COP26 : les "Gardiens de la Nature"

La cop26 qui vient de s’ouvrir à Glasgow avec pour objectif la lutte contre le réchauffement climatique de la planète et parvenir à le limiter à 1,5°, a annoncé ce 2 novembre un accord historique international contre la déforestation et la dégradation des terres d’ici 2030.

Un petit pas de l’Homme pour un grand pas pour l’Humanité et le Vivant ! 10,30 milliards d’euros seront consacrés à préserver 85% des forêts du monde, dont 1 milliard attribué à la protection du bassin du Congo qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde ! « Avec ses promesses sans précédent, nous aurons une chance de mettre fin à la longue histoire de l’humanité en tant que conquérante de la nature, pour en devenir le gardien », déclare le premier ministre britannique Boris Johnson.

La biodiversité mondiale plus dégradée que le climat

Il était temps ! Savez-vous que la situation de la biodiversité mondiale est bien plus dégradée que celle du climat ? Le Stockholm Resilience Center en 2009 a défini 9 limites planétaires correspondants aux 9 seuils ou procédés clés du « système Terre » à ne pas dépasser sauf à augmenter le risque de générer des changements environnementaux abrupts ou irréversibles à grande échelle. Le seuil critique est largement dépassé en ce qui concerne la perte d’intégrité de la biosphère (perte de la biodiversité et extinctions des espèces) alors qu’en comparaison, le changement climatique est proche de son seuil critique ou de sécurité mais n’a pas encore dépassé le seuil de résilience du « système Terre ».
Détails sur les 9 frontières planétaires : https://www-stockholmresilience-org.translate.goog/research/planetary-boundaries/the-nineplanetary-boundaries.html?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=nui,sc

Préserver la biodiversité pour lutter contre le changement climatique

La préservation de la biodiversité est fondamentale dans la lutte contre le changement climatique. C’est elle le poumon de la planète en stockant la moitié des émissions de carbone dans l’atmosphère par les océans, la végétation et les sols. Le dernier rapport commun de l’IPBES, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques et du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, démontre très bien les interactions entre la perte de la biodiversité et le changement climatique. La destruction des écosystèmes marins et terrestres entraine inévitablement un dérèglement climatique par l’augmentation des gaz à effet de serre en libérant le carbone préalablement stocké. Un récent rapport de l’Unesco indiquait que depuis le début du millénaire, dix forêts emblématiques de la planète émettent plus de CO2 qu’elles n’en piègent comme par exemple le parc national de Yosemite, aux États-Unis. Le rapport de l’IPBES 2019 explique que la première cause de l’érosion de la biodiversité est liée à la dégradation des habitats (les espaces de vie propices aux espèces animales ou végétales) principalement terrestres. De 1980 à 2000, la moitié des nouvelles terres agricoles conquises l’a été au détriment de la forêt tropical vierge.

Les ‘Grands’ de ce monde doivent devenir les ‘Gardiens de la nature’

Face à ce constat alarmant, il était temps que les Grands de ce monde deviennent les « Gardiens de la Nature ». Tous les acteurs économiques doivent intégrer les enjeux de la biodiversité dans leur stratégie de développement. En exploitant le capital naturel directement ou indirectement dans le cadre de leur activité, elles ont la responsabilité de la préservation de la biodiversité et des risques de dégradation qu’elles causent, qui se révèlent être une menace directe de l’existence humaine et de sa qualité de vie. Les institutions financières sont les acteurs économiques qui ont le plus de marge de manœuvre pour accélérer cette préservation de la biodiversité et être de réel « Gardien de la Nature » : en finançant des entreprises contribuant à la restauration ou à la conservation de la biodiversité et en refusant de financer des entreprises à l’activité nocive.

Des besoins annuels estimés entre 150 et 440 milliards de dollars

En 2018, l’étude du GIIN (Global Impact Investing Network) démontre que seuls 3% des actifs sous gestion de la « Finance à impact », soit 3,2 milliards de dollars, seraient orientés vers la biodiversité quand les besoins pour la financer et atteindre les 20 objectifs AICHI (plan stratégique qui servait de cadre pour les ambitions sur les enjeux de la biodiversité entre 2011 et 2020…) de la CBD (Convention sur la Diversité Biologique) sont estimés entre 150 et 440 milliards de dollars par an. La préservation des sols et la lutte contre les espèces invasives sont les secteurs nécessitant le plus de capitaux étant la cause majeure de l’extinction de la biodiversité. 45% des besoins de capitaux d’ici 2050 devraient soutenir une agriculture durable et les besoins en recherche et développement pour le contrôle des espèces invasives et leur élimination devraient représenter 36 milliards de dollars en 2050.

Les pouvoirs publics devraient inciter à investir dans la préservation de la biodiversité

Même si la valeur sociale de la biodiversité est encore difficile à définir tout comme sa valeur économique est complexe à appréhender, même s’il n’existe pas encore « d’empreinte biodiversité » à l’image de l’empreinte carbone, certains fonds d’investissement « sincères » ont le mérite d’être orientés vers la préservation des terres, des forêts, aux projets d’agriculture durable, des océans, etc, (Mirova, Sycomore par exemple) ou certaines sociétés de gestion telle Alter Equity qui investit dans des entreprises à impact.
Des engagements sont pris pour intégrer la biodiversité dans les stratégies d’investissement, des groupes de travail sont formés pour créer des métriques de la biodiversité, mais il est temps de faire prendre conscience, de comprendre, informer sur les enjeux de la préservation de la biodiversité et ainsi orienter l’épargne vers ses enjeux cruciaux.
De réelles incitations fortes des pouvoirs publics manquent afin de valoriser cette contribution à la préservation de la biodiversité tout comme l’absence de normes universelles harmonisées pour tous. Il est temps d’être collectivement les « Gardiens de la Nature ».

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