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AGDE - 1914-1918 LA GRANDE GUERRE. LE BLEUET DE LESPOIR

Pour Jean, très jeune soldat français c’est l’enfer au quotidien.En 1918, au cœur de…

Pour Jean, très jeune soldat français c’est l’enfer au quotidien.

En 1918, au cœur de la Première Guerre mondiale, quelque part dans le Nord de la France.

A quatre heures de l’après-midi, les Allemands nous attaquèrent à nouveau. Quelques obus tombèrent non loin de nos tranchées. J’avais mal au ventre, c’était la peur. J’avais l’impression d’avaler toute la terre qui volait sur nous. Je mourais de soif, et je n’étais pas le seul.- Passez-moi vos bidons ! s’exclama Mountain Horse, un indien qui combattait à nos côtés. J’ai repéré une flaque d’eau, je vais les remplir.

Chargé de six bidons, il rampa vers une mare, un trou d’obus. De l’eau…J’en rêvais. Au bout d’une dizaine de minutes, Mountain Horse était de retour. Indemne, sans la moindre égratignure ! On aurait dit qu’il se rendait invisible, que ses semelles étaient de vent, qu’il possédait des yeux dans le dos. Il n’y avait que lui pour se montrer à l’ennemi sans se faire tuer.

Il rapporta les six bidons remplis ! Quelle joie ! J’avais envie de l’embrasser. Il y avait longtemps que je n’avais pas souri. La vie est dure au front, si près des lignes ennemies. J’essayais de ne pas trop boire. L’eau était si rare.

Les tirs des allemands reprirent. Il fallut riposter. Nous sortîmes à peine la tête hors de la tranchée. Antoine, à côté de moi, fut pris d’un coup de folie. Il se montra, il s’exposa, il se précipita. Je lui criai : Baisse-toi ! mais baisse-toi donc ! Trop tard. Il fut touché de trois balles à l’épaule et dans l’avant bras. Il retomba dans la tranchée. Je le trainai jusqu’à un abri couvert et je lui fit un pansement. Ça courait dans tous les sens, nous avions plein de blessés.

On me poussa dans le dos. C’était un sous-officier, il avait l’air furieux : retourne à ton poste ! me fit-il. Un soldat c’est fait pour se battre.

J’obéis. Quand je revins à ma place, j’entendis une clameur immense, terrifiante. Les allemands avaient lancé l’assaut ! Ils étaient dix fois plus nombreux que nous. Nous étions perdus ! il n’y avait plus d’issue, il fallait nous rendre ou mourir.

Mais Mountain Horse ne l’entendait pas de cette oreille. Il m’attrapa le bras et me tira de côté. Il fila ventre à terre dans le labyrinthe des tranchées. Je le suivais sans savoir où nous étions. Je glissais dans la boue, je tombais, mon camarade me releva. Je déposai ma vie entre ses mains. Je ne réfléchissais plus, dans cette guerre qui durait depuis quatre ans.

Et puis Mountain-Horse sauta hors de la tranchée. Qu’est-ce qui lui prenait ? C’était trop dangereux ! mais déjà , je l’avais perdu de vue. Il avait plongé dans le cratère qu’avait creusé un obus.

Soudain un coup de fouet s’abattit sur mon coude . Je laissai tomber mon arme, je portai ma main à mon coude droit. J’étais touché. La balla avait creusé une petite rigole de sang.

Je regardai autour de moi. Mountain Horse n’était plu là ! Je priai pour qu’il ne m’ait abandonné…Non il m’appelait. –Viens ! Viens vite.

Il s’était caché dans une forêt de sapins. Jamais je ne pourrai le rejoindre ! J’étais trop faible, je claquais des dents.

Les heures passaient, les obus tombaient toujours. Dans mon trou, je faisais le mort.

La nuit fut affreuse. J’entendais les blessés agoniser.. Ils gémissaient, ils suppliaient, certains appelaient leur mère ou leur femme.

A l’aube, la brume s’était levée sur le champ de bataille, devenu cimetière. Des français, des allemands, tous pareils, tous morts. Les canons et les fusils s’étaient tus. Je devais profiter de ce répit pour retrouver Mountain Horse. Mes pieds s’étaient enfoncés dans la boue. Enfin je pus remettre les pieds sur la terre ferme. J’étais vivant. J’avais envie de crier mon bonheur. Je n’en eu pas le temps. Le premier obus de la journée s’écrasa près de moi. Sans m’atteindre. Je courais. Un autre obus tomba, et un troisième. Celui-là fut pour moi. Je criai :

Non ! non Je ne veux pas : au secours ; Laissez-moi ! Je ne veux pas  mourir, je n’ai que dix sept ans.

