Montpellier : Bérengère Dubus, "les classes populaires sont exclues des crédits immobiliers"

Hérault Tribune Pro Reportage

Augmentation des taux d’intérêt, flottement sur le taux d’usure, classes populaires exclues du crédit immobilier : Bérengère Dubus, dirigeante de FI Courtage et secrétaire générale de l’UIC (Union des Intermédiaires de Crédit), qui a organisé une manifestation le 20 septembre dernier devant la Banque de France à Paris, tire la sonnette d’alarme, à l’aube d’une année 2023 immobilière qui s’annonce tendue.

Observez-vous une hausse des refus de crédits par les banques ? 

Bérengère Dubus : « Oui. Près de la moitié des demandes de crédits immobiliers sont refusées. Les alertes lancées par les courtiers depuis mai se vérifient, hélas. Les classes populaires sont désormais exclues des crédits immobiliers. Les banques prêtent trop souvent aux seuls cadres supérieurs, dont elles savent qu’ils leur amèneront du placement, de l’épargne et d’autres crédits. Si elles ne le disent pas publiquement, elles ferment l’accès aux crédits aux classes modestes, même en cas de bénéfices records. Mais je ne les incrimine pas totalement : le taux d’usure actuel empêche les banques de prêter dans de bonnes conditions de rentabilité. »

Pourquoi en arrive-t-on à un tel blocage ?

Bérengère Dubus : « C’est le résultat d’une accumulation de contraintes sur l’immobilier et le financement depuis plusieurs années. La disparition, en 2019, du Crédit Foncier, seul prêteur social prenant en compte les allocations familiales, prestations sociales et pensions alimentaires, a exclu du marché de l’accession une partie des classes populaires. Se sont ajoutées, en 2020, les normes du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF), qui exigent aux candidats un niveau d’apport et qui réduisent la durée des crédits à 25 ans maximum. Enfin, en 2022, dans un contexte de hausse des taux d’intérêt pour contrer l’inflation, le taux d’usure traverse une crise. Son mode de calcul empêche les banques à prêter à des taux conformes à la réalité du marché. Le délai de révision du taux d’usure par la Banque de France – tous les trois mois – bloque le marché, car, en face, les taux d’intérêt augmentent très vite. Et quand le crédit se grippe, c’est toute la filière immobilière qui est pénalisée. »

Que préconisez-vous ? 

Bérengère Dubus : « Sur le taux d’usure, le gouverneur de la Banque de France (François Villeroy de Galhau, note) joue un baroud d’honneur. Les chiffres montrent qu’il se trompe, et qu’il doit accepter une rehausse mensuelle du taux d’usure. Cela peut être une solution immédiate et acceptable par Bercy, car nous vivons un niveau d’inflation exceptionnel. Le HCSF doit par ailleurs autoriser à nouveau des crédits sur 30 ans. Je prône aussi une grande table ronde sur l’accession. Nous pouvons avoir des maires volontaristes sur des programmes aidés et sociaux, et Montpellier en fait partie, mais si, derrière, personne ne finance, les politiques d’habitat risquent de rester dans les cartons. »

Y a-t-il des motifs d’espoir ?

Bérengère Dubus : « Une prise de conscience commune s’opère entre notaires, courtiers, aménagements, promoteurs immobiliers, notaires… Le gouvernement se rend compte du caractère explosif de la situation : moins de crédit, c’est moins de transactions, de taxes foncières, de recettes fiscales… Un constructeur de maisons individuelles sur deux est aujourd’hui en difficulté. Dans les réseaux d’agents immobiliers, 40 % des mandataires démissionnent. Idem chez les courtiers.
Le crédit immobilier est le type de crédit qui connaît le moins de défaillance. Par ailleurs, devenir propriétaire est la seule chose qui puisse sécuriser les classes populaires, pour se prémunir notamment du surendettement et des difficultés financières. »

Montpellier : un accès à la propriété de plus en plus difficile

En 2012, un emprunteur moyen primo-accédant dans le neuf à Montpellier gagnait en moyenne 1.675 € et achetait 163.466 €*. En 2022, il gagne à 2.080 euros et achète en moyenne 204.800 €. « En 10 ans, la hausse des revenus moyens de nos clients est de 25 %, et celle du prix moyen des biens de 20 % », enchaîne Bérengère Dubus. Les salaires n’ayant pas augmenté de la même proportion, « cela signifie qu’une partie de la population a disparu des radars ». Autre donnée parlante : le nombre d’emprunteurs est passé de 1,66 en moyenne en 2010 à 1,2 en 2022. Analyse de Bérengère Dubus : « Les familles modestes, les salariés au Smic ou juste au-dessus, la plupart des jeunes et des célibataires ne sont plus éligibles à l’accession à la propriété. Pour acquérir un bien, ils doivent aller en 2e ou 3e couronne, plus loin des métropoles. »


* Source : UIC.  

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