L’Etat et EDF Energies Nouvelles veulent implanter cent quatre vingt éoliennes dans une zone maritime située entre le Cap d’Agde et Gruissan

 L’Etat et EDF Energies Nouvelles veulent implanter cent quatre vingt éoliennes dans une zone…

 L’Etat et EDF Energies Nouvelles veulent implanter cent quatre vingt éoliennes dans une zone maritime située entre le Cap d’Agde et Gruissan –
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Rappelons-nous

Un essai d’implantation de 34 éoliennes de 125 mètres de haut (la hauteur d’un immeuble de quarante étages visible à quarante kilomètres en mer), sur une superficie maritime de 11 km2, située à 5 km au large de notre bord littoral, avait échoué en 2005. En effet, les populations des six communes littorales concernées, Agde, Vias, Portiragnes, Valras, Vendres et Sérignan, s’étaient opposées de façon catégorique, au projet porté par la Compagnie du Vent et Shell. Les municipalités de l’époque étaient restées en retrait. Seuls certains élus, à titre personnel, s’étaient associés à des représentants de la société civile pour former un comité ad hoc farouchement déterminé contre. Ledit comité avait organisé plusieurs réunions publiques contradictoires et informatives. Les promoteurs du projet et ses opposants s’y étaient largement exprimés. Un véritable débat avait permis de confronter les arguments et contre-arguments des ingénieurs, techniciens, scientifiques, élus, et simples citoyens. Tenants et aboutissants ayant permis à tout un chacun de se forger sa propre opinion. On en connaît l’aboutissement : projet rejeté par des milliers de pétitionnaires !  

Un double enjeu pour la France

Jean-Louis Borloo a présenté, le 5 mai 2010, en Conseil des ministres, une communication relative au programme de développement de l’éolien en mer avec comme objectif : une puissance totale de 6000 MW (mégawatts) à l’horizon 2020. L’enjeu pour la France est double a-t-il indiqué : « il s’agit de respecter les engagements du Grenelle Environnement et du paquet ‘’énergie-climat’’, et aussi de conquérir une position de leader dans la future industrie des énergies marines ». Six cents éoliennes d’une puissance totale de 3000 MW (mégawatts) seront donc implantées au large des côtes françaises et notamment en Languedoc-Roussillon. La presse s’en est fait l’écho début août, après avoir su, qu’en catimini, le gouvernement avait voté, par décret, l’avancement de la date d’appel d’offres : fin septembre au lieu de fin décembre 2010. Pourquoi cette précipitation ? D’autant que la première réunion, appelée « de concertation interrégionale » (PACA et LR), organisée le 03/XII/2009 à la préfecture de région PACA, a défini « les zones propices d’implantation ». Quant à la deuxième réunion, de déconcentration, le 22/IV/2010, elle a fixé l’orientation du développement de l’éolien en mer et arrêté, notamment, le calendrier des trois appels d’offres concernés (fin décembre 2010). « L’investissement, 10 milliards d’euros sur 10 ans, pour construire un parc de 600 éoliennes est ambitieux. Il vise à produire 15% de l’électricité grâce à l’énergie éolienne, en 2020 : 5% d’éolien marin et 10 % de terrestre. Comme toutes les énergies renouvelables, cette électricité sera plus onéreuse, même si l’appel d’offre précise que les candidats seront sélectionnés sur le prix de revente du courant à EDF ». Dixit François Lempérière, polytechnicien, expert en énergies renouvelables, qui chiffre le surcoût induit à 50 € / an par Français au terme de l’installation, c’est à dire en 2020.

Quel nouveau projet pour le Languedoc-Roussillon ?

