CCI Hérault et Occitanie : André Deljarry, l’action au service du territoire

Hérault Tribune Pro Reportage

Réélu président de la CCI de l’Hérault en novembre dernier et tout juste élu premier vice-président de la CCI d’Occitanie, André Deljarry livre ses projets pour les entreprises, commerces et services, en matière de formation et d’export, et évoque son implication au service du territoire…

Vous avez défini 2 piliers pour votre nouveau mandat à la présidence de la CCI de l’Hérault. En premier lieu l’international… Pouvez-vous détailler cet axe ?

André Deljarry : « J’ai mis en route de nombreux projets durant mon précédent mandat, dont certains sont en cours de concrétisation. Donc effectivement, pour l’avenir, j’ai souhaité ancrer deux axes sur le territoire pour développer l’emploi : la formation et l’international. Nous devons initier l’intégralité de nos entreprises à la pratique de l’international, car trop d’entre elles n’osent pas y aller. Il y a un gros travail à mener sur cette sensibilisation. Notre mission va être d’aller chercher celles qui ont toutes les qualités requises pour travailler à l’international, mais qui hésitent à se lancer.

Raison pour laquelle nous avons ouvert notamment notre événement Intersud, dédié à l’industrie régionale, à l’international. Les PME du territoire ont pu cette année rencontrer, au-delà des grands comptes nationaux, des acheteurs algériens et tunisiens afin d’envisager de nouvelles collaborations.

Parallèlement, nous nous sommes rendu compte que les entreprises nationales allaient chercher par exemple de la fabrication de pièces pour machines-outils en Allemagne et en Europe, alors que des entreprises d’ici sont tout à fait capables d’en produire. Avec Intersud, elles ont trouvé au micron près ce dont elles avaient besoin. L’objectif est donc atteint !

Le savoir-faire local des entreprises doit être défendu, promu. Le nouveau plan de réindustrialisation de notre pays va dans ce sens. Collectivement, nous devons faire connaître nos entreprises et leurs savoir-faire, en Occitanie mais bien au-delà. Nous devons aller plus loin sur l’international. Nous devons progresser car nous avons sous le pied un chiffre d’affaires important, ce qui représente clairement un gisement d’emplois

De quelle façon ?

André Deljarry : « En régionalisant nos événements comme Intersud justement, ou encore le Rendez-vous du Financement ou La Place Créative. Les passerelles que nous créerons entre Toulouse et Montpellier serviront à décloisonner les échanges afin d’inciter nos entreprises à travailler ensemble et à exporter. Il reviendra sans doute au nouveau président de la CCI Occitanie, Jean-François Rezeau, de commander une étude pour recenser les savoir-faire territoire par territoire pour toujours mieux mettre en avant nos pépites.

Le rôle de nos CCI est de mettre en relations les entreprises au sein de l’Occitanie, mais aussi aux niveaux français et européen. Grâce à l’ouverture d’Intersud à de grands comptes internationaux, nous atteindrons sur cette édition 2021 près de 3 millions d’euros de commandes passées sur cette journée. C’est le signe que c’est possible, il faut simplement accompagner la démarche. Je pense également au salon SIANE sur lequel nous avons fait venir des entreprises héraultaises à Toulouse ; ça ne se faisait pas avant. 

En parallèle, nous avons initié Les Rendez-vous de l’international, inaugurés pour la première édition par Jean-Pierre Raffarin, le 9 décembre dernier. Ce fut un succès. Nous renouvellerons l’exercice chaque trimestre afin de donner les clés à nos entreprises pour se lancer à l’export, faire grandir leurs entreprises, les aider à passer le cap pour accroître leur production et leur permettre de conquérir de plus en plus de clients…

Nous avons un territoire fertile : en 2021 plus de 10 000 entreprises auront été créées dans l’Hérault. Certes, ce sont pour la plupart de très petites entreprises. Mais petite entreprise deviendra grande. C’est mon objectif ! Tout ceci crée de l’emploi, ce qui nous amène au second pilier de mon mandat : la formation. » 

Justement, quels sont vos projets en matière de formation ?

André Deljarry : « La formation est au cœur du développement économique de nos territoires. C’est un pilier essentiel pour l’avenir de nos entreprises face à la crise de recrutement et à l’arrivée prochaine de nouveaux métiers.

