Arts : que penser de la nomination de Numa Hambursin à la tête du Mo.Co ?

Après de longs mois de suspense et des débats partisans qui ont déchiré la scène artistique montpelliéraine, Numa Hambursin a été élu nouveau directeur du Mo.Co. ll succède ainsi à Nicolas Bourriaud. Cette élection marque un tournant dans la politique culturelle menée à l’Hôtel des Collections, à la Panacée et à l’Ecole des Beaux Arts.

Une longue polémique

La question d’un changement éventuel de direction au Mo.Co enflamme le landerneau montpelliérain depuis l’élection de Michaël Delafosse à la mairie puis à la présidence de Montpellier Méditerranée Métropole. En effet, lors de la campagne électorale, alors directeur du Mo.Co, Nicolas Bourriaud, tablant sur une réélection de Philippe Saurel, s’était élevé contre le candidat Delafosse et avait ouvertement soutenu le candidat Saurel par journaux interposés. Michaël Delafosse s’était par ailleurs étonné du montant des dépenses de la structure Mo.Co.

Le contrat de trois ans de Nicolas Bourriaud atteignant son terme, un premier jury avait opéré une première sélection. Trois candidatures s’étaient distinguées : celles de Ashok Adicéam, Numa Hambursin et Céline Kopp. Nicolas Bourriaud était donc écarté pour être arrivé en cinquième position, selon nos sources. Les 161 étudiants de l’Ecole des Beaux-Arts de Montpellier, dépendant du Mo.Co, avaient immédiatement rappelé leur attachement à Nicolas Bourriaud dans une lettre adressée aux rédactions. Ils s’élevaient surtout contre Numa Hambursin, dont ils dénonçaient l’amitié avec Michaël Delafosse, et avaient jugé son projet « indigent ».   

Lors du vote du conseil d’administration du Mo.Co le 23 mars, c’est finalement Numa Hambursin qui a recueilli le plus de voix (12) face à Ashok Adicéam (6) et Céline Kopp (1). Le tout dans une ambiance mouvementée, les étudiants ayant décidé de manifester devant l’Hôtel de la Métropole. Les statuts du Mo.Co stipulant la nécessité d’atteindre 13 voix pour valider l’élection, le service juridique de la Métropole a finalement tranché en faveur de l’élection de Numa Hambursin.

Un parcours sans faute

Du fait de l’amitié connue entre le maire et Numa Hambursin, certains crient au clientélisme, voire au népotisme. Mais peut-être faudrait-il examiner les compétences du nouveau directeur du Mo.Co et juger d’après son parcours. 

Âgé de 41 ans, ancien galeriste à Avignon et Montpellier, critique d’art et commissaire d’expositions, Numa Hambursin a été de 2010 à 2017 le directeur artistique du Carré Sainte-Anne, à Montpellier. On se souvient de ses très belles expositions consacrées à Gérard Garouste, Robert Combas, Hervé Di Rosa, JonOne, Manuel Ocampo, Stéphane Pencréac’h, Barthélémy Toguo, Jonathan Meese, AL, Carole Benzaken. Beaucoup d’entre elles avaient été relayées par les médias spécialisés nationaux et locaux, et avaient rencontré un réel succès populaire, devançant de loin, dans l’esprit du public, les expositions orchestrées par Nicolas Bourriaud, réservées à une élite.

Sous la direction de Numa Hambursin, la création artistique contemporaine était plus abordable et compréhensible pour le public.

Il a été couronné par le Prix AICA France de la critique d’art pour son texte sur Marlène Mocquet. A Montpellier, il assure la direction artistique de la Fondation GGL Helenis pour l’art contemporain à l’Hôtel Richer de Belleval, place de la Canourgue, où il a fait venir des artistes reconnus comme Jan Fabre, Jim Dine, Abdelkader Benchamma et Marlène Mocquet, qui y ont créé des œuvres pérennes.

