Transition écologique : la sobriété, nouvel horizon pour les collectivités locales ?

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Objectif plus radical que la croissance verte, la sobriété commence à devenir un thème de réflexion et d’action pour les collectivités locales, a montré un récent débat organisé par l’Ademe.

Diminuer la consommation plutôt que produire plus vert

Et si la croissance verte n’était qu’un leurre ? Le 1er juillet, l’Ademe, Agence de la transition écologique, organisait une journée consacrée à « la sobriété : une aspiration croissante… vers un projet de société ? », à Paris. L’enjeu concerne au premier chef les collectivités, selon une table-ronde intitulée « Sobriété, vecteur d’attractivité pour les territoires ? ». Pour Sébastien Maire, délégué général de France Ville Durable, cette nouvelle tendance pourrait constituer une « vraie révolution. Il s’agit d’une remise en cause des logiques de développement durable, de plus en plus considéré comme un oxymore ». De fait, la sobriété fait partie des nouveaux fondamentaux prônés par cette association qui réunit des acteurs publics et privés, dans le but d’accélérer la transition vers la ville durable.

Le principe : avant même de chercher à verdir la production d’énergie, il faudrait s’efforcer d’en diminuer la consommation. Même démarche en ce qui concerne les déchets : mieux vaudrait commencer par en produire moins, avant de mettre en place des solutions de recyclage… Et avant de créer des infrastructures de transport, il conviendrait de chercher à limiter les déplacements pendulaires…

Le problème des solutions d’adaptation ? Le seuil de « rentabilité écologique » de ces travaux est trop long à atteindre, par rapport aux évolutions actuelles du climat ! En outre, souligne Sébastien Maire, la démarche de sobriété présente des avantages immédiats pour les collectivités locales. « Elle est vertueuse financièrement », explique-t-il. En effet, la sobriété se traduit par des dépenses moindres. Par ailleurs, « depuis des années, on parle de développer le territoire pour le rendre attractif. Mais ce n’est pas forcément synonyme de plus de qualité de vie pour ses habitants », poursuit Sébastien Maire. A contrario, des solutions low tech et bon marché peuvent se révéler efficaces. Au sein de France Ville Durable, collectivités et entreprises ont commencé à s’approprier ces idées. « Le mouvement démarre, mais il faut massifier les expériences », estime-t-il.

Moins de dépenses publiques et une meilleure qualité de vie

Déjà, en Normandie, plusieurs collectivités ont initié des démarches, accompagnées par l’Ademe. A l’origine du mouvement, une étude de celle-ci sur la trajectoire énergétique des collectivités, il y a cinq ans. « Nous avons constaté qu’elles travaillaient beaucoup sur l’efficacité énergétique, et peu sur la sobriété », relate Karine Bosser, coordinatrice locale du pôle Territoires durables . C’est ainsi que l’Agence a commencé à travailler sur le sujet de la sobriété avec des villes moyennes, via leur schéma directeur immobilier, qui définit leur stratégie dans ce domaine. Exemple de travail mené avec une collectivité qui disposait de quatre écoles : « en analysant l’utilisation des bâtiments, nous avons observé que des écoles étaient sous-utilisées », relate Karine Bosser. Chauffage et maintenance pouvaient donc être évités, autant de frais et de dépenses énergétiques en moins. Sur ce constat, une concertation a été menée avec l’ensemble des parties prenantes. Au terme de l’opération, une des quatre écoles a été fermée…

Autre exemple de politique de sobriété normande : à Argentan, l’éclairage public a été considérablement restreint. En 2017, la commune a mené un test d’extinction de l’éclairage nocturne pratiquement dans toute la ville. La population était invitée à s’exprimer sur le sujet via un numéro vert. Seuls quelques citoyens ont demandé – et obtenu — que l’éclairage soit maintenu certains jours de l’année, comme le 14 juillet. Joint à un travail sur l’efficacité énergétique de l’éclairage public, le chantier a abouti à une économie de 175 000 euros annuels… La démarche de sobriété nécessite de définir avec soin cette notion. « La réinterrogation des besoins est fondamentale », explique Karine Bosser, évoquant une politique de « juste besoin ».

Ailleurs en France, d’autres collectivités commencent à structurer leurs actions en fonction de la sobriété, d’après l’Ademe. La ville de Grenoble, par exemple, s’est dotée d’un chef de projet dédié à la sobriété énergétique pour ses propres bâtiments. Et, en Bretagne, Lorient Agglomération a inscrit la sobriété foncière dans son SCOT, schéma de cohérence territoriale, fixant un principe de diminution de la consommation d’espace et de limite de l’étalement urbain.

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