Thierry Mandon à la Conférence des Présidents d’Université : « Soyez fiers de vous ! »

Invité d’honneur de la Conférence des Présidents d’Université organisée à Reims les 28 février et 1er mars, le secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche exhorte les Universités à la confiance, à être fières d’elles et à ne pas hésiter à réclamer davantage de moyens.

« Pensons l’Université pour l’avenir ». Pour son colloque annuel, la CPU (Conférence des Présidents d’Université) s’est réunie à Reims afin d’évoquer les défis du XXIe siècle pour l’enseignement supérieur français. Et quoi de mieux pour mettre ce sujet au cœur du débat public, à la veille des élections présidentielle et législatives, que d’inviter le secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à ouvrir les travaux ? Rarement lorsqu’ils interviennent en public, les membres d’un gouvernement parviennent à se départir de la traditionnelle langue de bois, rempart bien pratique contre toute vaine polémique. Thierry Mandon n’est pas de ceux-là. Mieux encore, face à près de 200 présidents d’universités et membres de leurs équipes participant à la CPU de Reims, le secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a affirmé son attachement à l’Université et à son avenir, tout en délivrant divers conseils et encouragements à la communauté universitaire française.

« Longtemps, et encore aujourd’hui, ces deux mots, l’Université et la Recherche, étaient quasiment des gros mots que personne ne prononçait, alors que pourtant, dans la société telle qu’elle est et telle qu’elle va devenir, ce sont les colonnes vertébrales qui permettent de structurer non seulement un intérêt collectif pour le pays, mais des valeurs partagées et la force et la puissance maintenues de notre pays », avance Thierry Mandon.

Quelle Université pour demain ?

A l’heure où l’enseignement supérieur cherche un nouveau souffle entre une autonomie accrue et des moyens en retrait, le secrétaire d’Etat pointe plusieurs défis majeurs pour l’Université d’aujourd’hui et de demain. Au sujet de la démographie croissante dans les établissements, il refuse l’idée de mettre des barrières à l’entrée de l’Université et rappelle son attachement à la quasi-gratuité de celle-ci. « On ne doit jamais tirer un trait sur un bachelier », souligne-t-il.

Autre enjeu, celui de « la pression territoriale. Désormais, c’est autour de l’Université, comme lieu symbolique de partage et de diffusion des connaissances, que va se construire la solidité des territoires ». Une pression qui est aussi une charge déjà présente pour les établissements sur lesquels misent les petites et moyennes villes où les dynamiques économiques ne sont pas particulièrement fortes, estime-t-il. Mais une pression – sans connotation négative – qui est aussi, selon lui « la force structurante du Campus de demain ».

Troisième défi de taille : appréhender l’économie et l’entreprise, qui se tournent de plus en plus vers l’Université. « Pendant longtemps, on a demandé aux Universités de se rapprocher des entreprises. Or, aujourd’hui, c’est le mouvement inverse qui se produit, et ce sont les entreprises qui se tournent vers les Universités ». Cette réalité touche notamment le secteur industriel, où l’avenir est indéniablement à la montée en gamme et non pas à une stratégie « stupide » de baisse des coûts. « Cette montée en gamme impliquera un rapprochement avec l’Université pour mieux former les salariés de l’entreprise, avec la formation continue, avec des plates-formes de plus en plus localisées dans les Universités pour inventer les produits de demain et améliorer les façons de faire. Le Campus de demain sera marqué par cette force structurante. » A cela s’ajoutent les questions de l’international, du numérique et du rôle des étudiants, de plus en plus actifs dans la vie des établissements.

Mieux valoriser les carrières des enseignants-chercheurs

Au rang des priorités, Thierry Mandon relève quatre axes essentiels à mettre en œuvre pour obtenir l’Université de demain. Sans surprise, il place la question des infrastructures en tête de liste : « Il y a encore du boulot à faire. On ne parle pas suffisamment de l’immense effort immobilier qui reste à faire. Pas uniquement dans la rénovation des bâtiments, mais dans l’ergonomie nouvelle que va induire le numérique, la restructuration des campus, pour qu’ils s’hybrident de fonctions nouvelles. »

La pédagogie est, elle aussi, un sujet majeur pour lequel il reste de très gros chantiers à mettre en œuvre. Avec une réforme indispensable : celle du premier cycle universitaire. « C’est la priorité numéro un en matière de pédagogie, et l’audace doit être de mise, parce qu’on ne peut pas se réjouir d’avoir un taux de réussite de 60 % en licence. »

Troisième volet, les ressources humaines : « Il ne faut pas oublier les hommes et les femmes. Au cours de ces dix dernières années, on s’est beaucoup préoccupé des structures, des bâtiments et des étudiants, mais trop peu des personnes. La carrière des enseignants-chercheurs doit être mieux valorisée et, par exemple, les vacataires doivent être payés au moment de leurs vacations et pas six mois ou un an après ».

Ne pas avoir de complexe à réclamer de l’argent

C’est dans le secteur du rapprochement entre l’Université et la Recherche que le secrétaire d’Etat se montre le plus offensif, observant que les deux univers sont de plus en plus imbriqués mais qu’ils doivent l’être encore davantage. « Qu’est-ce qu’il faut pour faire tout ça ? Des sous ! Il ne faut pas avoir de complexe à réclamer des sous. Il y a des administrations dans notre pays qui sont persuadées que l’université française a des moyens ! Ce n’est pas un engagement à mettre plus d’argent mais c’est un combat farouche pour l’obtenir qu’il faut mener. » Estimant que la meilleure façon d’obtenir de l’argent est encore de suggérer où l’on peut en trouver, Thierry Mandon désigne une victime toute trouvée : le Crédit Impôt Recherche, ou du moins ses « piètres résultats » au regard des montants engagés. « Le dispositif a ses limites : qu’on y mette 3,2 milliards d’euros en 2012 ou 6 milliards comme aujourd’hui, le taux de recherche privée rapporté au PIB reste le même. Il n’est pas normal d’obtenir avec 6 milliards les mêmes résultats qu’avec 3 milliards », regrette-t-il, précisant par ailleurs que l’administration centrale devait, elle aussi, être transformée en profondeur.

Mettre en avant les innovations des universités

« L’Université de demain existe déjà. Je viens de faire une séquence extraordinaire de voyage dans les petites et moyennes universités comme  Saint-Etienne, Mulhouse, Angers, Perpignan, Nîmes, Amiens et d’autres encore. Partout j’ai vu des choses fantastiques. L’Université de demain est déjà sous vos pieds pour la réforme des licences, elle est sous vos pieds pour la relation avec les entreprises… »

En conclusion, et pour sa dernière apparition devant la CPU en tant que membre du gouvernement, Thierry Mandon lance un message d’encouragement en guise d’hommage à l’adresse du monde universitaire. « Vous devez avoir confiance en vous ! », assène-t-il. « Je suis toujours frappé par la pudeur avec laquelle des innovations absolument remarquables me sont présentées par le monde universitaire. Vous avez des montagnes entre les mains et vous nous présentez des grains de sable. A l’inverse les Américains, lorsqu’ils ont un grain de sable entre les mains, ils le présentent comme une montagne. Alors, bon sang, vendez-vous, expliquez, positivez ! Ne niez pas les difficultés, mais valorisez ce que vous êtes, ce que vous faites.  L’université de demain, c’est l’université qui doit être fière d’elle-même. Soyez fiers de vous-mêmes  parce que vous le valez bien. »

Benjamin BUSSON pour RésoHebdoEco
www.facebook.com/resohebdoeco

 

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