défense et de la gendarmerie, des étudiants en master et licence de droit, une polytechnicienne… Je réalise beaucoup d’interventions personnelles dans les facs pour apporter ma contribution aux étudiants. C’est très important pour moi car cela permet de créer des vocations. »

Quel type de commandante êtes-vous ?

Vanessa Demaria : « J’essaie de commander avec le plus d’humanité possible, de prendre en compte les problématiques et la situation de mes personnels. Je commande des humains qui traitent de l’humain. Il est important qu’ils se sentent bien. Les gendarmes qui prennent les plaintes et sont au contact de la population doivent bien souvent absorber la souffrance des gens. Je suis donc le plus attentive possible à mes gendarmes, à leurs besoins. J’espère le faire du mieux possible. Parfois on peut passer à côté d’une difficulté vécue par un personnel car les dossiers et les sollicitations s’enchaînent. J’essaie d’être sur le terrain le plus souvent possible malgré la charge administrative que requiert mon poste. Je consacre plus de la moitié de mon temps aux rapports, notations, réponses à des mails, à gérer les problèmes de réparation de la caserne. Mes journées sont très denses. D’autant que je dois aller voir le plus possible les partenaires, assister à des réunions avec le préfet, au tribunal, avec mes patrons au groupement au sujet des stratégies à adopter, des créations de brigades… Tout cela prend du temps. »

> A lire dans de prochains articles le point de Vanessa Demaria sur les dangers du métier, la prévention du suicide chez les gendarmes, la délinquance sur sa circonscription et les nouveaux outils à la disposition de sa profession…

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