Oyas Environnement : « Changer le monde avec des jarres d’irrigation et l’ESS »

Au village des potiers de Saint-Jean-de-Fos, l’entreprise écologique de poteries d’irrigation Oyas Environnement développe un concept millénaire. Elle relève les multiples défis de production d’écoproduits d’irrigation tout en ayant un fonctionnement alternatif complet. Une entreprise d’avenir ancrée dans son territoire, prônant l’économie sociale et solidaire…

L’odyssée d’une PME ouverte sur le monde

Tout commence en 2013, lors d’un reportage au Maghreb : Frédéric Bidault (notre photo) et Bastien Noël repèrent un pot planté sous un arbre. Il s’agit d’une poterie d’irrigation par suintement et micro-capillarité avec la terre, permise par la porosité de l’argile. Les deux hommes apprennent que ce concept millénaire est implanté sur tous les continents, mais curieusement, nulle part comme un produit de marque. L’idée germe, une documentation spécialisée se développe, et en mars 2014, la PME Oyas Environnement, le produit et la marque sont créés, brevetés, protégés. Des collaborations durables de recherches avec des partenaires scientifiques comme le CNRS, l’INRA, l’IEM (Institut Européen des Membranes), l’ENSCM (Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Montpellier) permettent de développer les modèles parfaits en termes de performance, composition, forme, épaisseur et cuisson, car « toute l’efficacité de ce produit se joue au détail près », indique Frédéric Bidault.

Oyas Environnement
© Elisa Llop

Les Oyas

Les jarres en argile d’Oyas Environnement, de différents modèles (les différentes tailles sont adaptées pour les plantes en pot, le potager jusqu’à l’olivier centenaire), sont des arroseurs à auto­régulation hydrique. Autonomes pendant plusieurs jours, on les enterre dans le sol ou on les plante dans des pots. Elles permettent d’économiser entre 50 et 70 % d’eau (perdue entre l’évaporation et le gaspillage dû à la surhydratation lors de l’arrosage), avec un apport en eau trois fois moins fréquent. Chez Oyas Environnement, on suit une philosophie engagée, idéaliste et complète : « On ne vend pas des pots en terre, on essaie de changer le monde ».

Les fondateurs initiaux, originaires du milieu médico-social et de la création entrepreneuriale, ont voulu relever un défi : « Montrer qu’il est possible de partir de rien pour arriver à beaucoup ». Ils ont débuté chacun avec un capital financier de 15 euros pour monter leur société. Ils ont été depuis rejoints à la codirection par la potière Isabelle Duisit, pour concevoir des produits aux performances inégalées. En 2015, la toute jeune entreprise a été lauréate du prix Engagement durable du Prix de la TPE.

Un fonctionnement et une éthique alternatifs

L’entreprise Oyas Environnement en elle-même est une création aussi singulière que ses produits phares. Elle fait figure de modèle d’inspiration et de succès par son fonctionnement ­atypique et l’intégrité de son éthique d’entreprise, tournée vers l’Economie sociale et solidaire (ESS).

Ses structures sociales s’élaborent dans un cadre basé sur la collaboration, l’équité, la mise en commun des compétences, les savoir-faire, et sur quelques pistes originales : la direction en gouvernance partagée à 3 dirigeants, sous forme de coordination générale, en alternance de direction toutes les 3 semaines, et à l’écoute des différents pôles (production, expédition, administration). L’entreprise applique la parité femmes-hommes
(la part belle revient même au féminin), la représentation de toutes les tranches d’âges, et insiste sur l’absence de cadre intermédiaire, pour permettre l’autonomie de chacun. L’écart salarial entre les plus hauts postes et les apprentis est de 1 à 2. L’apprentissage et les valeurs de transmission sont particulièrement mis à l’honneur, notamment en ce qui concerne les potiers-tourneurs de séries. Un métier en voie de disparition, qui demande des compétences, de l’exigence et qui représente le cœur même de l’entreprise. Les tourneurs produisent des centaines de pièces par jour et par personne.

Oyas Environnement
© Elisa Llop

Pour avancer dans cette belle aventure humaine collective, tout en répondant à la demande exponentielle et à l’enjeu écologique, un rythme de travail pour tous de quatre jours sur cinq a été décidé, le salaire étant basé sur 5 jours. « Nous avons fait le choix de la qualité de vie avant tout ; c’est essentiel », assume Frédéric Bidault.

L’entreprise, qui compte actuellement 27 employés passionnés et motivés, s’agrandit en permanence pour répondre à l’importance de la demande. Sur l’équipe des potiers tourneurs, huit y sont de manière permanente, et une quinzaine de potiers externes supplémentaires peuvent se rajouter pour compléter la demande. Chacun des employés possède aussi une part d’actions symbolique au sein de l’entreprise.

