Les entreprises encouragées à investir dans la transition numérique

Les entreprises devraient profiter d'une situation financière favorable pour combler leur retard en matière de transformation numérique. Selon l'Observatoire du financement des entreprises, il existe des solutions de financement pour ces investissements. Même si leurs spécificités les rendent complexes à appréhender.

Alerter les entreprises

« Ce n’est pas un enjeu à dix ans, c’est un enjeu pour aujourd’hui », alerte Fabrice Pesin, président de l’Observatoire du financement des entreprises. Dépendant de Bercy, celui-ci a comme objectif de réaliser une veille et de faire partager une vision commune aux différents acteurs économiques sur les questions du financement. Le 5 octobre, à Paris, son président a présenté à la presse son dernier rapport, Financement des entreprises et nouveaux défis de la transformation numérique.

Un lourd constat

A la base se trouve un constat que de nombreux professionnels du tourisme, de l’hôtellerie ou encore de la photographie ont fait à leurs dépens : la transformation numérique d’un secteur peut aller très vite et se révéler létale pour les entreprises qui ne l’ont pas intégrée dans leurs processus. Il faut investir. Tel est, pour l’essentiel, le message de l’Observatoire. « La transformation numérique peut être très violente », insiste Fabrice Pesin : en deux ou trois ans, une entreprise peut faire faillite.

Les entreprises françaises en retard

Et pourtant, les études se succèdent et se ressemblent, qui établissent le constat d’un retard des entreprises françaises dans l’intégration du numérique dans leurs processus, qu’il s’agisse de digitaliser leurs relations clients, d’utiliser les big data, de vendre sur une place de marché numérique, ou simplement, pour les plus petites, de se doter d’un site Internet. La dernière enquête, menée par BPIfrance Lab – laboratoire d’études de la banque publique d’investissement – qui s’intitule Histoire d’incompréhension : les dirigeants de PME et d’ETI face au digital, confirme ce constat. 85 % des dirigeants interrogés déclarent ne pas avoir mis en place, ou de manière modérée, une veille formalisée sur leurs concurrents, les nouvelles offres ou les innovations technologiques. Et 45 % d’entre eux n’ont pas de vision de la transformation digitale de leur entreprise. Parmi ceux qui en ont une, une minorité seulement a établi une feuille de route. Pis, ils sont même encore 10 % à considérer que l’impact de la révolution digitale sur leur activité sera minime d’ici cinq ans et plus, et 29 % qu’il sera « moyen ».

Des conditions favorables

Au-delà de ce constat, au niveau financier, toutes les conditions seraient aujourd’hui réunies pour que les entreprises investissent dans leur transformation numérique, d’après l’Observatoire. Les taux d’intérêt continuent d’être bas. Par ailleurs, « on assiste à une nette amélioration de la situation financière des entreprises », synthétise Fabrice Pesin. De nombreux indicateurs le montrent, pour toutes les tailles d’entreprises. Ainsi, depuis 2014, leur taux de marge s’est amélioré. Même tendance, depuis 2011, pour la trésorerie, y compris pour les PME qui ont reconstitué leurs fonds propres. Quant au ratio endettement sur fonds propres, pour les PME et les ETI (entreprises de taille intermédiaire), « il n’y a pas de risque de dérapage », estime Fabrice Pesin. Autre signe de vitalité des entreprises, le taux de défaillance diminue.

Des investissements immatériels complexes

Des investissements sans garantie…

L’Observatoire s’est penché sur les spécificités des investissements nécessaires à la conversion au numérique qui peuvent en compliquer le financement, à la fois du côté des entreprises et des financeurs. Tout d’abord, il s’agit de projets qui comportent certes des équipements, mais aussi « une partie importante d’investissements immatériels, dont la plus grande partie n’offre pas de garantie naturelle à un prêteur », observe Fabrice Pesin. Aux côtés d’éventuels équipements informatiques, en effet, il peut s’agir d’acheter un brevet ou de développer des algorithmes en interne. Or, si un brevet peut constituer une garantie, ce n’est pas le cas des algorithmes maison.

… difficiles à évaluer

Deuxième spécificité de ce type d’investissements, « il n’est pas simple de calibrer le montant des dépenses et le financement à obtenir », poursuit Fabrice Pesin. Contrairement à l’achat d’une machine-outil ou d’un véhicule utilitaire, le développement d’un projet numérique peut engendrer des coûts de réorganisation des unités de production, de formation et d’accompagnement.

Car à l’extrême, c’est une transformation très profonde de l’activité même de l’entreprise qui est en jeu. « C’est le cas des entreprises qui produisent des biens de consommation et qui embarquent de la data dans ces biens, avec l’idée d’offrir de nouveaux services », précise Fabrice Pesin, citant l’exemple d’un fabricant de chaussures de sport qui y intègre des capteurs et des applications pour offrir une prestation de coaching sportif.

Autre cas de figure, celui d’une entreprise qui produit des panneaux d’affichage pour les lieux publics. Après être devenus des écrans qui diffusent une information, ce sont désormais des objets connectés qui recueillent des données (data) dans leur environnement. « La rentabilité et les risques associés sont alors plus difficiles à évaluer », analyse Fabrice Pesin.

Des projets divers

En fait, l’enjeu de la numérisation recouvre des types de projets d’ampleurs très diverses. Car au-delà de ceux qui impliquent une transformation du modèle économique de l’entreprise, il peut simplement s’agir, pour une TPE, de se doter d’un site Internet ou de mettre en œuvre une stratégie de présence sur les réseaux sociaux. Autant d’investissements potentiels qui génèrent des stratégies de financement différentes. Les premiers appellent plutôt un financement par des investisseurs en fonds propres, qui peut être, dans un deuxième temps, renforcé par des financements bancaires. Les seconds peuvent être financés par l’endettement. En la matière, « il n’y a pas de solution universelle », conclut Fabrice Pesin, rappelant qu’il existe une gamme large de financeurs : réseaux bancaires, fonds d’investissement, BPIfrance…

Un espoir

En dépit de la faible motivation des entreprises en matière de transition numérique décelée par les études, l’Observatoire veut croire que les demandes de financement en la matière vont se multiplier. « Nous en sommes au début. Il faut que le système financier soit capable de répondre à une vague de demandes », déclare Fabrice Pesin. Pour lui, « le système financier s’adapte petit à petit », avec, notamment, une appropriation de la technicité de ces dossiers par les chargés de clientèle dans les banques et des expérimentations, comme des incubateurs.

Quant aux mesures pour stimuler et accompagner les PME et TPE dans ce domaine, il faudra attendre de connaître le contenu de la loi les concernant, promise par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, et prévue pour 2018. Le plan pour la transformation numérique des PME, qui avait été élaboré par le Conseil national du numérique avant la dernière élection présidentielle, a sombré dans l’oubli.

Anne DAUBREE

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