SETE - " SKADOCKS !" du 18 juin au 6 novembre 2016 - Musée international des Arts Modestes

Les Shadoks à la téléDans ce petit appartement de la rue des trois journées…

Les Shadoks à la télé

Image 03(5)Dans ce petit appartement de la rue des trois journées à Sète, entrele canapé en skaï et le buffet en formica, sur les carrelages mouchetés, la télévision, gros bloc de verre, de bois et de plastique trônait sur une tablette à roulettes. La pauvreté des programmes, la misère du choix (2 chaînes), lui donnait un air de monotonie infinie grisâtre ponctuée des apparitions du général de Gaulle et des hommes politiques de l’époque, s’éteignant à minuit pour laisser la place à une mire immobile vous fixant comme un œil impassible jusqu’au lendemain midi. La fantaisie et l’animation y étaient rares, à part le club Mickey et ses Silly Symphonies, et quelques dessins animés en provenance d’Europe de l’Est.

Image 02(4)J’avais huit ans quand les Shadoks ont débarqué du téléviseur. Ils semblaient des parasites, un véritable virus télévisuel, virtuel avant l’heure. Pourtant, la voix entêtante de Claude Piéplu, bien connu pour ses feuilletons et autres théâtres filmés très populaires, nous indiquait bien qu’il s’agissait de l’ORTF, la télévision d’État. Mais, bientôt, cette voix caustique et mordante allait faire mouche. Nombreux étaient ceux qui pouvaient se sentir visés dans une société française encore très traditionnelle, hiérarchisée et conformiste et assez contente d’elle-même où les hommes politiques se prenaient très au sérieux.
Ce bloc de verre et d’ennui se déchirait chaque soir à 20h30 pour laisser entrer les Shadoks ! Je fus d’emblée sidéré par ces drôles d’échassiers qui défiaient la logique et nous confrontaient pour la première fois à l’absurde, avec une grande intelligence déguisée.

AA

Le meuble de la TV était déjà devenu depuis longtemps le support de l’art modeste, souvenirs des vacances en Allemagne et babioles gagnées à la foire, mais c’est dans les entrailles du poste que la révolution s’annonçait. À l’aube des années 70 à Sète, sans musée, sans concert, sans rien, la télévision prenait des couleurs et des chaînes mais continuait à nous assommer !
Sauf les Shadoks, qui, année après année, devenaient une cause nationale, avec leurs supporters, peu nombreux, et la foule criant au scandale. Puis l’underground, la BD pour adulte, le rock, le punk, la science fiction, explosèrent. Sans jamais démoder les Shadoks. Ils devenaient même la racine de la liberté pataphysique sur la chaîne d’État.
Les Shadoks de Jacques Rouxel réunissaient, grâce au service de la recherche de l’ORTF, les expériences graphiques les plus underground, la peinture abstraite la plus contemporaine et les fulgurances sonores de Pierre Schaeffer. En effet, sous des allures de provocations anarchistes, de gag de début de soirée, il devint un espace pour les expéri- mentations les plus avant-gardistes. Ils avaient leur place dans un musée et le MIAM est fier de les accueillir avec leurs comparses Gibis sortant du Swinging London des Beatles et des Kinks.
Je remercie ici Marcelle Ponti-Rouxel, Matthieu Lamotte et Thierry Dejean qui nous ont ouvert la caverne d’Ali Shadok pour vous proposer les trésors de dessins et de celluloïds de Jacques Rouxel. Norbert Duffort a fait un choix spécialement mordant et caustique d’œuvres d’artistes contemporains afin de soulever le voile de cet esprit si paradoxal et les questions essentielles que cette œuvre contient.
Après « Le Manège Enchanté » et « Groland », « Shadoks ! » est la troisième incursion du MIAM dans le monde modeste de la télévision. Les Shadoks sont le fruit d’une télévision d’État naissante, capable d’abandonner un espace de liberté à de véritables créateurs et d’en assumer l’œuvre, au risque de se voir elle-même critiquée. Le MIAM met à l’honneur cette œuvre, ses personnages les Shadoks et tous les successeurs de cet esprit insolent dont les ramifications dans la culture visuelle et scientifique continuent de se développer jusqu’à aujourd’hui.

