Vécu, Béziers : Marc, "J'ai remarqué que l'un de mes élèves portait des marques de coups"

Reportage

Marc est enseignant en école primaire. Il a derrière lui une longue carrière. A ses débuts, il a été confronté à un cas de conscience lorsqu'il a remarqué que l'un de ses élèves présentait des marques sur le corps…

Photo © Garrett Jackson / Unsplash

Marc*** se souvient : “J’avais tout juste la trentaine et j’exerçais la profession d’enseignant en école primaire depuis quelque temps déjà lorsqu’un matin, j’ai remarqué que Sébastien, l’un de mes élèves de CE2, avait ce qui ressemblait à des ecchymoses dans le cou et au niveau des bras. Il avait beau tenter de les dissimuler à l’aide de ses vêtements, les traces étaient bien visibles dès qu’il oubliait de tirer ses manches de tee-shirt et qu’elles remontaient le long de ses bras”.

Des doutes

Il ne sait alors pas comment réagir : “Je me suis trouvé face à un vrai cas de conscience. Fallait-il que je fasse un signalement, au risque que l’enfant soit retiré à sa famille par erreur ? Toute la matinée, tout en faisant cours, j’ai réfléchi aux causes de ces marques. Un camarade aurait tout aussi bien pu les lui infliger… Pour en avoir le cœur net, j’ai dit à Sébastien de rester auprès de moi durant la récréation. Je lui ai ensuite demandé comment il s’était blessé. Il m’a répondu avoir chahuté avec un copain la veille après l’école. Mais j’ai eu la sensation qu’il ne me disait pas la vérité”.

L’enseignant cherche à en savoir plus : “Le midi, lorsque sa mère est venue le chercher, je l’ai questionnée. Elle m’a répondu que Sébastien avait fait une chute à leur domicile la veille au soir. Les deux versions étant différentes, il y avait forcément un secret derrière les bleus que portait l’enfant”.

Signalement et cas de conscience

Convaincu qu’il faut agir, Marc se décide : “Pendant la pause déjeuner, j’ai évoqué ce sujet avec le médecin scolaire et lui ai livré mes doutes. Ensemble, nous avons décidé d’effectuer un signalement. Nous avons immédiatement prévenu la police”.

PoliceDos

Les choses s’enchaînent rapidement : “Les policiers sont venus à l’école en début d’après-midi pour récupérer Sébastien et recueillir son témoignage. Le médecin scolaire et moi avons également été entendus. Les parents ont été convoqués et sommés de s’expliquer”.

Bien que convaincu que ce signalement était nécessaire, j’ai mal vécu de devoir le faire. Je me sentais responsable de ce qu’il adviendrait de l’enfant. Et s’il était retiré à sa famille, serait-il plus heureux pour autant ?“, se souvient Marc.

La protection avant tout

Marc retrace la période qui a suivi : “Le temps de l’enquête, Sébastien a effectivement été confié à une famille d’accueil. Mais il ne semblait pas malheureux. Il me paraissait soulagé de ne plus avoir à garder le secret sur les mauvais traitements qu’il subissait, et surtout de ne plus vivre l’enfer dès qu’il rentrait chez lui. Toutefois, il me disait que ses parents lui manquaient”.

violence

Puis ses doutes sont confirmés : Un examen médical et radiologique et l’enquête ont démontré que Sébastien subissait des coups répétés depuis des années. Ses parents s’arrangeaient pour que son visage soit épargné et lui faisaient porter des tee-shirts à manches longues pour cacher ses bleus. Lorsque je l’ai appris, toute trace de culpabilité a disparu. J’ai compris que grâce à ma vigilance, cet enfant avait pu être mis à l’abri, loin de la violence de ses parents”, relate le professeur des écoles.

“Parfois, je me demande ce que Sébastien est devenu et s’il est parvenu à dépasser ses traumatismes. Une chose est sûre, je ne regrette rien. Mais je me souviendrai toujours de lui”, conclut Marc, à l’approche de la retraite.

***Ce témoin ayant préféré garder l’anonymat, nous avons décidé de lui donner un pseudonyme, ainsi qu’à son élève***

Pour signaler une suspicion de violence à l’égard d’un enfant, appelez le numéro gratuit 119 (Allô enfance en danger), numéro d’appel national de l’enfance en danger, ouvert 24h sur 24, 7 jours sur 7. Vous serez conseillé par un professionnel de la protection de l’enfance, formé pour écouter, accompagner et agir.

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