Depuis 2018, il a créé et développé le Pôle Art Moderne et Contemporain de la ville de Cannes (PAMoCC), plaçant à la Malmaison des expos – elles aussi saluées par la presse spécialisée – de Niki de Saint Phalle et du célèbre Kehinde Wiley. Il a également présenté au Suquet des œuvres de la jeune peintre d’origine iranienne Nazanin Pouyandeh et d’Olivier Masmonteil. Sous son égide est né le projet de transformation de la Malmaison en centre d’art sur la Croisette, qui devrait ouvrir en 2024.

Un tel parcours peut difficilement être remis en cause. 

D’après nos sources, son projet pour le Mo.Co comprendrait des expositions estivales dédiées à des artistes internationaux (Kader Attia, Marlene Dumas, Neo Rauch, Cecily Brown, Francesco Clemente, Nicole Eisenman), un festival street-art et encore des expositions d’artistes proches de Kehinde Wiley à Dakar. Sans oublier une prise en compte des quartiers de la ville de Montpellier.

Peut-être pourrait-on prendre un peu de distance avec la vindicte actuelle et attendre de voir Numa Hambursin à l’œuvre pour se faire une opinion ?

Affrontement de deux écoles de pensée artistique

Derrière cette nomination, on peut penser que deux écoles de pensée artistique se sont affrontées : l’art conceptuel pointu de Nicolas Bourriaud, face à l’amour de la peinture de Numa Hambursin. Est-ce si grave que la peinture l’ait emporté face au conceptuel ? Rien n’est moins sûr, si l’on se place du point de vue de l’accessibilité de l’art au public.

Faut-il rappeler que dans les années 1970, certains prônaient, voire prédisaient, la mort de la peinture ? Le débat est donc peut-être uniquement à placer sur le plan artistique.

Pour assurer correctement ses nouvelles fonctions, on imagine que Numa Hambursin sera amené à renoncer à ses postes à la Fondation GGL Helenis et à Cannes. Quant à savoir si la polémique va perdurer… A suivre…

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Commentaires

  1. Merci pour cet article apaisé. Bravo pour votre approche journalistique avec les faits et votre analyse perso. Un travail de pro.
    Francis Ginestet.

    1. En effet, il faut parfois prendre de la distance par rapport aux grondements de la foule. Venant d’un excellent journaliste, votre commentaire me fait très plaisir et me conforte dans mon approche journalistique. Cordialement. Virginie Moreau

  2. Les carrières de Nicolas Bourriaud et Numa Hambursin ne sont tout de même pas comparables ! L’un est une référence dans le champ de l’art et de la pensée. Cela ne dévalorise pas la trajectoire locale de Numa Hambursin, mais tout de même, l’effort de légitimation de l’article est un peu curieux. Par ailleurs, les échos de la gestion de Bourriaud au sein de l’école d’art sont excellents, et le projet pédagogique de Hambursin ne saute pas aux yeux.

  3. Quel article ! Pour reprendre vos arguments vous parlez de l’aura national et régional du nouveau candidat sans parler de l’aura international de Nicolas Bourriaud, imaginez un peu que le club de football de Montpellier ait laisser partir M’bappé pour un joueur de deuxième division (pour le même salaire, en plus). Quant à votre argument de l’accessibilité c’est un aveux de nivellement par le bas condescendant qui va dans le sens d’une pathétique démocratisation de la culture par le siphon du street art (qui depuis quelques temps veut être partout sauf dans la rue)

  4. Et quid du projet et des compétences pédagogiques? C’était bien l’enjeu du Moco, d’intégrer la pédagogie à la création en acte et inversement!

  5. Je suis très intéressée par l’art, j’écris régulièrement des articles sur des artistes locaux et je dois reconnaître que les expositions conceptuelles du Mo.Co ne m’ont pas enthousiasmée. Je pense que la Panacée joue déjà ce rôle de fenêtre sur l’art conceptuel. Même si le Mo.co doit rester ouvert à des oeuvres originales, il pourrait bénéficier de choix plus accessibles à l’émotion et aussi à des artistes de la région.

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