Vécu, Agde : Geneviève, "le suicide de mon fils, un cataclysme auquel j'ai survécu"

Reportage

Geneviève a 53 ans. Elle avait un fils unique, Bastien, qui s'est suicidé à l'âge de 26 ans. Elle nous confie les étapes du deuil puis de sa reconstruction…

Photo d’illustration : © Andrea Spiegelhalter / Pixabay.

Un cœur de mère meurtri

Geneviève est une quinquagénaire dynamique et sociable. Quand on la voit pour la première fois, on ne peut pas imaginer les souffrances qu’elle a dû traverser. Pourtant, elle a bien failli ne pas se relever du drame qui l’a touchée lorsqu’elle avait 46 ans. “Mon fils unique, Bastien, était un être qui se posait beaucoup de questions. Très jeune, déjà, il était touché par les injustices. Voir un sans-abri dans la rue lui fendait le cœur. Plus tard, de nombreuses situations l’ont révolté. Je pense que l’on peut dire avec le recul qu’il était hypersensible. Il prenait pour lui tous les malheurs du monde. J’avais beau lui dire d’ouvrir les yeux et de voir aussi toutes les beautés de l’existence, il restait sombre et mal dans sa peau. Il avait très peu d’amis également, et sortait peu. Le 6 avril 2015, je l’ai découvert dans son appartement, pendu. Ça a été une vision d’horreur. Voir mon fils le visage congestionné, les yeux exorbités, les jambes et bras ballants, m’a bouleversée”, se souvient-elle.

Sa réaction est forcément intense : “J’ai passé le premier mois enfermée dans ma chambre, à ne faire que pleurer. Me sachant célibataire, mes amies se sont relayées pour m’apporter à manger, veillant à ce que je m’alimente un minimum, me prodiguant des paroles d’encouragement, me dorlotant. J’avais l’impression d’être un légume. Je ne voulais plus penser à mon fils, mais cela m’était impossible. J’étais en colère contre moi de ne rien avoir pu faire pour empêcher son suicide. En colère contre lui aussi, qui avait décidé de me laisser seule. Ma douleur était comme une plaie à vif”.

Au fil des mois, Geneviève continue à chercher dans sa mémoire les éventuels signes précurseurs de ce suicide. Elle se torture, impuissante. Les regards compatissants de ses voisins et de son entourage l’énervent.

Vivre et non survivre

Puis un jour, elle décide de se reprendre en main. “Six mois jour pour jour après le suicide de mon fils, j’ai décidé de vivre, et non pas seulement de lui survivre. Survivre, c’est ce que j’avais fait les six premiers mois. Mais là, j’ai choisi de couper avec cet état de deuil permanent dans lequel j’étais plongée, avec ces larmes, cette torture mentale que je m’infligeais continuellement. Pas question de me laisser engloutir. Je n’ai pas voulu passer le reste de mon existence en étant aussi sombre que mon fils l’avait été avant moi.”

Un programme antidouleur

“J’ai donc pris le chemin de l’acceptation. Pas de l’acceptation mentale de son acte, car jamais je n’accepterai que mon fils ait mis fin à ses jours, mais l’acceptation spirituelle. Je veux dire par là que j’ai voulu donner un sens à cette épreuve que j’ai traversée, me dépasser à travers elle, en ressortir différente. J’ai suivi le dicton ‘ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort’. J’ai donc établi un plan d’attaque anti-douleur. J’ai prévenu mes amies de ma volonté de sortir la tête de l’eau. Pour cela, l’idée était de sortir un maximum et de me divertir. Et j’ai aussi décidé de m’inscrire dans une association aidant les parents et familles confrontés au suicide, pour pouvoir parler librement avec des personnes dans la même situation que moi, tout en bénéficiant d’un soutien psychologique”, analyse Geneviève.

Après avoir lu un article sur les bénéfices de la marche contre la dépression, Geneviève s’inscrit à un club de marche nordique pour évacuer sa tristesse et rencontrer de nouvelles personnes. “Marcher régulièrement et de façon sportive avec des gens qui ne connaissaient pas mon malheur m’a fait beaucoup de bien. Personne ne me regardait avec pitié ! Et j’ai recommencé à aller au cinéma et au restaurant avec mes amies, à aller voir des expositions… J’ai progressivement retrouvé le goût du beau, l’envie de voir des gens, d’échanger. Au bout de quelques mois, j’ai recommencé à sourire, d’abord timidement, puis de façon plus franche. Bien entendu, je n’oubliais pas mon fils pour autant. Mais je ne mettais plus ma vie entre parenthèses pour porter son deuil”.

La sérénité

“Il m’a fallu du temps avant de trouver une forme de sérénité après ce drame. Mais je me le devais à moi-même, par amour de moi, de la femme pétillante que j’avais été. Aujourd’hui, on peut me voir rire aux éclats. Je fais du sport, je sors, je bouge, je vis, et pas qu’à moitié ! Je sais au fond de moi que Bastien aimerait me savoir heureuse. En quelque sorte, je lui rends hommage par ma joie de vivre. Quand je pense à lui, les bons moments partagés ensemble me reviennent en mémoire. Je me souviens des anniversaires passés dans les rires et en engloutissant des gâteaux au chocolat, de nos balades dans la nature, de nos moments de complicité. Ces souvenirs m’inspirent. Ils me donnent de la joie. Sept ans après sa disparition, je peux dire que je me suis reconstruite, avec l’aide de mon entourage”, conclut Geneviève.

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