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Sylvain Fraysse, des existences fantasmées à l’état de traces, à la Galerie Sophie-Julien (Béziers)

A Béziers, Sophie Julien propose jusqu'au 10 mars 2018, aux cimaises de sa galerie, une exposition monographique consacrée à Sylvain Fraysse. Une carte blanche qui mérite bien son nom, pour une exposition en noir et blanc relevant ici ou là les absences de vie, les manques, les effacements…

« J’ai voulu exposer la diversité des créations de Sylvain Fraysse à Béziers pour montrer au public biterrois que sa production ne se limitait pas à ses œuvres tauromachiques, pour lesquelles il était connu ici. Voilà pourquoi je l’ai présenté une première fois lors d’une exposition collective, et cette fois-ci à l’occasion d’une carte blanche », explique Sophie Julien. Les œuvres exposées montrent un artiste féru de cinéma, de littérature et de musique, qui a choisi d’intituler l’événement Demande à la poussière, en référence au livre éponyme de John Fante.

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“Punk Rock 101” – Gravure sur Placo® – 101 x 76 cm – 1/3 – 2018.

Et si, de la vie, il ne subsistait plus, un jour, que les traces ? C’est une des nombreuses questions que l’exposition amène à se poser. Ainsi, des gravures sur Placo® reprennent des extraits de la lettre de suicide du chanteur Curt Cobain, du groupe Nirvana (initialement écrite en rouge sur blanc), et de carnets de Ian Curtis, chanteur du groupe Joy Division, qui fut retrouvé pendu dans sa cuisine alors que tournait encore le vinyle de l’album The Idiot d’Iggy Pop – également reproduit en gravure par l’artiste. Le procédé de la gravure donne une matérialité surprenante à l’écriture, que l’on découvre évidemment torturée. La douleur se perçoit dans les blessures du Placo®, les ratures, comme des griffures à l’âme. Elle est à son paroxysme.

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Sylvain Fraysse, “Against the stencil”.

L’effacement de l’être humain est également perceptible dans la série Against the stencil, où des images pornographiques, trouvées sur le Web, de jeunes filles dévoilant leurs seins, sont découpées et traitées en pochoirs blancs. Ces derniers sont exposés sur un mur blanc, et les saynètes sont ainsi rendues bien inoffensives. Comme si ce défilé de jeunes femmes les dépersonnalisait toutes, elles deviennent des natures mortes qui ne suscitent plus le désir mais amènent à s’interroger sur la vacuité de l’existence.

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Il traite le même sujet, mais de façon différente, au fusain et à l’encre sur de petites toiles, en se focalisant cette fois sur les visages de ces jeunes filles « perdues ». Son procédé, au cours duquel il peint à l’encre sur fusain, puis efface régulièrement en vaporisant à l’eau, consiste à construire et déconstruire la peinture jusqu’à son plein aboutissement. Il crée ainsi une impression d’évanescence des sujets, de disparition-apparition, comme s’ils avaient du mal à se fixer. La matière est particulièrement intéressante.

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“Love Park” – Fusain et encre sur toile – 150 x 228 cm – 2018.

Sylvain Fraysse livre aussi, spécialement pour la galerie, deux tableaux inédits, réalisés également au fusain et à l’encre sur toile. Le premier se focalise sur la disparition du Love Park – renommé place JFK – où se rassemblaient les skateurs à Philadelphie, aux Etats-Unis. Ce symbole de la culture underground fut en effet détruit par la mairie en 2017 pour disperser la jeunesse. On y voit le début du processus de destruction. La seconde œuvre, axée sur le voyeurisme, montre l’actrice Liv Ullman prenant une photographie. Ici, l’artiste fait allusion au film Persona, réalisé par le Suédois Ingmar Bergman, sorti en 1966 et considéré comme un chef-d’œuvre du cinéma.

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“Persona” – Fusain et encre sur toile – 124 x 228 cm – 2018.

Autre double référence au cinéma et au voyeurisme, la vidéo Scoptofilia présente la fameuse scène de la douche du film Psychose (1960), d’Alfred Hitchcock. Renseignement pris auprès de Sylvain Fraysse, la galeriste nous apprend que le réalisateur s’était à l’époque basé sur le tableau Suzanne et les vieillards – peint par Willem Mieiris en 1731, et qui servit longtemps d’alibi aux peintres pour peindre des nus – afin de mettre en scène le meurtre par arme blanche de Marion Crane dans sa baignoire. L’intérêt de cette vidéo est d’insérer le chant Suzanne un jour, datant du XVIe siècle, en fond sonore de cette scène bien connue. La tragédie et le drame sont ainsi accentués, et le chant semble une élégie, un hymne mortuaire à la victime, qui subit un long calvaire et une lente agonie. Le spectateur revoit ainsi cette scène sous un jour totalement différent.

Cette exposition monographique sur trois étages montre des œuvres d’un artiste dont le propos est cohérent de bout en bout, aux techniques et aux sujets d’inspiration variés, et dont le travail artistique se focalise sur l’effacement et le fantasme. Un beau solo show.

Informations pratiques

Galerie Sophie-Julien – 3 et 5, rue Pierre Flourens – 34500 Béziers.
Tel. : 04 48 08 83 65 – www.sophiejulien.com

Exposition visible jusqu’au 10 mars 2018, du mercredi au samedi, de 14h00 à 19h00.

> Des œuvres de Sylvain Fraysse sont aussi exposées régulièrement à la galerie associative Vasistas, à Montpellier, et il a participé au salon Drawing Room, à la Panacée en 2017.

> Quatre œuvres de Sylvain Fraysse ont intégré la collection du Carré d’Art de Nîmes en 2016.

 

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