Philippe Jacq, tisseur de liens

Avec le soutien de l’association Solsten, le Montpelliérain Philippe Jacq propose sur 250 m2 une rétrospective de son travail au 15, boulevard du Jeu de Paume. On y retrouve ses grandes fresques des dernières années, composées de patchworks de pièces de textile glanées dans le monde entier et de peinture, portant sur les civilisations et la diversité des cultures. Et ses céramiques.

Philippe Jacq

On découvre aussi une installation réunissant des personnages en bois, montrant la diversité de l’humanité et de ses croyances. Sans oublier un nouveau travail laissant plus de place à la peinture. Avec toujours, en toile de fond, l’évocation des voyages qui marquèrent l’imaginaire de Philippe Jacq durant son enfance…

Sculpture

Les Hommes de couleur

Dans la première salle d’exposition, disposés au sol, on remarque une centaine de petits personnages sculptés dans du bois et peints de plusieurs couleurs. « Cette installation, appelée Les Hommes de couleur, ne s’arrêtera pas ; ils avancent unis, solidaires. C’est ainsi que je veux voir l’humanité », indique Philippe Jacq. Débutée en 1997 en Espagne lors d’une résidence dans un centre d’art dans les Pyrénées catalanes et reprise et développée à la Fabrikculture à Bâle en 1999, composée de différentes essences de pin américain, d’olivier, de chêne et de châtaignier, cette installation évolutive et ludique retranscrit bien la volonté de Philippe Jacq de puiser son inspiration tous azimuts.

Jacq céramique

Céramique

Des œuvres en céramique sont disséminées dans plusieurs salles
du lieu d’exposition. « Dans mes céramiques plane souvent l’idée de la confrontation avec la mort. J’y évoque pêle-mêle tout ce qui me traverse. Avec la terre, je scanne ma vie… », analyse Philippe Jacq.

 

Tableaux

Evoquant ses tableaux, autre pan de ses créations, dans une sorte de profession de foi, l’artiste explique : « la couture est un geste qui relie, qui crée du lien. Pour moi, elle symbolise le lien entre les civilisations ». Ici, la technique fait sens.

 

 

Jacq triptyque

Œuvres anciennes

Dans les œuvres présentées dans les salles du fond, datant de quelques années, Philippe Jacq a revisité les canevas et tapisseries traditionnels occidentaux en les détournant, en les assemblant, en les grattant et en les peignant. Ses tapisseries foisonnantes, patiemment retravaillées, ont nécessité de longues heures de travail. Composés d’assemblages de vieux canevas, d’anciennes tapisseries et de morceaux de tissu usagés, ses tableaux, terrains de jeux iconoclastes, mêlent des canevas occidentaux – représentant des scènes de chasse à courre, des animaux, des signes patriotiques, des tableaux célèbres de l’histoire de l’art – avec des représentations orientales parfois religieuses – La Mecque, le harem… L’artiste y détourne les codes et crée de nouvelles relations, entre les civilisations notamment. Loin de lui l’idée de profaner les croyances de certains. Son idéal est plutôt l’intégration mutuelle des cultures. Les superhéros qui parsèment ses œuvres semblent d’ailleurs veiller à la bonne entente générale.

 

Jacq Egyptian airline 2016

Travail récent

Aux cimaises de la première salle, Philippe Jacq propose un nouveau travail, réalisé cette fois-ci sur des fonds abstraits peints sur toile. « J’ai souhaité laisser plus de place à l’abstraction avec des fonds dilués. Et les formes, figuratives, naissent à partir de pièces de couleur que j’assemble » explique Philippe Jacq. « Dans ce nouveau travail réalisé en 2016, les tableaux sont plus aérés. Ce sont un peu comme des haïkus. » On reconnaît ici les Twin Towers, là des bateaux et des avions (thématique que l’on retrouve dans ses céramiques). Marqué par son enfance en Afrique du Nord, amoureux du Sénégal, revenu du Mexique, Philippe Jacq aime se confronter à la richesse des cultures. D’où ses robots transformés en personnages mythologiques ou encore ce chef indien. « Pour moi, ce n’est pas un hasard si le mot métissage contient le mot tissage. Mais attention, mes œuvres ne versent ni dans l’ethnique ni dans le tribal. Mon travail n’est pas anthropologique » 

 

Une exposition itinérante et un catalogue

Philippe Jacq souhaite faire de sa rétrospective montpelliéraine une exposition itinérante. Après Montpellier, elle rejoindra Lyon. Un catalogue produit et fait par l’agence Drakkar, et préfacé par Paul Siblot, professeur émérite à l’Université Paul-Valéry, est en cours de fabrication.

 

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

> Exposition visible au 15, boulevard du Jeu de Paume, à Montpellier jusqu’au 24 mars 2017, de 13h30 à 19h, du mardi au samedi. 

> Site Internet du plasticien : www.philippe-jacq.net.

Philippe Jacq, CV express. Après des études aux Beaux Arts de Metz et aux Arts Décoratifs de Strasbourg, Philippe Jacq réalise de nombreux films expérimentaux à travers le monde. La série de portraits d’artistes, qu’il dresse avec sa caméra super 8, reste probablement la plus reconnue. Elle fait l’objet de nombreuses publications dans des revues spécialisées, ainsi que dans « Jeune, dure et pure, une histoire du Cinéma d’avant-garde et expérimental » édité par la Cinémathèque française en 2000. Il collabore jusqu’en 2001 avec de nombreuses personnalités ; les plasticiens Louise Bourgeois, Jannis Kounellis, Gilbert et George… les réalisateurs Aki Kaurismaki, Paul Morrissey mais aussi des légendes du rock comme Nick Cave ou la styliste Agnès B (qui produira « Les Arbres, cache-cache, les arbres », hommage à Alice de Gertrude Stein). Après une longue résidence à Los Angeles, il range ses caméras. Il se consacre alors essentiellement à la sculpture et à la peinture dans son atelier. Sa pratique journalière, foisonnante et solitaire, marquée par une forte complicité avec Ritsch Fisch lui ouvre les portes des foires internationales d’art contemporain, à Cologne, Karlsruhe et Paris. Ses œuvres sont régulièrement exposées en galeries et centres d’art. Elles ont intégré les collections publiques du Musée d’Art Moderne au Luxembourg, de fonds Nationaux et Régionaux d’Art Contemporain en France. Philippe Jacq vit actuellement à Montpellier.

 

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