Sète : Stéphane Tarroux mise sur l’équilibre entre continuité et ramification pour le musée Paul Valéry

Reportage

Bras droit depuis 2012 de Maïthé Vallès-Bled, directrice du musée Paul Valéry jusqu’à l’été 2021, Stéphane Tarroux a été nommé en octobre 2021 à la tête de l’institution sétoise. Qui est-il et quel nouvel élan va-t-il insuffler au Musée ?

Stéphane Tarroux a d’abord été enseignant pendant une quinzaine d’années, puis recruté à Sète une fois le concours de conservateur réussi. Sa vision pour le musée Paul Valéry balance entre tradition et modernité.

Son parcours au Musée Paul Valéry

Stéphane Tarroux travaille au Musée Paul Valéry depuis septembre 2012 : « j’ai été recruté pour travailler sur les collections. C’était un moment bien particulier de l’histoire du musée et des musées en général, puisque tous les musées devaient travailler sur la question du récolement. Il s’agit de vérifier sur place, en fonction de pièces présentes dans les lieux, de la présence des collections répertoriées dans l’inventaire. J’ai donc réalisé cette reconnaissance (sont-ils toujours là ? Sont-ils détériorés, détruits ? …) dans les espaces du musée de l’ensemble des objets répertoriés. Cela a duré près de 18 mois, de façon assez intense. Puis, mes fonctions ont glissé vers les expositions en complément de la gestion des collections (un peu plus de 7 000 pièces). À tout cela s’est ajoutée la participation aux expositions temporaires, assez vite : une collaboration scientifique d’abord, puis un peu plus, la recherche de prêteurs, la conception du catalogue, les marchés … Mon rôle s’est étoffé au fur et à mesure des années. Au départ en retraite de Maïthé, j’ai porté ma candidature à sa succession. »

Ancien professeur agrégé

Avant d’être conservateur du patrimoine, Stéphane Tarroux a été enseignant : « j’ai été professeur agrégé de lettres classiques dans l’académie de Versailles où j’enseignais essentiellement au lycée. C’est après cette première partie de carrière que j’ai passé le concours de conservateur et que j’ai été recruté ici. » Son profil de connaissance en matière d’histoire de l’art et également en matière littéraire lui a permis d’accéder à son poste au musée Paul Valéry : « j’ai été recruté sur cette double compétence, double carrière » précise-t-il.

Son expertise sur la réception artistique de l’Antiquité

Lorsque l’on interroge Stéphane Tarroux sur sa période préférée : « pour moi, c’est d’abord l’Antiquité. L’Antiquité romaine en particulier. Ce qui m’a toujours intéressé, c’est de voir comment la période antique avait pu être reçue dans d’autres périodes de l’histoire, et notamment au 19e siècle. Comment ces hommes, héritiers des lumières, se sont tournés vers l’antiquité, qu’est-ce qu’ils y ont cherché et trouvé, tant en matière intellectuelle, philosophique, littéraire qu’artistique au sens des arts visuels ? J’ai d’ailleurs travaillé quelque temps au musée Ingres-Bourdelle de Montauban où j’ai étudié la collection d’Ingres : la réception de l’antiquité chez lui et en particulier dans le volet de la collection des plâtres. » Stéphane Tarroux réalisera son mémoire dans le cadre de la formation à l’INP sur ce sujet.

L’art contemporain

Depuis qu’il est à Sète, Stéphane Tarroux « travaille sur l’art contemporain qui lui était familier, sans en être spécialiste. Je ne travaille presque plus que sur la peinture actuelle. Ce volet-là a pris beaucoup de place dans mon travail de recherche, au point de se substituer à ce sur quoi j’avais travaillé jusque-là. Substituer, pas réellement, c’est plutôt une forme de prolongement : tout se tient, car à l’exemple du travail de Robert Combas avec qui j’ai échangé là-dessus, si l’antiquité dans son œuvre ne vous saute pas aux yeux, il a pourtant tout vu. Dans sa manière de peindre et de travailler, il met en jeu une espèce de réservoir d’images incroyables, qui fait que Ingres n’est pas là formellement, mais qu’il est là dans son imaginaire visuel. Si Ingres n’est pas le peintre qui lui plaît le plus, je peux dire en tous les cas, son goût est fait de mille dégoûts et s’il peint comme il peint, c’est aussi parce qu’il n’aime pas certaines choses et il sait pourquoi. On ne peut donc pas envisager Combas indépendamment de l’histoire dans laquelle il prend place. »