Notre beau réseau Purple Campus (anciennement Sud Formation) doit irriguer la totalité des 13 départements d’Occitanie pour aller encore plus loin et rester un acteur de référence en région. Il faut savoir que le réseau CCI ex-Languedoc-Roussillon réunit le plus de jeunes formés sur l’Occitanie : sur les 5 500 jeunes formés en région Occitanie par notre réseau, 4 500 le sont dans les établissements de l’ex-LR. C’est pourquoi je présenterai ma candidature à la présidence de Purple Campus afin que la présidence soit assurée à Montpellier, où se situe déjà le siège régional de Purple Campus. Il n’y a pas de CFA en Haute Garonne, alors que nous accueillons dans l’Hérault 1 600 jeunes dans les nôtres. Ce nouveau mandat doit donc permettre de développer des Purple Campus dans les départements qui n’en ont pas, sur la base de l’expérience que nous avons déjà en la matière. 

Pour que nos CFA soient toujours efficaces, nous engageons leur rénovation, à l’image de celle du CFA Purple Campus de Béziers, pour un coût de 7 M€, avec le soutien de la Région Occitanie à hauteur de 4,2 M€. Les travaux, phasés de façon à ne pas gêner les enseignements, commenceront en janvier et se termineront pour la rentrée 2023.

Ce qui est certain, c’est qu’il va falloir mettre en place des formations flashs d’un ou deux mois pour former les jeunes aux métiers délaissés durant la pandémie. Il faut aller vite. Nous avons les outils, faisons-les fonctionner à plein. La posture doit être la même pour anticiper et former aux métiers d’avenir comme les métiers verts par exemple. A Béziers, Genvia va embaucher 400 à 600 personnes sur dix ans. Actuellement, les gens ne sont pas formés pour ces postes. Nous sommes en relation avec Genvia pour connaître leurs besoins en formations. Et c’est une suite logique de notre engagement, après avoir accompagné la Cameron dès 2017 dans sa convention de revitalisation. Une convention qui nous a permis de recréer autant d’emplois que ceux perdus dans le cadre des licenciements économiques réalisés à l’époque, soit 237 emplois. Aujourd’hui la Cameron s’est renouvelée, passant du pétrole à l’hydrogène décarboné sous le nom de Genvia. Une opportunité incroyable pour le Biterrois et bien au-delà. Et surtout Genvia embauche ; je m’en félicite.

Je ne peux pas parler de formation sans évoquer le Projet Nouveau Campus à Montpellier, dans le quartier Cambacérès. Un site qui sera un véritable marqueur de territoire. Le projet avance bien : les statuts des SCI et SCA ont été finalisés. Les apports en capital se feront avant la fin de cette année 2021, et le permis sera déposé en février prochain, pour une rentrée en 2024.

Notre école Montpellier Business School (MBS) se développe. En Occitanie, MBS et Toulouse Business School sont deux très beaux outils de formation, auxquels s’ajoutent les CFA Purple Campus. A nous de les rendre indispensables chacun dans leurs spécificités. Nous pourrions notamment envisager plus de transversalité entre MBS et TBS. La force de MBS est sa diversité. Il nous faut renforcer ses fondations d’ici la sortie de terre du nouveau bâtiment en 2024 à Cambacérès. »

Globalement, le Covid n’a pas simplifié la tâche de la CCI Hérault…

André Deljarry : « La CCI a mené un énorme travail d’accompagnement des entreprises dès le début du Covid et continue à les informer aujourd’hui, car différents dispositifs voient encore le jour. Lors de la dernière assemblée générale de CCI France, Emmanuel Macron a salué l’action des CCI, qui ont servi de relais territoriaux. C’est en effet vers les CCI que se sont tournés Bruno Lemaire et les préfets pour réguler les aides Covid. Nous sommes de moins en moins vus comme un outil de l’Etat, et pourtant nous sommes sollicités par l’Etat pour tous les plans de relance.

J’ai d’excellentes relations avec le préfet de l’Hérault Hugues Moutouh, avec qui nous avons travaillé de concert pour identifier des cas d’entreprises qui n’avaient droit à rien en termes de compensations financières. La preuve de cette parfaite collaboration entre l’Etat et la CCI, ma présence auprès du président Macron lors de sa visite de Genvia il y a quelques semaines. C’est pour moi un signe fort de reconnaissance du travail des CCI. »

Pour les commerces, la pandémie a été compliquée à traverser. Comment la CCI les soutient-elle ?

André Deljarry : « La pandémie a révolutionné le fonctionnement du commerce. Face à des consommateurs de plus en plus volatiles et multicanaux, le commerce a dû s’adapter pour coller aux nouvelles exigences. Les commerçants doivent désormais absolument proposer de la vente en ligne, des livraisons à domicile ou du click and collect, afin de se moderniser, d’être visibles par tout le monde et de gagner en performance. Le commerçant qui attendait les clients sur le pas de sa porte, c’est du passé. 