Depuis deux ans, Oyas Environnement s’enrichit également d’une collaboration avec L’Ensoleillade, un IME (institut médico- éducatif) : deux fois par semaine, entre 3 et 5 jeunes et leur éducateur complètent l’équipe (voir l’encadré page 9). Cela permet « un rapprochement exceptionnel entre nous, une vraie inclusion […]. Ils travaillent avec nous. Cette collaboration est un travail de longue haleine qui porte ses fruits », estime Frédéric Bidault.
Autre règle atypique singulière propre à l’entreprise, dans cette logique d’horizontalité, d’équité et de polyvalence : « la journée troll », où chacun des salariés – de l’apprenti aux directeurs – va, à son tour, une fois par mois, être à la disposition de l’ensemble de ses collègues pour les assister dans les différents pôles ou tâches, incluant le nettoyage.

A l’image de ses valeurs, Oyas Environnement est bien sûr une entreprise écologique dans tous ses positionnements, utilisant le moins de plastique et de produits polluants possibles, préférant créer elle-même un couloir de séchage naturel plutôt que d’acquérir des fours de séchage ; la durée de séchage naturelle des poteries étant de 6 semaines (ce qui justifie le délai de livraison). Ses autres valeurs, militantes, sont celles de transmission et du partage de savoirs, de solidarité et de bien-être de l’équipe.

L’Ensoleillade (Saint-André-de-Sangonis), un institut offrant des réponses adaptées aux jeunes en situation de handicap
Titulaire d’un agrément de 47 places, L’Ensoleillade dispose d’un IMP (Institut Médico Pédagogique) pour les jeunes de 6 à 14 ans et d’un IMPro (Institut Médico Professionnel) pour ceux de 14 à 20 ans. Elle s’adresse aux jeunes présentant une déficience intellectuelle éventuellement associée à des troubles du développement, sensoriel et/ou moteur habitant en Cœur d’Hérault ou dans les territoires héraultais attenants. L’IME facilite le développement (cognitif, affectif, sensori-moteur, social…) de l’enfant-adolescent par un soutien aux apprentissages ; favorise l’autonomie du jeune, sa capacité à exprimer, comprendre et gérer ses émotions, et à ajuster son comportement ; et offre un espace sécurisé d’expérimentation (scolarité au sein d’une Unité d’enseignement, vie sociale, quotidien…). L’IME permet un développement harmonieux (plaisir, confiance en soi, citoyenneté…) du jeune dans son environnement social et institutionnel en lien (information, soutien, guidance…) avec sa famille.

Oyas Environnement
© Elisa Llop

Un fort ancrage territorial

L’entreprise est ancrée dans l’économie locale et territoriale, et propose un fonctionnement alternatif face aux enjeux écologiques et sociaux mondiaux. « Nous positionnons notre entreprise sur l’entreprise politique ; ce sont des nouveaux discours qu’il va falloir entendre. On a un rôle important dans la cité. On est impliqués. On doit devenir des modèles, travailler sur les notions de partage, de collectif, de bien-être. C’est indispensable. Tout en respectant l’économie mondiale, totalement dématérialisée, qui est en train de se mettre en place. C’est-à-dire que tout le savoir économique que nous avions depuis des années est en train de basculer. Notre rôle est simplement de démontrer qu’il est possible de faire du collectif, du collaboratif à l’échelle d’une petite collectivité rurale », avance Frédéric Bidault.

C’est ainsi que l’entreprise collabore avec des potiers installés dans le village de Saint-Jean-de-Fos pour la décoration des poteries. Hors Covid, elle est également ouverte sur l’extérieur, accueillant les clients venus de loin dans ses locaux, qui n’avaient à la base pas vocation à comporter une boutique. Elle favorise, par attractivités croisées, l’émulsion économique et touristique du territoire, ainsi que le modèle de circuit court. Un exemple d’entreprise modèle d’ESS, donc, « ouverte sur le village et ouverte sur le monde ».

Oyas Environnement
Elisa Llop

Success-story d’une entreprise modèle

Résultat, alors que l’entreprise se destinait au début uniquement à une production locale, elle a connu une propulsion extrêmement rapide, associée à un important rayonnement médiatique et sur les réseaux sociaux. Le succès et une notoriété élevée sont au rendez-vous. L’entreprise a développé une offre unique, et reçoit des commandes de toute la France, de l’Europe, mais aussi de tous les continents. Elle compte parmi ses grands clients les jardineries Botanic, les châteaux de Chambord et Saint-­Maximin, et enregistre une demande en croissance toujours plus forte. Au lieu d’être impactée par la crise de la Covid-19, Oyas Environnement a vu ses commandes exploser : « maintenant, on reçoit en majorité des commandes par palettes, y compris par les particuliers », s’exclame Frédéric Bidault.

Devant le succès de ses poteries, l’entreprise a dû faire face à la contrefaçon, mais qui s’est révélée inefficace, le degré de porosité des véritables Oyas étant la clé de leur succès. En la matière, la philosophie d’Oyas reste la même : « Partageons nos savoirs, collaborons ».

Pour répondre à la demande, un atelier vient d’être créé à Fraize, dans les Vosges, en plus de l’atelier de production toulousain. Ils seront sans doute suivis par d’autres. Concernant les autres projets de l’entreprise, de nouveaux modèles ou produits sont à l’étude et seront connus prochainement. Le dernier produit développé est un système d’Oyas interconnectables avec des tuyaux de remplissage, pour des arrosages d’oliveraies, par exemple.

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