Sur les traces du dessin avec Jean-Charles de Castelbajac à Drawing Room

L'une des belles surprises de la 8e édition du salon du dessin contemporain Drawing Room, qui se tient ces jours-ci à la Panacée, à Montpellier, est sans doute la présentation de la collection personnelle de dessins du créateur de mode Jean-Charles de Castelbajac, constituée à l'occasion de commandes, d'échanges ou de cadeaux. Une présentation originale, au cœur même d'une installation murale réalisée in situ par le styliste.

Le dessin, une lueur d’espoir

Jean-Charles de Castelbajac s’est forgé son style grâce au dessin dès l’enfance. “Placé en pension de 5 ans à 17 ans, le dessin était mon seul lien avec l’espérance”, a-t-il expliqué lors de la visite de presse, ajoutant : “Gaucher, mon imperfection a fait naître mon style”. “Mon destin est indissociable de mon dessin”, dit-il, explicitant ainsi le titre de son exposition-installation : Dessin-destin. Il affirme que la création vient plus du cœur que du cérébral en apposant sur un mur la phrase : “Ce qui vient de ta main naît dans ton cœur”. D’où l’on comprend, par extension, que, pour sélectionner les œuvres figurant dans son exposition-installation, le créateur s’est surtout inspiré de l’émotion qu’elles provoquent encore en lui, bien après qu’elles aient rejoint sa collection. Et le propos séduit le visiteur.

Mode et art

La collection graphique de Jean-Charles de Castelbajac s’est constituée au fil de sa vie, à la faveur de commandes ou d’échanges avec ses amis artistes ou avec des artistes avec lesquels il a collaboré. On se rappelle en effet que le styliste a souvent invité des peintres à intervenir sur ses créations de mode dès les années 70, pour créer des passerelles entre mode et art. Sa collection s’est aussi enrichie grâce aux cadeaux qui lui ont été offerts par ses amis, connaissant sa passion pour le dessin.

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Une riche variété

Sa collection graphique, très hétéroclite, réunit aussi bien des dessins de Roland Topor ou Robert Combas (fondateur de la figuration libre) que de Jean de Brunhoff (père de “Babar”). Quel grand écart ! Mais c’est à cela que l’on décèle que l’artiste collectionne les œuvres au rythme de ses coups de cœur. Chacune évoque un épisode de la vie de Jean-Charles de Castelbajac… Son tout premier dessin, représentant des femmes alanguies, offert par Jean-Michel Prudhomme, durant sa première soirée à la capitale, à l’âge de 18 ans. Les nombreux cadavres exquis que Keith Haring a réalisés avec ses enfants lorsqu’il était son hôte. Un dessin de Shane McGowan, le chanteur des Pogues, offert par son ami Malcolm Mac Laren. Le styliste avouera d’ailleurs avoir une prédilection pour les œuvres résultant de cross-over entre diverses disciplines : celles de la chanteuse Lou Doillon ou de l’actrice Juliette Binoche, par exemple, mais il ne dira pas s’il en possède lui-même. Il montre, pour illustrer son propos, un dessin réalisé “à quatre mains” par les sœurs Casady, chanteuses du groupe Cocorosie. Certaines œuvres sont particulièrement poignantes, comme le dessin de Roland Topor représentant son père Abraham, quand il a su qu’atteint de la maladie de Parkinson, il ne pourrait plus jamais dessiner ni peindre. D’autres mêlent histoire de l’art et science-fiction, à l’instar de l’Angélus de Millet revisité avec des soucoupes volantes par Jean Giraud, le dessinateur de Moebius et Blueberry.

Un mural enveloppant et explicatif

Certaines œuvres sont accompagnées par des mots du styliste peints à même le mur –revêtu d’une belle couleur orange– expliquant dans quel contexte elles ont rejoint sa collection. Le public entre ainsi un peu dans l’intimité du styliste collectionneur, d’autant que l’accrochage dans une seule pièce de la Panacée peut donner l’illusion que l’on se trouverait dans le salon du créateur.

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D’autres sont entourées par d’immenses personnages et animaux réalisés sur les murs par Jean-Charles de Castelbajac. Ces personnages portent les œuvres, les admirent, s’épanouissent autour d’elles.

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Un ascenseur-cellule poignant

Jean-Charles de Castelbajac a opté pour une présentation audacieuse d’une œuvre qui lui tient à cœur. Elle a été faite à la prison de Rikers Island, à New York, par Alfredo Ramirez, qui fut l’assistant personnel du peintre américain Jean-Michel Basquiat durant sept ans. Ramirez avait été incarcéré pour copies et vente de copies d’œuvres d’art après le décès de Basquiat. Ses conditions d’incarcération exigeant qu’il n’ait à sa disposition ni pinceau ni peinture, il réalisa cette œuvre en 2003 sur des feuilles de mangas blanchies au dentifrice, en utilisant, à la place de la peinture, du café et son urine.

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“Cette œuvre représentant le directeur de la prison de Rikers porte en elle un ADN de souffrance et de résistance. J’ai décidé de l’exposer dans l’ascenseur [NDLR : ouvert], qui est de la taille d’une cellule de prison”, conclut Jean-Charles de Castelbajac.

On apprécie autant la scénographie que la qualité de l’ensemble…

 

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

La Panacée
14, rue de l’École de Pharmacie
34000 Montpellier
04 34 88 79 79

Vernissage public le mercredi 13 septembre à 18h30.
Exposition visible du 13 au 17 septembre 2017.
Ouverture de 13h00 à 20h00, et le dimanche de 13h à 18h.

Plusieurs animations rythmeront le salon.

Pour en savoir plus, consultez les sites Internet www.drawingroom.fr et www.lapanacee.org

 

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