La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, a mis en place une plateforme pour soutenir les commerçants qui n’étaient pas passés à la digitalisation. Le nouveau président de la CCI Occitanie va prochainement la saisir pour lui demander d’accentuer le fonctionnement de cette plateforme de mise en relation entre les commerces et consommateurs pour en faire une véritable marketplace. L’étape suivante est vraiment celle-là. Pour que l’outil perdure et soit efficace, les commerçants doivent pouvoir y intégrer -l’ensemble de leurs produits et surtout instaurer un véritable système de livraison, pour passer à la vitesse supérieure. Mais cette étape nécessite un financement important que la CCI ne peut pas porter. Il nous faut l’aide de la Région Occitanie. L’enjeu est important, car cela représente 10 à 15 % de chiffre d’affaires additionnel pour les commerces.

Parallèlement à la digitalisation, il faut faire vivre une véritable expérience client aux consommateurs. Par des produits différenciants tout d’abord, mais aussi en animant les cœurs de ville, comme nous l’avions fait à l’époque avec City Foliz, ou actuellement avec l’opération Gagnez votre Paris jusqu’au 18 décembre, en partenariat avec l’aéroport Montpellier Méditerranée et le Président du Directoire, Emmanuel Brehmer. L’opération consiste à faire gagner 400 voyages en avion Montpellier-Paris aux clients des commerces de proximité du département. Cette action est un parfait exemple de coopération. L’aéroport avait besoin de relancer sa ligne Montpellier-Paris, et c’est au travers des commerçants que nous l’avons mis en place. C’est gagnant-gagnant : nous drainons du trafic en magasin et cela ne coûte rien aux commerçants !

Enfin, pour poser de véritables stratégies en matière de commerce, nous généraliserons sur cette mandature les Etats généraux du Commerce. Un temps fort entre la CCI, les associations de commerçants et la ville durant lequel nous travaillons collectivement sur des sujets essentiels comme l’offre proposée, les animations, la transition numérique, le circuit marchand… Ce qui ressort à chaque fois, c’est la nécessité de développer massivement les animations pour faire venir les consommateurs en centre-ville. Idéalement, il faudrait une opération par mois pour redynamiser les cœurs de villes : les soldes en janvier, la saint Valentin en février, la fête des fleurs en mars, la fête des mères en mai, la fête de la musique en juin, la viticulture en juillet-août, la rentrée en septembre, une opération CCI en octobre-novembre, Noël en décembre…

Bien sûr, il faut que les commerçants en soient convaincus et qu’ils puissent par exemple ouvrir le dimanche quand une programmation est mise en place, créer des nocturnes jusqu’à 20h ou 21h, comme ce sera le cas le 18 décembre à Montpellier (NDLR : dans le cadre des animations de Noël mises en place par le Comité Plein Centre avec le soutien de la ville et de la CCI, les commerçants du centre-ville de Montpellier resteront ouverts jusqu’à 21h00). Je pense notamment à la fête des lumières qui avait été portée par la CCI à l’époque. Aujourd’hui, avec la municipalité, cet événement a pris une ampleur telle qu’il devient un véritable rendez-vous pour nos commerçants. Elle ne pourra pas avoir lieu à Noël cette année, mais j’ai bon espoir qu’elle soit reportée à février ou mars 2022. »

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Le président Deljarry devant la carte représentant le quartier Cambacérès, où seront installés Montpellier Business School, le centre de formation CFA Purple Campus Montpellier et la CCI de l’Hérault en 2024. © Virginie Moreau

Quels sont les autres grands projets de votre mandature à la CCI Hérault ?

André Deljarry : « la poursuite des grands travaux comme je le disais tout à l’heure avec la rénovation de notre CFA Purple Campus Béziers et le Projet nouveau Campus, mais pas seulement. Nous engagerons en janvier la rénovation de l’Hôtel Saint-Côme, ce monument classé du cœur de ville de Montpellier. Les travaux, d’un montant de 1,2 million d’euros, débuteront en janvier pour s’achever à la rentrée 2022.

Outre la préservation du bâtiment, cette restauration vise aussi à offrir une nouvelle image depuis la place Saint-Côme et la Grand-rue Jean-Moulin. Une fois rénové, ce monument s’intégrera au parcours culturel et touristique du cœur de ville et participera à l’attractivité de notre circuit marchand. 

