Santé : quand le cancer s’invite dans nos vies

Alors qu’Octobre rose touche bientôt à sa fin, la psychologue Sylvie Sampol, psychologue à Montferrier-sur-Lez, se penche sur les répercussions du cancer dans les vies des personnes malades et de leur entourage...

Beaucoup de cancers sont soignés, mais le mot “cancer” est associé à la mort. Quand quelqu’un nous annonce qu’il a un cancer, on ne sait plus trop quoi dire, la mort plane au-dessus des têtes.

L’attente

Cette confirmation de la maladie suit souvent un temps où il a fallu attendre les résultats. Comment continuer à vivre quand on a cette épée de Damoclès au-dessus de la tête ? L’exercice de vivre l’instant présent, dans un ici et maintenant, pour ne plus s’accrocher à cette question en attente de réponse et qui s’auto-nourrit avec des hypothèses dramatiques jusqu’à la mort, est périlleux.

Les réactions à l’annonce de la maladie

Quand le verdict tombe, l’invasion du corps par la maladie et les métastases renvoie à une image glauque du crabe qui va se nourrir à l’intérieur de ce corps malade. Il faut l’annoncer à ses proches. Puis vient le temps des soins, de la chimiothérapie, de l’opération éventuelle voire l’ablation de l’organe malade. Ce parcours du combattant où l’on prend conscience de sa mortalité, où on réalise le précieux de la Vie… 

On est traversé par des émotions de peur, de colère, de tristesse. On peut ressentir de la culpabilité face à ce corps qui nous trahit parce qu’on n’en a pas bien pris soin ou encore de l’injustice – pourquoi moi ? On peut négocier avec un Dieu, avec l’Univers : si je guéris, je ne me plaindrai plus, je ferai ceci, cela… Ces émotions sont des émotions adaptatives, elles sont l’expression du processus de vie. Elles ne sont pas à juger. Elles doivent être accompagnées.

Où trouver du soutien ?

Les traitement invasifs rendent un corps sensible, fatigué. Cette traversée est difficile. Il ne faut pas hésiter à se faire aider par ses proches, par les professionnels, trouver ses propres ressources, prendre soin de soi, faire des choses qui font du bien… 

Il existe des groupes de soutien pour les personnes qui vivent la même chose. Il existe aussi sur internet des blogs de personnes qui ont traversé l’épreuve de la maladie et qui proposent des solutions face à la perte de cheveux, aux effets secondaires des traitements. Des livres témoignant de ces traversées peuvent être un soutien également.

Un rapport au corps à reconstruire

Quand le corps est amputé, défiguré, il est difficile de se réapproprier ce corps de souffrance. Il y a un véritable travail de deuil à faire. On peut le rejeter, le cacher, l’oublier…

Quand il s’agit du cancer du sein, l’image de la féminité est atteinte, c’est une perte d’identité. Le regard des autres et surtout du conjoint pèse lourd. La dynamique familiale peut changer. L’appropriation de ce nouveau corps peut passer par de la chirurgie esthétique, de la reconstruction mammaire.

Ce deuil de ce corps perdu est aussi un cheminement difficile. Il faut se laisser du temps pour se réapproprier ce corps, sa nouvelle image et retrouver une estime de soi. Un véritable cheminement personnel permettant d’apprendre à se connaitre, à se reconnaître, à exprimer ses émotions pour être l’acteur principal de sa guérison…

La recherche permet que de nouveaux traitement soient mis en place. En ce qui concerne le cancer du sein, une femme sur huit est touchée. La campagne Octobre rose met l’accent sur la prévention. Avec la pandémie, beaucoup de femmes ont reporté cet examen, alors que plus on détecte tôt cette maladie, plus elle a de chance d’être guérie.

Comment annoncer la maladie à un enfant ?

Les enfants sont très affectés par la maladie de leur parent. Avec le mot cancer, ils sont angoissés de voir la mort emporter leur parent. Les plus petits sentent par répercussion les émotions de la famille impactée par cette nouvelle. Ils peuvent l’exprimer par un comportement perturbé. Les plus grands peuvent exprimer leurs angoisses ou pas. Certains refoulent leurs émotions et affichent un comportement “normal”. C’est une épreuve pour le malade, mais aussi pour toute la famille. Il ne faut pas hésiter à aller consulter un psychologue.

Il peut être préférable d’attendre le diagnostic et la prescription des traitements requis pour en parler à l’enfant. Mais si vous êtes trop accablé, n’hésitez pas à mettre des mots simples sur vos émotions de peur, d’irritabilité, de tristesse… 

Les mots utilisés doivent être adaptés à l’âge de l’enfant. Il n’est pas utile d’entrer dans des descriptions médicales. L’important est que l’enfant obtienne des réponses à ses questions. Il est important de ne pas cacher son état émotionnel. L’enfant, même petit, sent les émotions de ses parents ; c’est une éponge émotionnelle. Il a besoin d’être rassuré sur le fait que vos émotions ne vont pas impacter votre relation avec lui. Autrement, il peut avoir peur d’être délaissé, il peut culpabiliser. On peut dire tout simplement : “je suis fatigué(e) et inquiet(ète) car mon corps est malade mais j’ai rencontré des médecins spécialistes qui vont le guérir et je reviendrai en pleine forme“. 

L’enfant sera invité à poser ses questions. L’entourage proche du parent malade pourra soutenir les enfants dans cette période en restant vigilant à leur questionnement et à leurs émotions. 

Les plus grands peuvent afficher une attitude de désintérêt. Il s’agit d’une façade pour se protéger eux-mêmes de leurs propres angoisses, de leurs peurs, de l’idée de la mort. Il faut accepter qu’ils aient besoin de distance pour ne pas être confrontés à toutes ces émotions difficiles à gérer. 

Il est aussi important que les activités et les rituels de l’enfant continuent. Si vous êtes trop fatigué(e), passez le relais ou adaptez l’activité à votre état. Par exemple, expliquez-lui : “je ne peux pas venir te voir jouer au foot. C’est ton grand-père qui sera avec toi et il filmera pour que je te voie jouer“.

Il n’y a pas de mots justes à utiliser. L’important c’est la relation d’amour entre votre enfant, votre adolescent et vous. Trouvez vos propres mots. Et vous pouvez, vous aussi, être soutenu(e) par votre conjoint, votre famille, pour parler de cette maladie avec vos enfants.

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