Vécu, le Cap d'Agde : "Bipolaire, ma vie a longtemps été un enfer"

Reportage

Hélène, tout juste quadragénaire, cache en elle un bien lourd secret : sa bipolarité, diagnostiquée il y a plus d'une dizaine d'années. Elle raconte…

Photo © Brooke Cagle / Unsplash

“Je ne me sentais pas comme tout le monde”

Du plus loin qu’elle se souvienne, Hélène a toujours ressenti de la tristesse. Dans la cour de récré, à la maternelle. Chez elle, quand elle s’enfermait dans la lecture. Puis une fois adulte, lorsqu’elle se forçait à sourire dans les sorties entre amis ou au travail. Cette tristesse était entrecoupée de forts moments de joie où son cœur semblait exploser, ou d’émerveillement pour la nature, une exaltation des sentiments d’amitié, des passions soudaines pour telle ou telle activité, vite délaissée. Puis arrivaient des périodes sombres, souvent sans raison précise, où elle se sentait au fond du trou.

Une jeune femme
© Taylor Hernandez / Unsplash

“Au fond de moi, je ne me sentais pas comme tout le monde”, explique Hélène, qui poursuit : “Je n’ai pas su identifier cette alternance de hauts et de bas, avec des bas qui m’aspiraient vers le fond. Je pensais seulement être dépressive. Parce que mes hauts étaient finalement des moments ‘normaux’, selon moi. Donc je vivais dans une sorte de fatigue nerveuse, éprouvée par chaque petit événement. Je me croyais juste hypersensible ; je me protégeais du stress, des risques de mauvaises nouvelles, construisant comme une carapace autour de moi au fil des années”.

Dans ses périodes de joie, qu’elle interprète comme des retours à la vie, elle entreprend mille choses, se sentant dynamique. Elle veut s’initier à la poterie, apprendre le piano… Elle rempote ses fleurs, s’occupe de son jardin, sourit, est très sociable…

Un drame puis une renaissance

Mais un rien la met à terre, la démoralise… Dans ces cas-là, elle n’a plus goût à la vie, se sent inutile, veut en finir. Elle consulte un psychiatre pour soigner sa dépression, mais le traitement n’est pas efficace. Un jour, elle passe à l’acte, prend volontairement trop de médicaments et sombre dans le coma. Prise en charge aux urgences, elle sort du coma 24 heures plus tard, ayant perdu quelques facultés cognitives et devant réapprendre à coordonner ses mouvements.

medicaments

Cette tentative de suicide alerte son psychiatre, averti que les tentatives de suicide sont le plus souvent le fait de personnes bipolaires. Il l’interroge plus en profondeur, et pose un diagnostic. “Lorsque mon psy m’a appris que j’étais bipolaire, ça a été comme un soulagement. J’ai déculpabilisé de nombreuses choses, car j’ai compris que c’était ma maladie qui m’avait poussée à agir ainsi, et que je n’étais pas moi-même dans ces moments-là. Je me suis sentie moins seule et plus comprise. Rassurée aussi, car le psy m’a expliqué qu‘il existe des traitements de la bipolarité permettant de réguler l’humeur. Il m’en a d’ailleurs immédiatement prescrit un. Il m’a remis un fascicule détaillant les manifestations de la bipolarité, pour savoir identifier les phases de haut et de bas. Les noms de célébrités y figuraient, ce qui m’a donné du courage. Je me suis dit que je ne me laisserais plus avoir par cette maladie. Ça a été un nouveau départ pour moi”, se souvient Hélène.

Une femme contemplant la mer
© Artem Kovalev / Unsplash

Une nouvelle vie, plus à l’écoute d’elle-même

Dès lors, Hélène apprend à se pardonner : Je me comprends mieux maintenant que l’on m’a expliqué le fonctionnement de la bipolarité. Le traitement apaise et lisse mes changements d’humeur. Et surtout, j’ai appris au fil des ans à reconnaître l’approche de la phase de bas. Il m’arrive encore d’avoir des moments d’abattement durant plusieurs jours, mais je les gère mieux. Je vis ce que j’ai à vivre de désagréable sur l’instant, tout en sachant qu’une période meilleure m’attend à la sortie du tunnel. Je suis animée d’un espoir constant basé sur mon expérience de la maladie : quand on sait que l’on va vivre de belles choses plus tard, on endure beaucoup plus facilement la période de dépression. On sait que c’est juste un mauvais moment à passer. Quand on connaît le mécanisme qui sous-tend ces phénomènes, il suffit de se raisonner et de se dire ‘patience, ça va s’arranger’. Ce qui est vrai à chaque fois !”

Une femme joyeuse qui lève les bras
© Guillaume de Germain / Unsplash

Hélène est plus à l’écoute d’elle-même, de son bien-être. Elle s’accorde des moments de détente physique, s’oxygène, fait de grandes balades en pleine nature, du sport, voit ses amis. Car elle a compris qu’il est nécessaire qu’elle fasse du bien à son corps pour que son mental se porte bien.

Une femme souriante
© Ekaterina Krusanova / Unsplash

Elle veille à pratiquer la pensée positive et à s’entourer de personnes optimistes. Elle met un point d’honneur à contrer toute remarque pessimiste en provenance de son entourage. Quand c’est possible, elle privilégie un rythme de travail raisonnable, des horaires cadrés, et veille à se préserver de bonnes plages de sommeil, pour éviter tout déséquilibre interne. Elle cultive la joie et le goût du beau, pour influer positivement sur son mental.

Une femme dans un champ de fleurs
© Erriko Boccia / Unsplash

Hélène mène aujourd’hui une vie globalement heureuse, tout en suivant une thérapie pour s’alléger de certaines lourdeurs passées. Elle conclut : “En amour comme en amitié, je suis comblée. Ma vie est désormais plus simple que pendant toutes ces années de lutte contre moi-même. Je me sens apaisée et je m’accepte telle que je suis. Il aura fallu de longues années et un drame pour qu’un diagnostic soit posé et que je sache un peu mieux qui je suis. Mais je ne regrette pas mon parcours chaotique. Il m’a permis de travailler sur moi et de devenir une meilleure personne, plus empathique, compréhensive et tolérante envers les autres…”

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