Entreprises : la Médiation du crédit est moins sollicitée

La Médiation nationale du crédit a été moins sollicitée en 2017 que l'année précédente, dans une conjoncture où l'accès au crédit des PME s'améliore. Mais pour les TPE, la situation demeure plus compliquée.

Environ 190 millions d’euros d’encours de crédit débloqués pour 909 entreprises en 2017 : tel est le bilan de l’année de la Médiation nationale du crédit, rattachée au ministère de l’Economie et chargée de rapprocher les entreprises et les banques pour débloquer des dossiers en souffrance, sans en passer par le tribunal. La Médiation a présenté son bilan le 14 mars dernier, à Paris, lors d’une conférence de presse.

L‘an dernier, 2.302 entreprises ont saisi la Médiation, et 1.514 dossiers étaient éligibles. Par rapport à l’année précédente, « nous avons connu une baisse des saisines de 17 % », commente Fabrice Pesin, le Médiateur du crédit. Ce phénomène concerne l’ensemble des régions, avec une baisse de 10 % au minimum pour toutes et des baisses qui atteignent jusqu’à 21 % dans les Hauts-de-France et 26 % en Nouvelle-Aquitaine.

Pour la Médiation du crédit, c’est l’amélioration de la conjoncture qui est à la base de cette baisse des saisines. Car au niveau économique, « tous les clignotants passent au vert », note Fabrice Pesin : le climat des affaires est plus optimiste, les carnets de commandes se regonflent, la situation financière des entreprises s’améliore, le nombre de défaillances diminue (- 5,8 % en 2017, selon les derniers chiffres de la Banque de France)…

Les demandes de crédit passent mieux, d’autant que l’offre de financement est « globalement abondante », ajoute Fabrice Pesin. Au niveau des établissements bancaires, les encours de crédit ont progressé de 3,9 % pour les PME et de 5,3 % pour les ETI (Entreprises de taille intermédiaire), d’après la Banque de France. Résultat, « aujourd’hui, la préoccupation principale des chefs d’entreprise est de trouver du personnel qualifié. L’accès au financement a chuté dans l’ordre de priorité de leurs préoccupations », souligne Fabrice Pesin.

L’évolution sur dix ans est notable. En 2008, la Médiation du crédit avait été créée par les pouvoirs publics inquiets du risque de credit crunch, une pénurie de crédit : le contexte de crise économique se concrétisait déjà par de fortes tensions sur le financement des entreprises.

Les TPE continuent à accéder moins facilement au crédit

Toutefois, actuellement, la situation des TPE demeure fragile en matière de crédit : ces entreprises constituent toujours 85 % des saisines de la Médiation. On constate des évolutions selon les secteurs : l’organisme a reçu moins de dossiers de TPE du bâtiment, secteur qui a connu une nette reprise. A contrario, le nombre de saisines de TPE de commerce de détail en centre-ville a augmenté, en raison de la concurrence du commerce en ligne et du développement des zones commerciales dans les zones périurbaines. Toutefois, pour l’ensemble de ces très petites entreprises, certains indicateurs sont positifs : elles aussi ont bénéficié de l’amélioration de la conjoncture de 2017, et l’encours des prêts bancaires qui leur ont été accordés a augmenté de 5 %. Mais les TPE continuent d’obtenir beaucoup moins facilement des crédits d’investissement et de trésorerie que les PME.

Plusieurs phénomènes sont en cause, d’après la Médiation. Structurellement, « il reste un problème de fonds propres. Les petites structures n’en ont pas beaucoup, et cela n’aide pas à obtenir un crédit. De plus, il y a aussi un problème de culture économique ou financière des dirigeants », estime Fabrice Pesin. L’autre difficulté évoquée par le Médiateur est d’ordre conjoncturel, et n’est pas spécifique aux TPE. Avec la reprise, une petite entreprise peut avoir plus de commandes, et par conséquent, un besoin de fonds de roulement « de rebond », explique Fabrice Pesin. Souci, conséquence d’une activité passée au ralenti, les fonds propres sont souvent érodés. Alors, entre le chef d’entreprise qui présente sa demande de crédit de trésorerie et le banquier qui regarde les derniers bilans, le courant ne passe pas nécessairement bien, en particulier si les deux n’ont pas de relation suivie.

Les défis du financement de l’export et du numérique

A ces difficultés actuelles s’ajoutent deux défis pour l’avenir – qui se recouvrent partiellement – en matière de financement, d’après la Médiation. Ils concernent également les TPE et PME. Il s’agit du financement de projets numériques et de projets d’export. Enjeu majeur, « les TPE sont bousculées par la révolution digitale ; les entreprises françaises sont très en retard sur ce sujet », pointe Fabrice Pesin. Le constat est connu, particulièrement dans le secteur de l’hôtellerie, où les petits hôtels ayant une gestion familiale sont concurrencés par des acteurs nouveaux comme Airbnb, et d’autres qui les obligent à abandonner une partie de leur marge, comme Booking.com. Or, le financement de la révolution digitale d’une PME, ou simplement le fait de se doter d’un site Internet, s’avère complexe, notamment parce que l’entreprise dispose rarement de garanties à fournir au prêteur et parce que le retour sur investissement est difficile à évaluer.

Autre défi, enfin, celui du financement de l’export. L’export, « c’est des dépenses, des délais de paiement et donc un fonds de roulement à assurer, des variations de taux de change dont il faut se couvrir (…) », énumère Fabrice Pesin. Là aussi, un stand sur un salon international ou une étude de marché constituent des crédits immatériels, comme pour le numérique. Les deux peuvent d’ailleurs se conjuguer, pour les entreprises qui tentent la voie de l’exportviades places de marché électroniques. Cette démarche évite la recherche de circuits de distribution, mais pas celle du financement, par exemple pour payer l’indispensable référencement. « L’export via les places de marché peut représenter une opportunité, mais cela génère d’autres dépenses qu’il faut aussi financer. C’est un nouveau défi », analyse Fabrice Pesin.

Anne DAUBREE

Des solutions pour financer les projets digitaux des TPE. Pour financer la création d’un site Internet ou un référencement, des prêts sans garantie sont prévus, pour des montants de quelques milliers d’euros. La Médiation du crédit liste ceux qui existent, souvent fruits du partenariat entre les régions et Bpifrance, la banque publique d’investissement, sur son site Internet, https://www.economie.gouv.fr/mediateurcredit, dans la rubrique « Les liens utiles ».

 

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