Règles et travail, congé menstruel, les tabous restent à lever

Hérault Tribune Pro

L'institut de sondages Ifop a réalisé une enquête auprès de femmes actives pour le fabricant de culottes menstruelles Eve and Co. Douleurs liées aux règles et congé menstruel font partie des sujets sur lesquels elles ont été questionnées. L'occasion de mettre en lumière l'un des grands tabous du monde professionnel.

Photo d’illustration © Saranya 7 / Pixabay.

Sur les 14,5 millions de Françaises qui travaillent, 53 % des salariées ont des règles douloureuses, dont 16 % pour lesquelles elles sont « très douloureuses », révèle un sondage* mené par l’Ifop pour le fabricant de culottes menstruelles Eve and Co. Voilà qui donnera des arguments aux Françaises et Français favorables à la mise en place d’un congé menstruel. Un tel congé est déjà en vigueur en Espagne, au Japon, en Zambie, à Taïwan et en Indonésie… En France, aucune loi ne l’instaure, mais un petit nombre d’entreprises l’applique.

Un sujet de plaisanterie pour certains

Au-delà des difficultés à en parler éprouvées par certaines, d’autres plaisantent ouvertement sur les menstruations en plein bureau ou dans les ateliers, au détriment de la gent féminine. En effet, selon ce sondage, une femme salariée sur cinq a déjà essuyé les moqueries ou des remarques désobligeantes au sujet des règles (dont 37 % des salariées de l’industrie et 36 % des salariées du bâtiment).

Ici, c’est la fameuse petite phrase « Celle-là, elle est bien énervée, elle doit avoir ses règles », là, une supposition générée par le malaise d’une employée… et les rires ne tardent pas à fuser.

Vers un congé menstruel en France ?

Il est d’autant plus difficile de prendre position sur ce thème que les règles restent un sujet tabou dans les entreprises et les administrations. Quant au congé menstruel, bien peu savent qu’il existe dans d’autres endroits du monde, et d’autres le décrient…

Pourtant, une large majorité de salariées (66 %) souhaiterait ou approuverait l’instauration d’un congé menstruel dans l’entreprise pour laquelle elles travaillent ; 64 % pourraient y recourir en cas de nécessité. Néanmoins, 82 % des salariées questionnées pour les besoins de ce sondage affirment redouter le frein à l’embauche des femmes que pourrait créer le congé menstruel, les employeurs pouvant être tentés d’embaucher un homme plutôt qu’une femme susceptible de solliciter un congé menstruel. Selon elles, l’existence d’un congé menstruel pourrait ralentir leur évolution professionnelle, voire les mettre sur la sellette si elles y avaient recours.

Les femmes qui n’auraient pas recours au congé menstruel s’il était répandu évoquent plusieurs raisons : 53 % redoutent qu’on ne les croie pas ou qu’on les considère comme paresseuses et 39 % y renonceraient par peur du regard des autres (collègues, managers, clients, fournisseurs).

Un plus pour les employeurs qui l’appliquent

Toutefois, au moment du recrutement, 66 % des salariées sondées estiment qu’une entreprise proposant le congé menstruel serait plus attractive. A l’heure où les entreprises peinent à recruter, cette thématique pourrait donc faire la différence auprès des futures salariées.

Des difficultés réelles liées aux règles

Le sondage Ifop révèle que 35 % des salariées questionnées estiment que leurs douleurs menstruelles ont un impact négatif sur leur travail. 65 % des femmes en activité salariée ont déjà rencontré des difficultés au travail du fait de leurs règles (44 % d’entre elles peinent à se tenir debout, 38 % ont eu des difficultés d’accès à des toilettes). Et 37 % des actives sondées jugent que la gêne occasionnée par les règles n’est pas suffisamment prise en compte dans leur entreprise.

Une parole muselée ou de l’autocensure ?

80 % des femmes n’ont jamais abordé le sujet des règles avec leur manager direct de sexe féminin, mais 38 % pensent que ce serait possible. Toutefois, un chiffre très édifiant ressort de cette étude, concernant le rapport aux managers masculins : 92 % des femmes n’ont jamais évoqué leurs règles avec leur responsable hiérarchique masculin et 72 % estiment qu’elles ne pourraient pas le faire. Simple pudeur des femmes, omerta du monde de l’entreprise ou blocage de la part des supérieurs masculins ? Le sondage ne le dit pas…

On le voit, le chemin est long jusqu’au jour où, comme tout phénomène physiologique ou problème physique, les règles pourront faire l’objet de discussions constructives et bienveillantes dans le milieu professionnel…

*Ce sondage a été effectué auprès d’un échantillon de 993 femmes salariées, représentatif de la population des salariées françaises âgées de 15 ans et plus, indique l’Ifop.

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