A l’issue desdites réunions, les zones propices d’implantation ont été identifiées au large de Port-la Nouvelle et du Cap d’Agde. C’est, en substance le contenu d’une communication récente du ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer. Le Comité intercommunal Ouest de l’Hérault de défense contre l’éolien industriel en mer, créé en 2005, nous a présenté le projet porté par EDF Energies Nouvelles. Ledit projet concerne l’implantation de cent quatre vingt éoliennes sur une zone maritime de 150 à 180 km2, dans un espace littoral qui s’étend de Marseillan à Gruissan. Il se compose de trois « lots » de soixante éoliennes chacun. Le premier lot est prévu sur les côtes depuis le Cap d’Agde jusqu’à Valras. Les deux autres ne sont pas encore, précisément, situés. Selon toute vraisemblance, ils seront jointifs au lot initial. Ces ‘’géants de la mer’’ s’élèvent à une hauteur, hors d’eau, de 160 mètres. C’est-à-dire, équivalente à un immeuble de plus de cinquante étages. Chacun produit 3.33 MW d’énergie éolienne, soit un total par lot d’environ 200 MW.

Les raisons du rejet de l’éolien industriel

Le Comité intercommunal, précité, s’est affilié à la FED (Fédération Environnement Durable). Laquelle regroupe près de 730 associations (loi 1901) en France, et pilote la Plate-forme Européenne contre les Eoliennes EPAW (European Platform Against Windfarms) qui regroupe 419 fédérations de 21 pays. Pourquoi autant d’associations européennes sont-elles opposées à l’éolien industriel à terre et en mer ? Parce que, selon elles :

· c’est une énergie intermittente nécessitant une énergie supplétive immédiate. Laquelle ? Les seules énergies assez souples pour démarrer d’un claquement de doigt, ce sont le gaz, le fioul et le charbon, lesquelles sont émettrices de grandes quantités de CO2. Ou bien l’hydroélectricité des barrages, mais en France est-il possible d’en créer de nouveaux, et notamment en Languedoc-Roussillon ?

· il induira l’anéantissement des années d’investissement consacrées à bâtir l’image notoire d’un espace littoral languedocien de qualité. Lequel recouvre des réserves naturelles, des zones Natura 2000, des ZNIEFF (Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique), des zones d’aquaculture, des zones de reproduction pour la ressource halieutique, et autre sentier de découverte sous-marine.

· l’implantation des 180 éoliennes en mer nécessite des travaux de creusement très importants dans les couches sablonneuses, pour réaliser leurs fondations sous-marines. Et ce, sur une surface a minima de 150 km2. Zone désormais interdite aux pêcheurs et aux plaisanciers. Travaux qui risquent de dégrader la couche assurant l’étanchéité de la nappe astienne, et qui peuvent en perturbant les courants marins, accentuer les phénomènes d’affouillement et donc d’érosion de l’espace littoral. L’étude d’impact prend-elle en compte, toutes ces données ?

· les travaux concernant la réalisation du réseau de câblages électriques pour raccorder les aérogénérateurs entre eux, connecter la plate-forme industrielle à la terre, et relier l’infrastructure d’atterrage aux postes de livraison induisent des années de travaux sur l’espace littoral (6 à 10 ans pour l’ensemble des travaux). Ces câbles sous-marins sont coûteux et fragiles. La moindre opération de maintenance peut nécessiter de gros moyens. D’où des risques, des nuisances et d’énormes dépenses. Tous ces aspects ont-ils été évalués ?

· il s’agit d’« un vrai business », pour les principales firmes industrielles en conquête de marché et/ou en stratégie de diversification. C’est André Antolini, président du SER (Syndicat des Energies Renouvelables) qui l’affirme (l’expansion du 11 juillet 2004). Ce sont des multinationales, parmi les plus pollueuses de la planète, les seules capables d’investir des centaines de millions d’euros, qui engrangeront, en plus des subventions européennes, des marges considérables.

· cette énergie n’est rentable que parce que l’Etat exige d’EDF l’achat du courant éolien à un prix deux fois supérieur à son coût de revient (décret ministériel n°2000 410 du 10 mai 2001et arrêté du 17 novembre 2008). Le comble, c’est que ce sont les usagers d’EDF qui assument le différentiel à travers le paiement de la CSPE (Contribution au Service Public d’Electricité).

