Vécu, Béziers : Yann, "Mon père a changé de sexe"

Reportage

Yann est encore mal à l'aise quand il en parle… Son père a changé de sexe il y a deux ans, au terme d'un long processus aboutissant à une chirurgie en Thaïlande. Il raconte…

Yann confie : “Mes parents ont divorcé quand j’étais tout petit, mais cela ne m’a jamais posé de réel problème. Vivant deux semaines par mois avec ma mère et deux semaines par mois avec mon père, je n’ai jamais ressenti de manque affectif. Mais depuis une dizaine d’années, j’ai des difficultés relationnelles avec mon père. Avant, nous nous entendions à merveille. Il m’a appris à jouer au foot, à faire du vélo, nous avons campé ensemble… C’était une relation père-fils idéale. Mais au fil des années, son comportement a changé de plus en plus, sans que je sache pourquoi pendant longtemps. Il ne partageait plus les mêmes centres d’intérêt que moi, fréquentait des personnes hors norme, et même physiquement, je le trouvais différent”.

La fin des certitudes

Puis, progressivement, le doute s’installe. “Mon père a commencé à prendre plein de médicaments. J’ai cru qu’il était malade et qu’il ne voulait pas m’en parler. Je ne savais pas comment aborder la question avec lui et je me faisais un sang d’encre. Alors au bout de deux mois, j’ai fini par lui confier mes inquiétudes. Et il m’a expliqué la vérité : il ne supportait plus son enveloppe corporelle masculine et se sentait femme… Il m’a dit que c’était la raison pour laquelle ma mère et lui s’étaient séparés. Les médicaments qu’il prenait étaient des hormones pour l’accompagner dans sa transition.

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J’étais abasourdi. Toutes mes certitudes sur la vie se sont effondrées. Pourquoi ne m’en avaient-ils pas parlé avant, ni demandé mon avis ? J’étais le seul membre de la famille à ignorer une chose aussi importante ! C’était injuste ! Et puis mon père devenir une femme ? N’importe quoi ! J’étais révolté et je le lui ai dit. Que serait-il pour moi à l’avenir ? Mais cela ne l’a pas découragé. Il a persisté. Il avait certainement dû prendre sa décision depuis des années.”

Voir disparaître son père sous ses yeux

Yann se souvient de ses difficultés d’alors : “Quand il s’est laissé pousser les cheveux, je n’en menais pas large. Je le reconnaissais de moins en moins ! C’était une sensation bizarre. J’avais l’impression qu’il était en train de disparaître sous mes yeux… Son visage et son corps se transformaient, il s’habillait de façon plus féminine. Pas encore en femme, mais je notais du changement. Chaque modification me perturbait un peu plus. En tant qu’adolescent, j’avais du mal à laisser partir mon père au profit de cette nouvelle personne“.

Une thérapie pour accepter la situation

“Pour moi, ça a été comme une sorte de deuil. J’ai consulté un thérapeute sur les conseils de mon entourage, pour prendre de la distance et apprendre à gérer cette nouvelle situation familiale. J’en voulais à mon père d’avoir pris une décision aussi radicale sans m’en parler et d’avoir fait passer son bonheur avant le mien. J’avais beau savoir que c’était égoïste de ma part, c’était ce que je ressentais” analyse Yann.

“Cette thérapie m’a permis d’accepter que ce besoin ressenti par mon père pouvait être légitime. J’ai aussi compris qu’il avait dû énormément souffrir pendant de nombreuses années de ne pas être né femme. Je me suis apaisé au fil des années”, concède-t-il.

Un long processus

“Il a fallu des années avant que mon père parte en Thaïlande subir une opération. C’était il y a deux ans. Avant cela, il s’habillait déjà en femme, mais il n’avait pas tous les attributs féminins. Maintenant c’est le cas. Je sais qu’il a beaucoup souffert physiquement pour devenir une femme. Les diverses opérations ont été très douloureuses. Maintenant, avec le recul, je le respecte d’avoir traversé tout cela pour suivre son rêve.”

“Mais même si je respecte son parcours, je ne suis toujours pas à l’aise en sa présence. En tant que fils, je ne sais pas trop comment je dois le/la considérer. J’ai perdu mes repères. Je l’aime toujours, bien évidemment. Et je sais que son amour pour moi est inconditionnel. Quand j’aurai des enfants, je leur dirai que c’est ma deuxième maman, pour ne pas les perturber. Et un jour, quand ils seront en âge de comprendre, je leur expliquerai sans doute les choses. En attendant, nous faisons tout pour améliorer notre relation”, conclut Yann.

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