« Si je ne suis pas spécialiste de peinture actuelle, ma formation englobant l’Antiquité et le 19e, quand je m’y suis intéressé, forcément que les peintres actuels travaillent en rapport avec ce qu’ont fait les autres. Il y a une espèce de chaîne qui s’établit, qui fait que mon travail me porte sur la peinture actuelle et tout ce que j’ai fait auparavant me prépare à l’être. Cela s’appelle une culture, une continuité » explique Stéphane Tarroux pour qui sa « singularité est de ne pas être enfermé dans un travail de spécialiste. Je pense avoir la compétence et les aptitudes pour travailler sur des domaines différents. C’est une forme de liberté, cela me donne des capacités à m’intéresser à des sujets différents, divers. Cela fait jouer des compétences que d’autres n’ont peut-être pas. »

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Ses projets

Pour le conservateur, « l’identité du Musée c’est Paul Valéry, le dessin et la peinture. C’est sur ces 3 piliers-là qu’il faut construire quelque chose de nouveau s’il y a lieu. Ce qui m’intéresse c’est de travailler sur les peintres qui sont représentés dans nos collections. Certaines expositions temporaires y seraient consacrées. Il s’agit de François Desnoyer, Gabriel Couderc, les peintres du groupe Montpellier-Sète qui forment un noyau très important. Peu de choses ont été faites sur eux, toujours présentées dans une optique régionaliste. Mon intention serait de montrer à partir notamment du travail de Desnoyer quel a pu être l’importance nationale de certains d’entre eux. Ce serait lui rendre justice en quelque sorte que d’organiser une sorte de rétrospective de Desnoyer ici, en lui donnant une résonnance qu’il n’a jamais eue. Il faudrait y rattacher d’autres peintres comme Gabriel Couderc. Le concernant, il faudrait le situer par rapport au peintre André Lhote avec qui il a travaillé. »

Concernant le volet peinture actuelle, « nous avons les peintres de la figuration libre, Di Rosa par exemple, il faudra un jour ou l’autre lui consacrer une exposition au Musée. Nous aurons cet été l’exposition consacrée à François Boisrond, mais je ne peux pas proposer uniquement ce style, il faut une alternance » explique Stéphane Tarroux. « Il y a aussi des artistes qui sont des peintres importants qui pourraient intégrer nos collections, car elles doivent aussi s’enrichir. Pour cela il faut que notre musée mette en avant le travail de certains peintres : les peintres actuels sont les mieux à même de la faire. Cet un des axes que j’ai choisi de développer les collections tout en organisant des expositions temporaires », précise Stéphane Tarroux.

Le conservateur souhaite renouveler la présentation des collections, dans les salles, au niveau de l’accueil du public, les couleurs, le parcours des collections, et puis « ouvrir ces espaces aux arts graphiques. Créer une salle des dessins qui pourrait créer des événements autour du fonds de dessins très riches que nous avons. On pourrait par exemple choisir des thématiques dans le fonds Maurice Marinot, très important, qui pourrait tous les 3 mois alterner. C’est la même chose avec le fonds Desnoyer, ou d’autres encore. Je souhaite introduire dans tout ce qui est collection permanente du temporaire, que les collections tournent et que le parcours soit revu. »