· Le développement durable est plus qu’une politique de protection de l’environnement. C’est une démarche économique et sociale dont le but essentiel est d’améliorer les conditions de vie des citoyens. Y compris celles des contribuables consommateurs d’énergie, notamment d’électricité. L’exploitation de l’éolien industriel par EDF Energies Nouvelles devrait leur permettre de réduire le montant de leur facture d’électricité. En l’occurrence, c’est le contraire ! Elle entraînera un surcoût économique qui s’ajoutera aux augmentations déjà programmées.

Ceci explique, peut-être, cela

Un paragraphe du dernier “Document de Référence” d’EDF semble être passé inaperçu. Que nous apprend-il ? « Pour sécuriser le financement des obligations de long terme, dans le cadre de l’ouverture progressive des marchés de l’électricité, EDF a mis en place progressivement un portefeuille d’actifs financiers réservés au financement des engagements nucléaires de long terme, et plus précisément à la déconstruction des centrales actuellement en activité et à la gestion à long terme des déchets radioactifs. […]

À fin décembre 2008, la juste valeur de ce portefeuille s’élève à 8 658 millions d’euros (8 604 millions d’euros à fin décembre 2007). Il intègre 1 206 millions d’euros de pertes latentes nettes liées au contexte de crise des marchés financiers enregistrées en capitaux propres». En termes clairs : EDF a perdu 1 206 millions dans ses placements financiers “réservés […] à la déconstruction des centrales nucléaires”. Cela, du fait de la baisse des marchés financiers en actions. Excusez du peu.

Certes, les textes réglementaires permettent parfaitement à EDF de placer “en bourse” les montants correspondant aux charges futures de démantèlement. Mais cela est particulièrement imprudent s’il les place sous forme d’actions, ce qu’il a fait pour environ la moitié de ses placements. En effet, les montants à placer dans les actifs dédiés sont évalués sur la base d’un placement “de père de famille” dans des obligations d’entreprises ayant une bonne signature (classées de A à AA). Ces montants sont calculés de telle façon, que, placés sur ce type de produits, les actifs permettent, à la date du démantèlement, d’avoir les fonds nécessaires. Il est donc, pour le moins surprenant, qu’EDF ait choisi de placer une bonne partie de ces provisions en actions qui sont nettement plus risquées.

Surprenant, imprudent, et perdant

Plus surprenant encore, du fait de la crise sur les marchés financiers, EDF a décidé d’arrêter de placer des sommes sur les actifs dédiés. L’entreprise n’aura placé que 1 800 millions en 2008 contre 2 700 millions prévus. C’est surprenant : la raison aurait voulu qu’EDF sécurisât ses placements (en les transférant sur des obligations, par exemple) mais surtout pas qu’il arrêtât d’épargner. Mais avait-elle, sans doute, un besoin urgent d’argent frais pour ses aventures nucléaires anglo-saxonnes.

Derniers échos de l’éolien industriel

La Compagnie du Vent, filiale du groupe GDF-Suez, a le projet de construire d’ici 2015 le parc éolien des Deux-Côtes, le premier parc éolien industriel en Manche, au large du Tréport (Seine-Maritime) et de Mers-les-Bains (Somme). Espace littoral où la Normandie et la Picardie se rejoignent. Mais la société se heurte à un front du refus inflexible des marins-pêcheurs, des professionnels du tourisme, et des élus locaux, au Tréport et à Mers-les-Bains. A suivre …


Vous trouverez ci-dessous le document de Concertation en matière d’énergies renouvelables marine établi par la Préfecture de région et par le
Centre d’Études Techniques de l’Équipement Méditerranée
Concertation en matière d’énergies renouvelables marine le 12 Décembre 2009


 

 

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