Hervé Di Rosa

Image 01Commissaires :

Commissaire général Norbert Duffort
Vice-président du MIAM, ancien Conseiller au Ministère de la culture et Attaché culturel au Ministère des affaires étrangères; a assuré plusieurs commissariats d’expositions au MIAM dont Coquillages et crustacés (2008, coproduction avec le Musée des beaux-arts de Brest) et Véhicules (2015, coproduction avec la Collection de l’Art Brut, Lausanne).

Commissaire associé Thierry Dejean
Auteur-réalisateur, membre de la Cinémathèque française, il a notamment travaillé sur les derniers films de Jacques Rouxel ainsi que sur le documentaire Les Shadoks, mythe ou légende; il est l’auteur, avec Marcelle Ponti-Rouxel de l’ouvrage de référence Jacques Rouxel, LES SHADOKS, une vie de création, Editions du Chêne, 2012.

Ga Bu Zo Miam

dddddLe 29 avril 1968 à 20h30 précises, les SHADOKS atterrissent sur « les étranges lucarnes ».
Atterrissage réussi : en quelques jours, ces petits personnages, mi-hommes mi-oiseaux, occupent le devant de la scène, suscitant un débat sans précédent entre « pour » et « contre ».

Créateur des SHADOKS, Jacques Rouxel (1931 – 2004) est resté un auteur modeste et discret. D’une adolescence passée à New-York, il rapporte les leçons des comics américains ; tout en se revendiquant d’Alphonse Allais et d’Alfred Jarry, Rouxel affiche à la fois un goût pour l’absurde et une fascination pour les machines.
Son entrée au Service de la recherche de l’ORTF dirigé alors par Pierre Schaeffer père de la musique concrète et de la musique électroacoustique, va faire le reste.
On connait la suite : série après série – on dirait aujourd’hui saison après saison – les SHADOKS s’imposent comme une des œuvres les plus
originales du paysage audiovisuel français.

Près d’un demi-siècle plus tard, que reste-t-il de cette œuvre inclassable ?
En réponse à cette question, le Musée International des arts modestes (MIAM) présente l’exposition « SHADOKS ! Ga Bu Zo Miam », manifestation d’envergure qui propose à la fois un retour sur la genèse de cette extraordinaire aventure artistique, audiovisuelle et culturelle, et une investigation de son héritage au travers d’œuvres d’aujourd’hui.

Pour la première fois, les documents originaux (dessins préparatoires, plans, storyboards, celluloïds…) créés par Jacques Rouxel comme autant d’étapes du process de création des SHADOKS, les documents promotionnels (affiches, brochures, presse…), et les produits dérivés (BD, Comic strips, figurines…) sont présentés en confrontation avec des œuvres d’artistes contemporains cultivant les mêmes questionnements existentiels :
« pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué », « rien ne se perd, tout est dans tout », « ne pas savoir où l’on va ».

Sous la houlette du Professeur Shadoko et du Marin Shadok, il est question d’apprentissages : « oublier pour apprendre » à parler, à pondre des œufs et à fabriquer des engins poético-militaires…
Une séquence sur les « étranges lucarnes en mai 68» ouvre l’exposition, qui se déploie suivant un scénario Shadok : de drôles de machines pour faire la guerre et/ou partir à la conquête de l’espace, des formes informes qui se déforment, un esprit d’escalier en guise de langage. Sans oublier les passoires et les œufs, objets shadoks élevés au rang de « sciences ».

En bref, il s’agît de « raconter des choses qui ne veulent rien dire »*.

Une section rend hommage à Jacques Rouxel avec la présentation de ses films de commandes, en particulier dans le domaine de la publicité et des campagnes d’information.

