Vécu, Bessan : Jonathan, "mal dans ma vie, je me tailladais la peau"

Reportage

L'automutilation est un phénomène plus répandu qu'on ne le croit chez les adolescent(e)s. Voici le témoignage de Jonathan, qui s'est scarifié quand il était plus jeune.

Des tensions familiales importantes

Jonathan* a vécu une enfance difficile, tiraillé entre ses parents, divorcés, qui se battaient l’un contre l’autre à travers lui. Ballotté d’appartement en appartement, tenant parfois le rôle d’arbitre de leurs querelles, objet d’un enjeu qui le dépassait, il a commencé à se taillader le corps pour soulager son mal de vivre.

« La première fois, mes parents venaient de se disputer dans le jardin alors que mon père m’avait raccompagné chez ma mère. Ils se sont injuriés. Je me suis senti tellement impuissant que j’ai ressenti le besoin de reprendre le contrôle de ma vie. Le seul moyen que j’ai trouvé à ce moment-là a été de me faire du mal. J’ai pris un silex dans le jardin et je l’ai appuyé fort contre la peau de mon bras. Le sang a commencé à couler et j’ai éprouvé un intense soulagement, une sensation incroyable de libération. C’est comme si je devenais maître de mon destin », explique Jonathan.

Apaiser la douleur psychique

Il ajoute : « Puis c’est devenu une habitude. A chaque fois que j’étais bouleversé par un événement, une dispute, une engueulade avec un copain, dès que je rentrais chez moi, je m’enfermais dans ma chambre et je me scarifiais. Pour éviter de me faire repérer, j’ai vite compris qu’il faudrait le faire sur des zones de mon corps peu exposées, comme mes cuisses. J’avais conscience que ce n’était pas forcément bon pour moi, mais puisque ça me soulageait, je continuais… »

Un adolescent replié sur lui-même © Lewis Roberts / Unsplash
© Lewis Roberts / Unsplash

« Compas, épingles… la vue de tout objet contondant provoquait une jouissance à la perspective de m’automutiler, à cette époque-là », se souvient Jonathan. « C’était mon secret, il m’appartenait. Je me sentais vivant grâce à ça ».

Jonathan s’étonne : « Personne ne s’en est rendu compte pendant longtemps. Par contre, plus le temps passait, moins c’était efficace. Mon mal-être ne faisait que s’amplifier. Je m’enfonçais de semaine en semaine. Alors j’ai commencé à me scarifier les avant-bras pour essayer de retrouver la sensation de la première fois ».

La révélation

« C’est mon meilleur ami qui s’en est rendu compte le premier. Quand il a vu les marques sur mes bras, il a eu l’air horrifié. Comme si j’avais fait une énormité. Et j’ai soudain réalisé l’importance de mon geste. C’est son regard qui m’en a fait prendre conscience. »

« A partir de ce moment-là, Jérémy m’a soutenu moralement pour que j’arrête de me faire du mal. Il m’a conseillé d’en parler à mes parents. Au début j’ai refusé, puis j’ai compris que je n’avais pas le choix si je voulais m’en sortir. Leur annoncer a été très difficile. Ils ont fondu en larmes et en même temps ils m’en ont voulu de ne pas leur en avoir parlé plus tôt. Ils ont culpabilisé aussi. Nous avons décidé que je consulterais un psychiatre pour qu’il m’aide à aller mieux ; de leur côté, ils ont aussi suivi chacun une thérapie pour apaiser le climat ‘familial’ «  se rappelle Jonathan.

Un lointain souvenir

« Mon suivi a duré des années. J’ai progressivement abandonné cette pratique qui me faisait plus de mal que de bien. Aujourd’hui, cette période n’est plus qu’un lointain souvenir. Mais je sais que quand je serai père, je serai très attentif au bien-être de mes enfants. Je dialoguerai le plus possible avec eux pour leur éviter d’être dans le même état de souffrance que celui que j’ai traversé », conclut Jonathan.

*Pour garantir l’anonymat de cette personne qui a bien voulu nous livrer son témoignage, nous lui avons donné le pseudonyme de Jonathan.

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