Et puis bien sûr, au-delà des grands travaux, cette nouvelle mandature sera marquée par de nouveaux enjeux dans notre accompagnement des entreprises. Nous avons déjà mis en place nos nouvelles commissions de travail autour des mobilités, de l’hydrogène décarboné, de la RSE ou encore du travail avec les différentes agences de développement économique du territoire.

D’ailleurs, je peux vous annoncer une exclusivité : nous allons lancer en janvier une grosse opération collective dédiée aux achats responsables, en partenariat avec la Région et l’ADEME.

Nous accompagnerons de grands acheteurs à l’achat responsable, et les fournisseurs et TPE pour qu’ils deviennent plus vertueux afin de pouvoir être sélectionnés dans les appels d’offres. Au total, 200 entreprises et une dizaine de grands comptes bénéficieront de cet accompagnement, avec un positionnement clair : l’entreprise peut être vertueuse et performante à la fois ! »

Quel sera le budget de la CCI Hérault en 2022 ?

André Deljarry : « Le budget de la CCI Hérault était de 7 millions d’euros en 2021, il devrait être maintenu en 2022. Mais il faut savoir que la CCI va chercher beaucoup d’argent auprès des collectivités pour faire vivre leurs territoires : Région Occitanie, Département de l’Hérault, Montpellier Métropole, les communautés de communes, les agglomérations… Parfois même l’Etat avec les différents plans de relance. Et bien sûr, la CCI dispose de ressources propres comme les loyers.

J’espère que dans les années à venir, nos ressources ne baisseront plus car nous sommes arrivés à la limite. Nous avons d’ailleurs déjà entamé notre transformation avec une nouvelle offre de services SoluCCIo pour un accompagnement 360° des entreprises et une valorisation du travail de la CCI. » 

Vous venez d’être élu premier vice-président de la CCI Occitanie. Vos impressions ?

André Deljarry : « Je me réjouis de travailler avec le nouveau président Jean François Rezeau, avec qui j’ai fait campagne pour une CCI régionale agile et facilitatrice. Les CCI territoriales sont des accompagnateurs sur leur territoire. La CCI Occitanie doit poursuivre son action et les aider à assurer efficacement leurs missions auprès de nos entreprises. 

A l’image de notre territoire, notre réseau consulaire est riche de sa diversité et je souhaite que sur cette nouvelle mandature, nous puissions aller plus loin en termes de coopération. Nous devons continuer à amplifier la dynamique de notre réseau, au travers d’actions communes en faveur de la création, du développement et de la transmission-reprise d’entreprises. Nous avons prouvé toute notre utilité et notre engagement auprès des entreprises d’Occitanie. Demain, comme hier, nous resterons ce tiers de confiance, ce facilitateur, à la jonction des entreprises et des collectivités. »

Vous contribuez à votre façon au sport, à la culture et à l’art sur le territoire…

André Deljarry : « Effectivement, plutôt que de toucher mes émoluments de président de CCI Hérault qui s’élèvent à 42 000 euros par an, je les flèche sur l’art, la culture et le sport depuis dix ans. Si l’on ajoute les cinq prochaines années de mandat, cela fera au total 630 000 euros réinjectés sur le territoire en quinze ans. Je considère que l’art, le sport et la culture sont aussi des pans de notre économie, et j’ai choisi de les soutenir de la sorte.

Je comprends qu’un président touche ses émoluments, car présider une CCI prend énormément de temps, mais je ne suis pas dans cet état d’esprit. Montpellier et l’Hérault m’ont beaucoup donné ; je veux leur rendre un peu de ce qu’ils m’ont donné.

Quand on donne de l’argent pour l’art, la culture ou le sport, on contribue à maintenir des emplois qui gravitent autour : les taxis, les restaurants, les traiteurs, les buvettes, les hébergements…

Et sur le plan personnel, en tant que chefs d’entreprise, nous avons fait le choix avec mon associé Christophe Pradeilles de participer à la Fondation d’entreprises du Mo.Co [voir pages 19-20]. »

C’est votre dernier mandat à la CCI Hérault, pour des raisons de limite d’âge. Pourquoi avoir rempilé ?

André Deljarry : « En tant que président de MBS et de la CCI Hérault et premier vice-président de la CCI Occitanie, je prends part à la dynamique territoriale et c’est ce qui me motive chaque jour, car j’ai envie de voir se développer notre beau département. Je suis passionné par ce que je fais, par la relation avec les élus pour faire progresser l’économie. J’ai rempilé pour achever les grands projets et en initier de nouveaux autour de la formation, l’international et certaines missions régionales… »

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