Gisèle Cazilhac : des tableaux à l’appartement en trompe-l’œil (vidéo)

Reportage

Gisèle Cazilhac est artiste peintre. Vivant depuis son enfance à Montpellier, elle est l’une des figures de la scène artistique locale. Il y a quelques mois, elle s’est lancé un challenge : réaliser des trompe-l’œil sur les murs et le plafond de son appartement. Nous avons voulu en savoir plus, et avons découvert de surcroit sa grande fantaisie et son mobilier, pas banal…

Comment êtes-vous venue à la peinture ?

Gisèle Cazilhac : « Etant enfant, j’ai beaucoup dessiné. Je suis venue à la peinture par besoin de rajouter de la couleur – beaucoup de couleurs très vives – à tous mes personnages… »

Quelle a été votre formation ?

« Après des études secondaires d’arts plastiques au lycée Mas de Tesse à Montpellier, j’ai suivi les cours de l’école privée Bessile, puis je me suis inscrite à l’école des Beaux-Arts tardivement, après avoir déjà une production personnelle. Et j’ai commencé à exposer…»

Comment définissez-vous votre style ?

« Mes tableaux sont caractérisés par la profusion de personnages. Au début je dessinais des visages, puis j’ai créé des personnages plus complets, et j’ai commencé à les faire bouger. J’ai peint avec des couleurs fluo ; j’ai introduit plein de couleurs différentes dans ma palette, de façon à ce que ce soit multi-colore. Je peins beaucoup de scènes de piscines, de mer, de plages, de nageurs… C’est dû au fait que je vis dans le Sud, près de la mer. Je fais beaucoup de vues du ciel, parce que ça permet de peindre des vues d’ensemble. Mais aussi des vues depuis la terre, avec des personnages qui semblent tomber du ciel, qui volent. C’est l’objet notamment de mes Parajupes, où les jupes sont office de parachutes. »

Gisèle Cazilhac © Virginie Moreau.

Pourquoi peindre autant de personnages sur une seule toile ?

« Je pense que c’est parce que j’ai été élevée dans une famille nombreuse, avec trois sœurs et deux frères. J’ai tellement été entourée de gens que j’ai besoin de peindre des tas de personnages, bien que je sois très solitaire. Plus il y en a, mieux c’est. Avec tous les thèmes qui sont en rapport : les terrasses des cafés [hors Covid, NDLR], les gens entassés sur la plage… »

Etre une femme a-t-il freiné votre carrière de peintre ?

Gisèle Cazilhac : « Il y a sans doute eu des freins. Je pense que si j’avais été un homme, les choses auraient peut-être été légèrement différentes ; j’aurais eu des propositions d’expositions plus rapides ou plus intéressantes. Je peux donner des anecdotes. Un jour, un homme est entré dans une galerie où j’exposais. Il a dit : « J’adore, c’est vraiment bien ! ». Quand il a demandé le nom de l’artiste et qu’on lui a répondu que c’était Gisèle Cazilhac, il a fait une espèce de moue déçue. Il a dit « Ah, mais c’est une femme qui a fait ça » avec une réelle déception. Un galeriste m’a même conseillé de retirer mon prénom et de ne garder que mon nom de famille. Une autre fois, quelqu’un m’a dit que j’avais une peinture « virile ». Mais qu’est-ce au juste qu’une peinture « virile » ? Voilà pour les anecdotes… Parfois je me dis que si j’avais été un homme, je n’aurais peut-être pas été peintre. »

Il y a plusieurs mois, vous avez commencé à peindre des trompe-l’œil sur les murs de votre appartement…

« J’ai toujours rêvé d’avoir des trompe-l’œil chez moi, dans cet appartement que j’adore. Je pensais qu’il fallait faire appel à des spécialistes. Un jour, un professionnel du trompe-l’œil m’a dit : « Tu es peintre, donc tu dois pouvoir y arriver ». En effet, j’y suis parvenue relativement facilement. Je voulais me lancer ce défi de faire quelque chose qui changeait de ma peinture habituelle. Mes murs blancs y sont tous passés ! »

La chambre de Gisèle Cazilhac, avec vue sur mer… © Virginie Moreau.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour vos trompe-l’œil ?

