Claude Viallat ou l’affranchissement des diktats picturaux / Musée Fabre de Montpellier, jusqu'au 2 novembre 2014

Abolir l’utilisation du châssis, de la toile apprêtée et du pinceau, s’affranchir du jugement…

Abolir l’utilisation du châssis, de la toile apprêtée et du pinceau, s’affranchir du jugement académique des institutions muséales, tel est le combat que mène Claude Viallat depuis plus de cinquante ans, lui qui peint à même le sol sur des tissus crus, ni apprêtés ni tendus sur châssis, en leur appliquant de façon régulière et itérative la même forme, jugée quelconque et appréciée comme telle, depuis 1966. Le peintre – apôtre de l’abstraction, sauf dans ses œuvres tauromachiques – est attentif au devenir de la peinture et de la couleur sur des tissus aussi divers que des draps de lit, des parasols, des toiles de tentes, des tauds de bateaux ou encore des rideaux. Sa rigueur dans le travail, toute protestante, le pousse à expérimenter également, de la façon la plus simple possible, le rapport à l’objet, pour ne pas dire à la sculpture, dans une réflexion parallèle à ses recherches picturales. 250 de ses peintures, dessins et objets marquent actuellement le musée Fabre de leur présence colorée et libre.

 

Cet article a été publié dans une version plus complète dans “L’Hérault Juridique & Economique” du 31 juillet 2014.

 

Une « non-forme » caractéristique

A l’instar des membres de Supports-Surfaces (mouvement créé en 1970, dont Viallat s’affranchira en 1971, tout en restant fidèle à ses principes de base de déconstruction de la peinture), Claude Viallat a quasiment toujours mis un point d’honneur à ne pas peindre sur une toile montée sur châssis (sauf à ses débuts, figuratifs). Depuis 1966, il applique à l’infini toujours la même forme volontairement « quelconque », que l’on pourrait comparer à un haricot, à l’acrylique, sur des supports extrêmement variés et relevant de l’usage quotidien, usagés, voire sales : toiles de parasol, tapis, nappes… Ces tissus « variés et improbables » sont souvent « raboutés (mis bout à bout) au hasard », selon lui, et restent garnis de leurs accessoires d’origine, comme des rivets, sangles et autres morceaux de plastique. Progressivement, après avoir peint uniquement sur des tissus monochromes, il a intégré également des tissus à motifs. Il lui arrive de peindre recto-verso. Il joue essentiellement de l’inter-action entre ses formes neutres (les « haricots ») et les interformes, voire les motifs préexistants, et les supports non conventionnels, qui absorbent plus ou moins la peinture. Claude Viallat n’est pas homme à sacraliser les œuvres qu’il crée. Il ne les signe pas. Et pour les transporter, il lui arrive de simplement les plier et les enfermer dans une valise. Car son œuvre est synonyme de liberté. Au Musée Fabre, ses peintures flottent, librement ou aux cimaises. Il n’y a généralement ni haut ni bas dans ses créations, que l’on peut accrocher de différentes façons si on le souhaite.

Des « objets » en équilibre

Les objets de Viallat résultent d’une exploration de matériaux simples : la corde, le cercle de barrique, le bois flotté… Comme ses filets, ses cerceaux explorent « la réalité du vide ». D’une manière générale, les objets de Viallat illustrent les principes d’équilibre, de tension et de précarité.

Une redécouverte de Viallat

« Trop souvent réduit à sa seule marque de fabrique » (le « haricot ») – selon Michel Hilaire, commissaire de l’exposition et directeur du musée – l’œuvre de Claude Viallat dévoile sa grandeur dans l’extrême simplicité de sa forme et la majesté de ses couleurs et de ses formats, au fil des salles du musée Fabre.

Virginie MOREAU

> Musée Fabre – 39, bd Bonne Nouvelle – Montpellier – 04 67 14 83 00.

> L’expo Viallat est visible jusqu’au 2 novembre 2014, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Musée ouvert le 15 août.

> Visites guidées tous les samedis à 14h, de juillet à octobre 2014.

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