Portrait de peintre : Cristine Guinamand, une vision apocalyptique

Supports agrafés, lacérés, cloués ; peinture effacée, recouverte ; collages ; explosions… la peinture…

Supports agrafés, lacérés, cloués ; peinture effacée, recouverte ; collages ; explosions… la peinture de Cristine Guinamand est loin d’être lisse et sage. Ses tableaux évoquent la guerre, les mutilations, le suicide, et à tout le moins l’isolement. Une impression de désolation y règne.

Retrouvez cet article dans son intégralité dans “l’Hérault Juridique & Economique” du 4 septembre 2014, agrémenté de nombreuses illustrations et complété de ses projets, techniques et d’une analyse sur son lien particulier avec la littérature.

Un côté sombre assumé

La peintre et sculptrice Cristine Guinamand n’hésite pas à se confronter aux plus basses strates de ce que nous nommons communément l’enfer lorsqu’elle crée. Ses tableaux en relief, qu’elle appelle « sculptures peintes », font surgir le magma des désirs et des crimes les plus morbides, et touchent notre âme. Tel est le but affiché : « faire réagir le spectateur ; le faire réfléchir à propos de la bêtise humaine ».

Ainsi, pour réaliser chacun de ses Hangars, qui font écho à la guerre et aux camps de concentration, Cristine Guinamand a agrafé entre elles deux épaisses planches de médium (bois) pour former un support en forme de baraquement sur lequel elle a appliqué des reproductions de photographies de scènes de la Première Guerre mondiale. Autour, elle a peint, d’une manière brutale et épaisse, comme un sombre « magma » symbolisant l’enlisement propre aux conflits armés. Ce magma noir est accompagné de couleurs violentes (jaune, rouge). Des morceaux de puzzles peints, que l’on retrouve fréquemment dans ses tableaux, rappellent la fragmentation des âmes, des mondes et des peuples. Les -tragédies ainsi évoquées prennent leur pleine puissance. Surtout lorsque la plasticienne indique avoir réalisé quarante Hangars pour évoquer les mises sous quarantaine, et que « mis bout à bout, les quarante Hangars prennent la forme d’un cercueil ».

L’artiste, jusqu’au-boutiste, déborde d’énergie. Hyperactive assumée, Cristine Guinamand se confronte aux matériaux en peignant notamment sur du bois. Elle va plus loin encore en martyrisant ses supports par l’ajout de clous et de barbelés, en les perçant ou en les sciant en partie, comme pour réaliser ses Pierres tombales, qui interrogent nos réactions face à la mort et au deuil. Les trous de balles parachèvent la thématique de la guerre, les clous celles de la barbarie et de l’enfermement.

Des thématiques douloureuses

Cristine Guinamand a traité de l’enfermement dans sa série Intérieurs, réalisée sur papier. On y voit, près d’une fenêtre, des intérieurs vides et lugubres, ou dans lesquels pourrissaient des pendus, victimes de la course à la productivité, ou aux murs desquels pendaient des sangles, suggérant un drame à venir. A l’extérieur, les scènes ne sont pas plus réjouissantes : paysage désolé, voyeur aux aguets, etc.

Les trouées et percées, qui sont l’une des techniques qu’affectionne l’artiste, sont aussi l’une des thématiques qu’elle aborde fréquemment dans ses tableaux, dans les Portes, par exemple, ou les multiples fenêtres. Portes ouvertes sur ce qui devrait rester caché, fenêtres donnant accès à d’autres mondes, d’autres tourments…

Métaphore de la folie du monde, de la souffrance et de la solitude, le corps, qu’il soit meurtri, bandé, amputé ou sanguinolent, revient de façon récurrente dans le travail de Cristine Guinamand. L’être humain est souvent réduit au rang de victime ou de bourreau. Violence, sévices et sexualité dérangeante cohabitent dans ses œuvres torturées, qui n’hésitent pas à évoquer également les forces ou les « personnes » démoniaques.

On distingue plusieurs séries dans l’œuvre de Cristine Guinamand : les Paysages éclatés, les Théâtres, les Intérieurs, les paysages de science–fiction et Les Fleurs pour Algernon, pour n’en citer que quelques-unes. Mais globalement, nulle chronologie réelle ne gouverne sa production, tant les thèmes s’interpénètrent et les œuvres se font écho, d’année en année. Selon elle, sa pensée fonctionne « en rhizomes, par entrecroisements ».

Sur le plan pictural, Cristine Guinamand se sent plus proche de la peinture allemande que de la peinture française. Pour elle, peindre est un engagement, une mission, et permet d’évacuer une certaine rage. « Peindre est pour moi obsessionnel et jouissif », confie-t-elle. Il faut dire qu’elle s’adonne à sa passion « dix à quatorze heures d’affilée », photographiant l’avancement de ses tableaux pour prendre un peu de distance dans son processus créatif, ou les regardant dans un miroir pour mieux en saisir la structure, en cas de doute.

D’une façon générale, Cristine Guinamand fait œuvre de destruction, de fragmentation et d’explosion dans ses créations. Le soleil noir ou vert darde des rayons qui morcellent des paysages et des scènes chaotiques. Les codes de la bienséance sont mis à mal. Et une -certaine beauté émerge de tant de noirceur.

Virginie MOREAU

> Pour suivre l’actualité de Cristine Guinamand, consultez sa page Facebook : https://www.facebook.com/cristine.guinamand?fref=ts

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