Enfin, un « Salon de musique Shadok » invite le visiteur à découvrir les compositions originales créées pour la série par le musicien contemporain Robert Cohen-Solal.

ccccL’exposition montre les œuvres de Saâdane Afif, Isabelle Arthuis, Gilles Barbier, Basserode, Glen Baxter, Ben, Julien Berthier, Sébastien Blanco, Michel Blazy, Marinus Boezem, Olga Boldyreff, Jean-Yves Brelivet, Claire Bretécher, Frédéric Bruly Bouabré, Jacques Carelman, Patrice Carré, Claude Closky, Delphine Coindet, Gérard Collin-Thiébaut, Jean Dewasne, Eric Duyckaerts, Etienne-Martin, Lili Fantozzi, Filip Francis, Michel
Gerson, Chester Gould, Gaël Grivet, Raymond Hains, Joël Hubaut, Anabelle Hulaut, Wendy Jacob, Alain Jacquet, Alfred Jarry, Magdalena Jitrik, Véronique Joumard, Bouchra Khalili, Joseph Kosuth, Arnaud Labelle-Rojoux, Bertrand Lavier, Frédéric Lefever, Saverio Lucariello, Hamid Mahgraoui, Antoni Miralda, Joan Miró, Charles M. Schulz, Joachim Mogarra, Laurent Moriceau, David Nash, Lisa Oppeinheim, Panamarenko,
Emmanuel Pereire, Régis Perray, Françoise Pétrovich, Steven Pippin, Joan Rabascall, Nicolas Rubins- tein, Jean-Jacques Rullier, Driss Sans-Arcidet, Sarkis, Alain Séchas, David Shrigley, Klaus Staeck, Taroop & Glabel, Hervé Télémaque, Jean Tinguely, Henry Ughetto, Patrick Van Caeckenbergh, Niek Van de Steeg, Yolanda Tabanera, Véronique Verstraete, Jacques Villeglé, Davor Vrankic, ainsi que l’incroyable collection d’Hélène Toulbot et la Musique originale de Robert Cohen-Solal..

« C’est tout pour aujourd’hui »*.

Norbert Duffort

*Jacques Rouxel
**Issue du Studio aaa (animation art-graphique audiovisuel), créé par Jacques Rouxel, la société aaa production gère aujourd’hui son héritage artistique.
Gérant : Matthieu Lamotte
www.aaaproduction.fr / studio@aaaproduction.fr

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Vernissage de l'exposition le 17 juin à 18h30

Autour de l'exposition : 

 -Une série d’évènements sera proposée pendant la durée de l’exposition, pour tout renseignement s’adresser au MIAM

-La petite épicerie (service pédagogique du MIAM) proposera des ateliers de pratiques artistiques destinés à tous.
Renseignements, inscriptions, tarifs : +33(0)4 99 04 76 46
ou petite-epicerie@ville-sete.fr

Informations pratiques
*Heures d’ouvertures :

– du 1er avril au 30 septembre : tous les jours de 9h30 à 19h00
Visites guidées du lundi au vendredi à 14h30 et à 16h00, groupes sur réservations.

– du 1er octobre au 31 mars : du mardi au dimanche de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00.
Visites guidées (minimum 10 personnes) sur réservations.

Fermetures annuelles : 1er mai, 1er novembre, 25 décembre et 1er janvier.

*Tarifs :

-Adultes : 5,60 €
-Groupes de plus de 10 personnes : 3,60 €
-Etudiants, 10-18 ans : 2,60 €
-1.2.3 Musées* : 3,60€
-Groupes scolaires non sétois : 25€
-Moins de 10 ans, demandeurs d’emploi, visiteurs handicapés, groupes scolaires sétois, premier dimanche du mois : gratuit

*Sur présentation d’une entrée adulte à l’Espace Georges Brassens ou au Musée de la mer (validité du ticket 2 jours) le MIAM appliquera aux visiteurs un tarif préférentiel.
Association du Cercle des Amis du MIAM
Venez soutenir l’action du MIAM et vous associer à la démarche originale et innovante du musée, en rejoignant l’association du Cercle des Amis du MIAM.
http://artmodeste.org

 

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