-Allons, calmez-vous. Ce n’est qu’un cauchemar. Vous ne risquez plus rien…

Une femme me parle, tendrement. Suis-je à la porte du paradis ? J’ouvre les yeux. Autour de moi il n’y a que du blanc. L’infirmière, à la voix douce, me tamponne le front avec un linge mouillé. Je lui demande « où suis-je » ? A Paris mon garçon, à l’hôpital des Invalides. Pour vous remettre de votre blessure.

« Ma blessure ? Je n’ai mal nulle part…

«  Ah..vous ne vous souvenez pas. Un obus vous a presque tué. C’est un miracle que vous ne soyez pas mort. D’ailleurs il faudra que vous soyez courageux.

Ce que je découvre me laisse sans voix. Il me manque ma jambe gauche.

D’un seul coup ma vie n’a plus de futur. Je suis un handicapé.

Le lendemain matin, à mon réveil, je trouve un petit bouquet de fleurs sur ma table de chevet.

Geneviève, l’infirmière arrive. Elle porte un grand panier garni de  morceaux de tissu bleu et de vieux journaux.

« Ce panier, c’est pour vous rendre utile. Il y a dedans de quoi fabriquer beaucoup de bleuets. Oui des bleuets comme vous les jeunes soldats. Et comme la petite fleur bleue. Tu découperas les pétales dans le tissu bleu et les étamines blanches dans le papier journal. Ensuite tu feras tenir l’ensemble avec une épingle. Tiens je te montre. Je viendrai chaque jour pour ramasser les bleuets que tu auras confectionnés. Les gens nous les achètent et, avec l’argent récolté, nous aidons les invalides comme toi à vivre, à payer leurs soins. »

Geneviève se lève pour continuer sa tournée . Je la rattrape «  au fait moi aussi j’ai un service à vous demander. J’ai une fiancée, elle s’appelle Jeanne. Elle devait devenir ma femme. »

« Pourquoi dit-tu devait, demande Geneviève, elle ne veut plus »

«  Non c’est moi qui ne veut plus. Je ne veux pas qu’une aussi belle fille se marie avec l’éclopé que je suis devenu. Voulez-vous m’aider à lui faire une lettre.

« Il n’en ait pas question, s’énerve Geneviève, tu es beau garçon. Et une jambe en moins n’y change rien.

Puis je demande à Bastien, mon voisin de lit : « T’en penses quoi de cette histoire de bleuets ?

«  Regarde bien dans cette salle, me répond-il, toi, moi, tous les autres, chacun a fait le fier, personne ne voulait fabriquer ces bleuets. Et puis chacun s’y est mis, même moi avec un seul bras. Ça me change les idées

A moi le tissu et le papier journal. Mais la petite fleur ne se laisse pas facilement apprivoiser. Au début un bleuet sur deux se déchire. J’apprends la patience, le soin, la précision. J’ai à nouveau le sentiment d’être utile, je retrouve peu à peu ma dignité.

Au bout de trois mois, le docteur me parle de guérison, de mon retour à la maison. »Dans deux semaines maximum, promet-il »

J’ai enfin écrit à Jeanne. A présent elle sait tout. J’ai glissé un bleuet dans la lettre et j’ai écrit »C’est mon port bonheur, la petite fleur magique qui m’a redonné  l’envie de vivre. »

Je suis impatient de confier la bonne nouvelle de mon départ à Geneviève. Elle arrive, elle a une lettre, la réponse de Jeanne. « Vous ne l’ouvrez pas, me dit-elle ? Allez ouvrez là, lisez !

Quand j’ai terminé de lire, je pleure, Jeanne écrit qu’elle m’aime, qu’elle ne veut que moi, qu’elle m’attend pour notre mariage.

Geneviève attrape un de ces bleuets et l’épingle à la boutonnière de mon pyjama. » Plus tard, avec Jeanne tu auras des enfants. Tu leur parleras de ta guérison. Et tu leur donneras ce bleuet, symbole de paix. Des guerres malheureusement, il y en aura d’autres. Mais la vie sera toujours plus forte. Alors… aime la vie.

Pour la petite histoire, et la véracité de cette création, il faut savoir que se sont deux femmes : l’infirmière Suzanne LENHART et Charlotte MALTERRE fille du Commandant de l’Hôtel des Invalides, qui eurent l’idée de ce bleuet, confectionné avec du tissu bleu et du papier journal, et dont elles confièrent la fabrication aux grands blessés de l’Hôpital des Invalides.

 

 

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