Un autre point auquel le conservateur est attaché, c’est « l’accessibilité du musée à tous les publics, des actions de médiation pour les familles. Je souhaite qu’il y ait davantage de médiation, afin de permettre au public d’arriver jusqu’à l’œuvre, et d’y être sensibilisé. Que l’on soit également plus dynamique vers les collégiens, les lycéens, les étudiants, c’est un public à conquérir. » Le conservateur aimerait rendre « le musée plus proche des visiteurs et cela passe par la communication, le site internet, l’ouverture plus large du musée sur la ville, sur le territoire. Ce sont des démarches que nous sommes en train de faire. Auparavant, nous communiquions assez peu avec le Miam, le Crac ou l’Espace Brassens. L’exposition Combas nous a ouvert sur l’espace Brassens par exemple, sur d’autres lieux dans la ville avec lesquels on ne travaillait pas. Je pense qu’il y a une ouverture à trouver avec tous ces lieux là pour croiser les publics. Nous discutons d’ailleurs sur des sujets en commun, comme l’exposition Boisrond. » La municipalité de Sète réfléchit à mettre en place un billet d’entrée commun aux différents musées, à l’horizon de l’été prochain.

Stéphane Tarroux aimerait également faire « travailler des artistes sur place, avec notamment des formes d’ateliers en lien avec le public, créer ce lien avec des artistes vivants. Ce serait quelque chose de stimulant pour les artistes je pense et ouvre le musée au public d’une manière singulière pour en même temps créer l’événement. Cela répondrait à la question qu’est-ce qui motive, qui oriente un peintre contemporain ? Pourquoi travaille-t-il de cette façon maintenant, pourquoi fait-il différemment d’il y a quelques années ?»

Les journées Paul Valéry et le patrimoine immatériel du territoire

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Pour le conservateur, ces journées « doivent perdurer, car Valéry a une œuvre immense, une œuvre qui permet d’explorer des sujets d’actualités, car il a été précurseur dans plein de domaines. Donc se servir d’une idée creusée par Valéry pour parler de lui, mais également parler de l’écho actuel de cette idée, par rapport à d’autres intellectuels et artistes de notre temps, cela permettrait de créer une ouverture à ces journées qui sont devenues très spécialisées, pour ce qui est des conférences. Il faudrait essayer d’ouvrir tout cela à des sujets actuels que Valéry avait déjà commencé à aborder. Par exemple, la prédominance des moyens de communication dans les années 30, il le voit très vite. La rapidité des communications, il en parle très tôt. Il parle bien entendu des médias que lui peut déjà appréhender, mais en tout cas il voit très bien l’importance de la vitesse de la transmission et ce que cela change dans notre rapport au monde. Politiquement il a vu certaines choses également. Se servir de cela pour faire intervenir des spécialistes, des journalistes, des artistes qui parlent de ces questions d’actualité, cela ouvrirait ces journées. »

Stéphane Tarroux envisage d’alterner « ces journées de Paul Valéry avec un moment autre, une année sur deux par exemple. Un moment autre pour traiter du patrimoine immatériel de la ville, parce que d’autres personnalités ont compté à Sète, Jean Vilar par exemple. Ce serait bien si l’on pouvait accueillir au musée des manifestations liées à d’autres personnalités qui alterneraient avec les journées Paul Valéry. Cela nous permettrait de nous ouvrir à d’autres thématiques du patrimoine que nous avons à faire connaître, l’inscrire dans ce patrimoine vivant, immatériel, c’est quelque chose qui m’intéresserait beaucoup aussi. »

Du côté de la programmation

  • L’exposition 4 A 4 est en cours jusqu’au 8 mai prochain (lire notre article), c’est une continuité de l’institution.
  • Durant l’été prochain, le musée se teintera de modernité avec une exposition consacrée à François Boisrond, un peintre issu de la figuration libre et membre du groupe Montpellier-Sète. Une centaine d’œuvres seront présentées, dont des œuvres inédites, retraçant son parcours des années 1980 jusqu’à aujourd’hui.
  • La dernière exposition de l’année sera consacrée à Gérard Titus-Carmel, à la fois peintre, et poète. « Maïthé Vallès Bled avait à cœur de créer des ponts entre la littérature, la peinture, et la poésie, et c’est un axe que je souhaite faire perdurer. Très actif à la fin des années 60, cet artiste a toute sa place dans la mesure où il fait déjà partie des collections » explique Stéphane Tarroux. Cette exposition démarrera en décembre jusqu’en février 2023.
  • À horizon 2023, Stéphane Tarroux prévoit 3 expositions de peintres, sans dévoiler plus d’éléments, les réflexions et discussions étant en cours.
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