« C’est simple : les trompe-l’œil ont remplacé tout ce qui me manquait. Je n’ai pas de jardin donc j’ai peint un jardin le plus hyperréaliste possible. Ensuite j’ai voulu un escalier qui monte aux chambres, un peu comme dans un château. Je savais que ce ne serait jamais possible, donc je me le suis peint. En fait, j’ai peint ce que, peut-être, je n’aurai jamais. C’est ça la part du rêve. C’est ce que j’ai toujours aimé dans le trompe-l’œil : cette illusion. »

Le salon en trompe-l'œil de Gisèle Cazilhac © Virginie Moreau.


Au plafond, vous avez peint des personnages dans votre propre style…

« Après avoir peint tous les murs, j’étais dans mon canapé à regarder mon plafond blanc. J’ai passé des mois à me dire que j’aimerais peindre mon plafond également ; l’ouvrir sur le ciel. On approchait du confinement. On parlait déjà de pandémie, du fait que l’on serait peut-être obligé de rester chez soi. J’ai voulu faire un plafond un peu à la Michel-Ange – je dirais à la Gisèle-Ange – avec des personnages, des avions qui ressemblent à des oiseaux, des oiseaux qui ressemblent à des avions… Et toujours des personnages qui volent, qui m’atterrissent dessus. C’était au-delà de peindre un ciel : j’ai voulu faire un habillage de ce ciel. »

L'escalier en trompe-l'œil de Gisèle Cazilhac.

Qu’est-ce que cela vous fait de vivre entièrement entourée de trompe-l’œil ?

« C’est le rêve… Le trompe-l’œil, en soi, c’est une perspective. Ça permet d’agrandir un lieu. C’était mon but, car mon appartement n’est pas immense non plus. Et il y a cette joie de les avoir faits moi-même. Mais surtout l’impression de vivre comme dans un décor de théâtre. Déjà que j’adore cet appartement et que je ne m’y ennuie jamais, alors là, c’est encore mieux ! Je conseille à tout le monde de faire des trompe-l’œil chez eux. »

Gisèle Cazilhac : autoportrait devant sa marelle réalisée pour une école montpelliéraine.

Vous avez une passion insolite, hormis la peinture…

« Insolite je ne sais pas, mais oui, j’ai une passion pour les lunettes. De toutes les couleurs, évidemment, comme ma peinture… [Elle montre une dizaine de paires de lunettes]. Là je n’ai pas sorti toute ma collection. Je dois en avoir une vingtaine. Je ne leur ai pas encore donné de prénoms, mais ça viendra peut-être [rire]. »

Quels sont vos projets ?

« Des projets, j’en ai toujours plein. Il y en a un qui me tient énor-
mément à cœur, mais qui est décalé à cause de la pandémie : la décoration entière de la nef de l’église d’un village occitan. Je vais pouvoir retracer toute l’histoire du village grâce à 4 toiles monumentales de
5 mètres de long chacune. Ça va être LE projet de ma vie. Je travaille sur d’autres projets, dont l’habillage de la ligne 5 de tramway de Montpellier. J’attends le lancement du concours. Et deux fois par an, j’ouvre mon atelier à l’occasion du parcours d’ateliers d’artistes des Briscarts. »

Vous écrivez aussi vos propres chansons, que vous interprétez et mettez en musique…

« Un jour peut-être, je vous en chanterai une… »

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Commentaires

  1. Bonjour Gisèle,
    J’ai vu un peu vos belles peintures sur le net, ce qui m’intéresse le plus actuellement c’est une fresque murale style trompe l’œil.
    J’ai un mur d’environ 5,5m x 2,40m
    Horizontal à peindre.
    J’aimerais avoir des paysages et le ciel car ce mur au rdc n’a pas beaucoup de lumière du jour si ce n’est qu’un puits de lumière.
    C’est dans un couloir dont j’aurais aimer avoir un prolongement de vue de par ce grand mur.
    J’aimerais avoir votre avis et votre réalisation de mon projet.
    Merci d’avance.

    Cordialement.
    C. Quesnot.

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