Montpellier sonne l’alarme pour éveiller les esprits à la culture des risques climatiques

Reportage

A l’issue d’un été anormalement rythmé d’incendies et de canicules, une période de forts épisodes cévenols menace le département. Pour protéger la population, la Ville informe massivement, espérant servir une culture des risques majeurs encore trop peu ancrée dans les modes de vie.

Sébastien Cote et Gilbert Arnal, le 29 août à Montpellier © Mathieu Weisbuch

Ce qui était exceptionnel ne l’est plus. Canicules, incendies, inondations, sécheresse, l’arc méditerranéen connaît des situations climatiques qui exigent une “préparation totale” de la population pour “faire face à ces événements”, a martelé lundi 29 août Sébastien Cote, adjoint au maire délégué à la Protection de la population, à la Tranquillité publique et aux Affaires militaires.

Montpellier est un hotspot

“L’été 2022 est l’été de la prise de conscience que le dérèglement climatique nous touche directement” a poursuivi Sébastien Cote, en introduction à la présentation de la politique de prévention aux risques majeurs. Incendies à répétition, canicule précoce en juin, pollution du Lez aux cyanobactéries due au réchauffement, pollution urbaine, Montpellier a connu vingt-deux jours cumulés en alerte orange incendies et deux jours en alerte rouge, de juin à août.

Et l’Hérault n’est le seul département touché. En témoigne un sondage de l’institut Odoxa sur le pessimisme ambiant à la sortie de l’été. Plus de 7 Français sur 10 se disent inquiets de l’accumulation des catastrophes climatiques des trois derniers mois. C’est donc vers les politiques que les Français se tournent pour lutter contre une fatalité qui gagne les esprits.

“On ne sait jamais où cela va tomber”

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© Mathieu Weisbuch

La protection de la population passe par une campagne d’information de grande ampleur. C’est la principale boîte à outils de la mairie et de la métropole de Montpellier. En tête, le Dicrim (document d’information communal sur les risques majeurs). Ce petit livret informe de “tous les risques majeurs recensés sur notre territoire et les moyens pour y faire face”, a expliqué Ivan Nosbé, conseiller municipal, délégué à la Réserve citoyenne, et au plan communal de sauvegarde et de lutte contre les violences routières.

On y trouve par exemple un modèle de kit d’urgence, les procédures à suivre en cas de pénurie d’eau potable ou d’intoxication, ou les réflexes à avoir lors d’une inondation ou d’une tempête. Ces dernières situations pourraient bientôt s’abattre sur la ville et le département, à en croire les prévisions météorologiques. Comme l’a rappelé Sébastien Cote, “la mer est trop chaude”. En effet, les fortes chaleurs de l’été ont accru l’évaporation de la mer Méditerranée, constituant un puissant réservoir de pluies pour les épisodes cévenols à venir. “Et on ne sait jamais où cela va tomber”, a-t-il ajouté.

Mode de vie, mode d’emploi

Mais si l’information est diffusée à grande échelle, via la presse, les sites Internet de la Ville et de ses partenaires, les réseaux sociaux et une campagne de communication, rien ne permet aux responsables de s’assurer qu’elle arrive bien dans tous les foyers. De plus, certains outils peinent à émerger. Ainsi, l’inscription en ligne à Téléalerte afin d’être informé en temps réel selon sa zone géographique a convaincu moins de 2 % de la population montpelliéraine. La Ville revendique tout de même plus de 1 000 inscriptions supplémentaires en un an.

Pour le moment, la mairie, les services de secours, la Croix-Rouge et la Réserve communale de sécurité civile attendent de la population qu’elle applique “en confiance les consignes des autorités publiques” a résumé le lieutenant-colonnel Gilbert Arnal, du SDIS de l’Hérault. “Dans ces pays où la culture du risque existe, a souligné Sébastien Cote, quand on dit qu’il ne faut pas sortir de chez soi, les gens ne sortent pas de chez eux. Car sortir c’est aussi gêner les secours, en plus de se mettre en danger.”

“Les enfants doivent savoir”

Le changement de paradigme que les Héraultais tardent à adopter selon la mairie est clairement expliqué par Clément Marragou, président territorial de la Croix-rouge de l’Hérault : “Il faut passer à un engagement citoyen fort et connaître les risques qui menacent sa commune. Les entreprises ont un plan de secours pour savoir quoi faire en cas de crise. Ce plan doit être appliqué au niveau de la cellule familiale. Les enfants doivent savoir quoi faire le jour où il y a un incendie, une inondation, où les membres de la famille sont coupés les uns des autres parce qu’il n’y aura plus de transports, parce que les parents ne savent plus où sont leurs enfants. Il faut prévoir dès maintenant des points de rendez-vous, des axes de sortie dans les maisons quand il y a un incendie…”

Citoyens bénévoles

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Catherine Maison, bénévole de la Réserve communale de sécurité civile © Mathieu Weisbuch

La création de la Réserve communale de sécurité civile dans la Métropole de Montpellier contribue à dessiner les premiers contours d’une culture des risques majeurs et multiples. A ce jour, elle compte 80 bénévoles. Ils sont à la retraite, étudiants, actifs… Le SDIS leur apporte des formations. Ils sont appelés sur des missions ponctuelles comme pour la prise de contact avec les personnes enregistrées au CCAS pendant la canicule, ou l’accueil des familles ukrainiennes. On peut les croiser à la foire aux associations d’Antigone, où ils gagnent la sympathie du public et peut-être de nouveaux membres.

L’urbanisme mis au parfum

En parallèle de la campagne massive d’information et de l’incitation à la prise de conscience citoyenne, la Ville de Montpellier affirme avoir orienté sa politique urbanistique vers une prise en compte des risques climatiques majeurs. L’adjointe au maire déléguée à l’Urbanisme Maryse Faye a rappelé que le plan local d’urbanisme intercommunal “imposera en 2023, 50% de pleine terre”. Les nouvelles constructions devront favoriser la désimperméabilisation des sols afin que l’eau s’infiltre au lieu de ruisseler (ce qui a pour conséquence de gonfler les cours d’eau et de menacer les habitations). Ce nouveau modèle s’accompagne d’une approche pédagogique auprès des promoteurs.

Enfin, la révision du plan communal de sauvegarde, qui devrait bientôt devenir intercommunal, “aboutira en 2024 avec une nouveauté, l’approche multirisque” a repris Maryse Faye. En effet, c’est tout un panel de risques qui planent désormais sur le département, toute l’année. Car, comme l’a précisé la déléguée à l’Urbanisme, “le dérèglement climatique, ce n’est pas que le réchauffement”.

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