60 ans des Accords d’Évian : retour sur l’arrivée des Pieds-Noirs dans l’Hérault

Les Accords d’Évian signés le 18 mars 1962, dont on célèbre le 60e anniversaire ce 18 mars, ont poussé à l’exode plus de 900 000 Pieds-Noirs vers la Métropole, modifiant notamment le tissu socio-économique du Languedoc-Roussillon.

La région change de visage à partir de 1962, absorbant 83 080 des 926 880 personnes appelées à l’époque les “rapatriés”. Des Français d’Algérie, des Européens d’origine italienne ou espagnole, qu’ils soient athées, chrétiens ou musulmans, aussi bien que des juifs sépharades, sont alors regroupés sous le vocable de Pieds-Noirs, dont on peine encore aujourd’hui à déterminer l’origine. Le mot “rapatrié” est révélateur d’une certaine confusion si l’on suit sa définition, qui désigne des personnes rentrant dans leur pays. Or, dans leur très grande majorité, les “rapatriés” n’avaient jamais posé le pied sur le sol métropolitain avant leur arrivée. Si la signature des Accords d’Évian met fin à huit ans de conflits armées et à plus de cent-trente ans de colonisation, les populations de chaque côté de la Méditerranée entrent alors dans un nouveau combat pour reconstruire leur vie.

Boom économique

Le climat proche de celui de l’Algérie et l’opportunité de s’installer dans le lieu où l’on a débarqué expliquent que les Pieds-Noirs aient constitué plus de 50 % de la croissance démographique des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, au cours des années 1960. À Palavas-les-Flots, à l’époque, on réquisitionne plus de 2 000 logements saisonniers pour donner un toit aux nouveaux arrivants. Sous cette poussée démographique, certaines villes se métamorphosent à la faveur d’un boom économique qui touche principalement les secteurs de l’immobilier et de l’agriculture. Ayant tout laissé derrière eux, les Pieds-Noirs doivent se reconstruire. Ils investissent l’activité économique avec tous les ingrédients de la réussite : enthousiasme, ténacité et esprit novateur.

La consommation

Le département de l’Hérault reçoit alors 128 millions de francs de l’État, d’après les estimations du géographe de l’Université Paul Valéry Joseph Schultz. Cela représente l’équivalent en pouvoir d’achat de près de 200 millions d’euros en 2021, selon le calcul de l’Insee. Cette manne financière est distribuée en partie aux nouveaux arrivants, qui perçoivent 75 millions de francs (117 millions d’euros), dont 50 millions de francs (près de 80 millions d’euros) représentant des prestations que les Pieds-Noirs ne tardent pas à injecter dans l’économie locale. Ils ont besoin de se loger, se meubler, se nourrir, s’habiller…

L’esprit d’entreprise

Un prêt aux entreprises de près de 54 millions de francs (près de 85 millions d’euros) leur est accordé. La moitié ira dans les secteurs du commerce et de l’artisanat. Au début des années 1960, en plus d’un taux de remboursement relativement bas pour l’époque (3%), les Pieds-Noirs bénéficient d’une faveur de l’État qui diffère le début des remboursements à 1968. Malgré la jalousie que les mesures suscitent dans la population locale qui ne profite pas de ces avantages, force est de constater que l’aide de l’État, associée aux investissements privés, contribue alors à la croissance économique du département.

L’urbanisation et l’agriculture

Autour de Montpellier, les Pieds-Noirs investissent l’activité économique. L’agriculture connaît un regain de forme. Minées par le grand gel en 1956, de nombreuses exploitations sont rachetées, remises sur pied et modernisées. Dans les communes de Mauguio et Lunel, les nouveaux arrivants se lancent dans l’arboriculture. À Maurin, de nouveaux domaines agricoles voient le jour, privilégiant la culture sous serres. Mais ce sont principalement les villes qui changent de visage. On assiste à l’éclosion de nombreux commerces, comme à La Grande-Motte. L’urbanisation est en marche et donne naissance à de nouveaux quartiers.

L’identité des Pieds-Noirs

La communauté pied-noir s’est constituée en fuyant d’un côté son pays d’origine et en n’étant pas toujours bien accueillie par la France métropolitaine. Le sentiment d’appartenance à une communauté de destins s’impose à cette population issue pour la majorité des classes populaires. De nombreuses associations de Pieds-Noirs ont vu le jour à partir des années 1960. Elles se donnaient pour mission d’aider les “rapatriés”. La ville de Béziers en a accueilli plusieurs, parmi lesquelles, dès 1962, on comptait l’AFEA (l’Association des Français d’Afrique du nord), la FNFA (la Fédération nationale des Français d’Algérie) ou l’ANFANOMA (l’Association des Français d’Afrique du nord, d’Outre-mer et leurs amis).

La solidarité entre Pieds-Noirs donne naissance à des initiatives sportives et culturelles portées par exemple par le Gallia sport pied-noir (en référence à une équipe d’Algérie), devenu plus tard le Sporting club Devèze. Mais c’est principalement pour des besoins du quotidien que les associations jouent un rôle. Les adhérents y viennent pour trouver un meilleur logement ou du travail. On y passe aussi pour annoncer un mariage ou un décès. L’entraide prendra ensuite des formes très abouties. Telle l’Association ORB, créée par des Pieds-Noirs employés à la Sécurité sociale ou à la Caisse d’allocations familiales. Ces personnes ayant gravi les échelons dans la société en quelques années mettront leurs compétences au service des “rapatriés” moins favorisés ou moins chanceux.

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