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Jean-Louis Debré : « Magistrats et avocats unis pour faire triompher le droit »

Prononcé lors de la cérémonie de remise des diplômes aux nouveaux avocats de la promotion 2016-2017 de l’Ecole des Avocats (EDA) Centre Sud, le discours de Jean-Louis Debré souligne le rôle clé des avocats et des juges parmi les piliers incontournables de la démocratie et de ses valeurs fondamentales : liberté, égalité, fraternité.

Jean-Louis Debré le rappelle avec force dès le début de son intervention : « Il n’y a pas dans ce pays de liberté, d’égalité, de fraternité sans le droit au juge et sans le droit à l’avocat. Toute société qui ne permet pas à un justiciable d’être défendu, toute société qui ne permet pas à un justiciable d’être jugé par un tribunal indépendant, n’est pas une société démocratique ». La défense de nos valeurs exige ainsi ce que Montesquieu appelle le contre-pouvoir. Avec le Parlement, élu au suffrage universel, qui fait le droit. Les avocats qui défendent ceux qui ont fait des infractions – réelles ou supposées – à la loi. Et les magistrats qui jugent les infractions.

La lutte des femmes pour être reconnues avocates

« La grande famille de la justice a le souvenir de celles et ceux qui ont lutté pour faire sans cesse avancer la société vers l’idéal que portent ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité », souligne Jean-Louis Debré. Observant que les femmes constituent la grande majorité de la promotion d’avocats, il met en exergue le combat de leurs aînées pour se faire reconnaître professionnellement. Et évoque d’abord Jeanne Chauvin, qui fut la première femme avocate en France, il y a un siècle. Lorsqu’elle se présente dans le prétoire de la deuxième chambre d’appel de Paris pour prêter serment, l’avocat général avance : « Pour être avocat, il faut avoir accès au raisonnement juridique. Et les femmes n’ont pas accès au raisonnement juridique ».

De son côté, Marguerite Dilhan, la première femme à avoir plaidé aux Assises, à Toulouse, doit affronter le mépris du bâtonnier qui tient alors la chronique judiciaire. Celui-ci écrit : « Marguerite Dilhan entre dans le prétoire de la cour d’Assises. La toque est bien placée. La robe lui va bien. S’extrait d’elle un parfum envoûtant. Et je conclus mon article en disant, conformément à ce que j’ai toujours pensé : les femmes ont leur place à la maison ».

Combattre en permanence pour les valeurs

Le combat se prolonge en permanence jusqu’à l’époque actuelle. Les avocats ont ainsi réussi récemment à faire en sorte que dès la première heure de garde à vue, la présence d’un avocat soit obligatoire. Et Jean-Louis Debré d’affirmer : « C’est mon bonheur d’avoir, au Conseil constitutionnel, annulé une loi de 1838 selon laquelle une famille pouvait placer une personne en hospitalisation sans son consentement. Camille Claudel, la maîtresse de Rodin, a ainsi été hospitalisée pendant trente ans sans son consentement. Elle n’a jamais pu être défendue par un avocat. Elle n’a même jamais été jugée par un juge. Et nous avons considéré qu’une société sans juge, ni avocat, est une société qui martyrise la liberté ».

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La primauté du contact humain

L’ancien président du Conseil constitutionnel souligne l’importance qui doit être accordée à l’échange humain direct. « J’ai voulu  qu’il y ait une audience publique pour les nouvelles procédures. Parce que je crois essentiel, pour fonder la légitimité de la justice, que le client, par l’intermédiaire de son avocat, puisse regarder le juge ». Et il prévient les nouveaux avocats : « Méfiez-vous de toutes ces procédures écrites, dématérialisées, inhumaines. Elles donnent le sentiment que la machine judiciaire est une machine. Méfiez-vous de ce système d’Internet où on dénonce sans juger, où on condamne sans défense. Méfiez-vous, élevez-vous contre cette prétendue modernité. Elle aboutit à faire disparaître la liberté dont vous êtes les gardiens ».

Au service du droit et de la vérité

Dans sa conclusion, Jean-Louis Debré se réjouit que, de génération en génération, les avocats réaffirment leur idéal de justice. Cela doit rester d’autant plus vrai aujourd’hui que « dans ce monde difficile, lorsqu’on s’interroge sur l’avenir, lorsqu’on doute de l’avenir, on se retourne vers ce qui résiste. Et ce qui résiste, c’est toujours la justice. Parce que la justice est au service des libertés ». L’avocat doit se consacrer à sa mission, qui est de dire le droit. Il est au service du droit et de la vérité, tout comme le juge. Jean-Louis Debré le réaffirme : « L’avocat a une place essentielle au sein de la grande famille judiciaire. Magistrats et avocats ne sont pas des adversaires puisqu’ils ont la même raison d’être : faire triompher le droit ».

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