Livre : "La fin de l’Union européenne"

L’ouvrage "La fin de l’Union européenne" par Coralie Delaume et David Cayla (Michalon Éditeur) fait mieux que condamner les crispations identitaires : il les analyse. La question clé est : où est le contrôle des citoyens ?

Certes, la machine européenne tourne : le Parlement se réunit, la Commission crache des rapports. Mais la gouvernance européenne est-elle démocratique ? Elle passe par des institutions indépendantes et technocratiques – la Commission, la Cour de Justice, la Banque centrale européenne – qui se retranchent derrière un jargon. Les peuples européens ont renoncé à toute politique de change avec l’euro, à toute politique monétaire avec la BCE, à toute politique industrielle avec le principe de concurrence, à toute politique commerciale (compétence de l’UE) et à toute politique budgétaire (encadrée par l’Union). Aucune instance européenne ne représente un peuple souverain, car «aucun peuple européen unifié, comme source de légitimité, ne peut exprimer une volonté majoritaire». Sans peuple, pas de démocratie. En votant pour le Brexit, les Britanniques n’ont pas voté pour un programme, mais pour renouer avec leur tradition d’intangibilité de la souveraineté parlementaire.

Une Europe ? Non, deux !

Certes, l’Union européenne était censée avoir la taille critique pour peser dans l’économie mondialisée et s’opposer aux États-Unis et à la Chine. Mais le Marché unique et la création de l’euro n’ont pas renforcé les positions économiques de l’Europe, bien au contraire. En levant toute entrave à la circulation des marchandises, du travail et des capitaux, l’UE ouvrait son marché intérieur à la mondialisation, sans protéger son économie de la concurrence internationale.

C’est ainsi que s’est accentué le clivage entre le cœur industrialisé de la zone euro et l’Europe périphérique. Entre 2000 et 2007, l’activité manufacturière a augmenté de 18 à 57 % en Allemagne, aux Pays-Bas, en Autriche, au Luxembourg et en Belgique ; elle a augmenté de 3 à 7 % en Espagne, France, Italie, Grèce et au Portugal. En France, dans la foulée de la lamentable proclamation de Tchuruk sur «Alcatel, entreprise sans usine», les responsables politiques ont considéré comme inexorable un repli constant de l’industrie manufacturière. L’industrie étant jugée sale et polluante, on trouvait chic de s’en décharger sur les ouvriers chinois pour se spécialiser dans le domaine plus noble de la conception et des services.

Mais la société postindustrielle n’est jamais advenue. L’échange de biens représente toujours les trois quarts des balances commerciales. Seul un territoire industrialisé permet de développer des activités de services, de support et de recherche. Les quatre plus grands ports européens (Rotterdam, Anvers, Hambourg, Amsterdam) se situent tous en mer du Nord, sur une courte façade maritime. Construire une unité de production à proximité constitue un avantage considérable en termes de logistique.

La prospérité de l’Allemagne ne vient plus de l’Europe, mais du monde

Au début de la décennie 2010 se sont succédé les «sommets de la dernière chance». La crainte était de voir les pays périphériques renoncer à payer leurs dettes. Des défauts souverains auraient entraîné un défaut généralisé des débiteurs privés. Or, l’épargne des pays du centre était placée en dette périphérique. Alors, l’Allemagne a imposé ses dogmes monétaires. L’euro est-il un Deutsche Mark caché ? Après quinze ans pour digérer la réunification, l’Allemagne a bénéficié d’un hinterland en intégrant les pays d’Europe centrale à son espace industriel. D’où les réticences allemandes à tout transfert financier vers l’Europe périphérique. Quand la France a proposé des euro-obligations, la chancelière a rétorqué : «Mauvaise solution, qui nous entraînerait à une union de la dette. Pas d’euro-obligation aussi longtemps que je vivrai». L’Allemagne peut se passer de toute solidarité avec la périphérie, car l’excédent des échanges allemand a diminué l’importance des clients européens au profit des clients américains ou chinois. La prospérité allemande vient maintenant du vaste monde. Exit le couple franco-allemand. D’autant qu’avec l’Europe sans Londres, Berlin occupe une place plus centrale.

Retour au pragmatisme ?

Il serait sans doute plus efficace de revenir à des coopérations ponctuelles, souples et respectueuses de la souveraineté des pays. C’est ainsi que des projets pragmatiques ont pu aboutir. Contrairement à la légende, Airbus n’est pas une réussite de l’Union européenne. Le consortium Airbus a été créé à la fin des années 60 par des entreprises financées par des avances remboursables des États. Ce qui serait interdit aujourd’hui : la Commission européenne s’y opposerait au nom de la concurrence ! Également l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, le Cern, qui comprend des pays non-membres de l’Union européenne. Également l’ESA, Agence spatiale européenne. Ainsi, les pays européens ont su coopérer pour conduire d’ambitieux projets. Mais ces réalisations concrètes ont disparu depuis deux décennies. La démarche supranationale s’est révélée incapable de produire des réussites à la hauteur de celles permises naguère par la méthode intergouvernementale : des collaborations ponctuelles d’États volontaristes pour des projets à géométrie variable. Et aujourd’hui encore, il y aurait de quoi faire, dans les nouvelles technologies, l’énergie ou encore les infrastructures de transport.

Annelise FONDARY et Roland PASCAL, pour ExStrAPoL
experts / stratégies d’entreprises, affaires publiques, lobbying
Article diffusé dans le cadre de RESO HEBDO ECO

La fin de l’Union européenne par Coralie Delaume et David Cayla – Michalon Éditeur.

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