Le dernier des vignerons.

Juillet 1789 : Le peuple s'est révolté. Le peuple a détruit, brûlé, massacré. Novembre…

Juillet 1789 : Le peuple s’est révolté. Le peuple a détruit, brûlé, massacré.
Novembre 2009 : Les viticulteurs ont manifesté. Les viticulteurs ont cassé.

On s’accorde aujourd’hui à dire qu’en 1789, le peuple avait quelques raisons de se révolter. Peut-être faudrait-il analyser, aussi, le pourquoi de la colère de nos viticulteurs ; Et tout en condamnant les détériorations de fin de manif, essayer de comprendre le désarroi de toute une profession qui doit rembourser ses dettes et nourrir ses enfants au quotidien (Je sais, ils ne sont pas les seuls).

Pendant plus d’un siècle, le Languedoc a vécu directement ou indirectement de la viticulture.
A Bessan, les seuls coopérateurs ont approché les 800, pour une population de moins de 3000 habitants ; et la coopérative a dépassé certaines années les 140000 hectolitres (1 hectolitrel = 100 litres). Aujourd’hui, toujours à Bessan, les jeunes viticulteurs se comptent sur les doigts d’une main, et la coopérative accueille seulement 26000 hectolitres.

Un peu partout dans la région, il est devenu impossible de devenir viticulteur,
sauf d’hériter des vignes de ses parents et du matériel qui va avec. J’ai le témoignage d’amis, propriétaires-viticulteurs, qui vivent avec l’équivalent du RMI. De grandes propriétés qui comptaient jusqu’à un million de pieds de vigne sont à l’agonie. En 1970, il fallait vendre 100 hectolitres de vin de table à un négociant, pour se payer une belle voiture. Il faut 700 hectolitres aujourd’hui pour se payer une voiture équivalente. 

Certains viticulteurs travaillent à perte. On peut bien sûr se demander pourquoi, dans ces conditions, ils continuent à le faire. L’explication est simple. Ils ont une propriété avec des vignes qui représentent un certain capital. Qu’ils arrêtent de travailler ces vignes, et le capital n’existe pratiquement plus.

Bien sûr, la plupart des viticulteurs n’ont pas su prendre le tournant. Bien sûr, ils n’ont pas su s’adapter. Bien sûr ils ne sont pas aussi malins que peuvent l’être certains affairistes. Mais ils ont travaillé dans le froid de l’hiver, dans la chaleur et la poussière de l’été ; et pour ce travail difficile au quotidien, ils méritent le respect.

L’arrivée de nouvelles boissons sur le marché, à grand renfort de publicité, a entraîné un changement de comportement chez les jeunes, et donc une diminution de la consommation de vin. L’interdiction légitime de la publicité sur les alcools a accentué encore le phénomène. Les télévisions en ont rajouté une couche, en laissant croire que le vin est le principal responsable des accidents chez les jeunes, alors qu’il ne se boit pratiquement pas de vin dans les dancing et fêtes de village.

J’ignore si nos élus nationaux ont, de leur côté, voulu tuer la viticulture du Midi pour faire de la place au tourisme. Peut-être ont-ils simplement joué à l’apprenti sorcier sans rien connaître au problème !

Je ne vais pas, comme eux, donner des solutions hasardeuses.
Je vais simplement dire les travers d’une économie toute libérale, où un vin en bouteille, vendu 2 euros par un producteur, est revendu 20 euros par certains restaurateurs. Je vais simplement dire qu’encore une fois, des travailleurs sont en train de crever, et qu’on va leur demander de le faire avec le sourire aux lèvres, pour ne pas déranger les plus nantis.

Michel Sabatéry

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