Au Carré Sainte-Anne, une rétrospective féerique de Jean-Michel Othoniel

Superbe et enchanteresse, la nouvelle exposition "Géométries amoureuses" présentée au Carré Sainte-Anne jusqu’au 24 septembre 2017 propose une rétrospective lumineuse de la période verre du plasticien Jean-Michel Othoniel. Ses « joyeuses installations de verre », telles qu’il les définit lui-même, toutes en rondeurs, sont un merveilleux chatoiement de couleurs. Les visiteurs sont enveloppés par son univers féerique digne des contes de notre enfance. L’art contemporain dans toute sa beauté… L’exposition répond à celle, plus sombre, proposant en parallèle des pièces actuelles de l’artiste, au CRAC de Sète.

Au Carré Sainte-Anne figurent des pièces majeures de son parcours artistique. La première d’entre elles, située sur le mur du fond de la nef centrale, est le Contrepet. La toute dernière est son Chemin de briques bleues, datant de 2016, qui s’étire le long de la nef et constitue l’une des clefs de voûte de l’exposition… mais au sol. Cette rétrospective met à l’honneur des œuvres collectionnées par Jean-Michel Othoniel, extraites des nombreuses séries qu’il a réalisées durant sa carrière, sortes de jalons emblématiques de son art qu’il a souhaité conserver pour agrémenter sa propre collection. Cette mini-rétrospective résume en quelques pièces celle qui s’était tenue au Centre Pompidou en 2011. Un régal !

 

Des bijoux et parures monumentaux

En hauteur flottent dans l’église désacralisée des Leurres et un rosaire, sortes de « fleurs vénéneuses, parures ou bijoux érotiques », selon Othoniel. La thématique du bijou est reprise par ses colliers en verre. Tout d’abord le petit Collier Cicatrice – la cicatrice étant un thème cher à l’artiste – qui fut distribué aux visiteurs lors d’une exposition ambulante.

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Un collier monumental en verre de Jean-Michel Othoniel. © photo : Virginie Moreau

Puis l’immense Collier Seins réalisé à Hawaï et figurant le collier de bienvenue distribué sur ce territoire. Que, pour la petite histoire, Othoniel aimait tellement qu’il l’a racheté lors d’une vente aux enchères. Ou encore le gigantesque Collier Rouge réalisé, comme Le Collier Cicatrice, avec les verriers de Murano. « Ce Collier Rouge porte en lui toutes les vibrations du rouge de Venise ; sa couleur est unique », selon Jean-Michel Othoniel. L’artiste l’a conçu comme un assemblage de cœurs.

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Le “Pink Lotus”, posé sur le “Chemin de briques bleues” © photo : Virginie Moreau

Pour sa part, le Pink Lotus, tel un assemblage de grands bracelets, arbore fièrement sa géométrie. Les « bijoux-talismans » d’Othoniel, aux dimensions gigantesques, pèsent des tonnes. Comme la plupart des pièces en verre créées par et pour lui, leur couleur et leur transparence suscitent le désir de les toucher. La tentation. On est bien loin des premières œuvres, de dimensions raisonnables, pour lesquelles il s’agissait « juste d’enfiler des perles » (dixit le créateur) ; maintenant, toute une logistique est nécessaire pour la conception et le transport des œuvres.

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Les “Larmes” de Jean-Michel Othoniel, disposées sur son “Chemin de briques bleues”. © photo : Virginie Moreau

Posées sur le Chemin de briques bleues, ses Lagrimas (larmes), conçues avec des artisans verriers au Mexique, parachèvent la thématique de la blessure amoureuse, emprisonnant des objets en verre filé, fragments de corps heurtant des formes contondantes.

Le sens du sacré

Parmi les œuvres figurant au Carré Sainte-Anne, posée sur une mini niche éclairée, La Vierge du Jardinier (en verre bleu) a été réalisée pour le musée des Augustins à Toulouse. Elle représente une statue de Vierge, alors nichée dans la croix de pierre, qui fut volée pendant la Révolution. Ses pieds disparaissent dans un récipient destiné à abreuver les oiseaux, prouvant l’attachement de l’artiste pour la nature.

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Des bannières rappelant les processions religieuses. © photo : Virginie Moreau

De part et d’autres de la nef, des sortes de bannières en équilibre sur des tiges d’acier forment comme une procession, soulignent les commissaires de l’exposition, Nicole Kerangueven et Edouard Aujaleu, des Amis du Musée Fabre. Surplombant l’ensemble, une superbe croix appelée Géométrie Amoureuse (qui a donné son nom à la double exposition) prolonge la métaphore religieuse. Laquelle est achevée par Edouard Aujaleu qui évoque « la théologie de la lumière », s’agissant de l’œuvre d’Othoniel. Enfin, le remarquable Chemin de briques bleues, sorte de voie sacrée miroitant de mille feux, accentue la dimension spirituelle de l’installation globale.
Aux murs, un Herbier Merveilleux évoque le « langage » et la symbolique des fleurs.
Jean-Michel Othoniel livre, au Carré Sainte-Anne, une éblouissante exposition-cocon, chatoyante et miroitante, digne des contes de fées.

 

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Jean-Michel Othoniel © photo : Virginie Moreau

 

Un brillant parcours. A sa sortie de l’Ecole des Beaux-Arts de Pontoise en 1988, Jean-Michel Othoniel a réalisé des œuvres en cire et en soufre, avant de trouver véritablement sa voie dans le verre. Tout a débuté lorsqu’une vulcanologue lui a expliqué que l’on pourrait obtenir de l’obsidienne noire en faisant fondre de la pierre ponce blanche. Aux frontières de l’art, de la science et de l’alchimie, en collaboration avec les chercheurs du CIRVA, il a réussi le tour de force de transformer de la pierre ponce en obsidienne, matière jusqu’alors disparue. Le Contrepet, exposé au Carré Sainte-Anne, est l’une des trois œuvres résultant de ce travail. Ayant apprécié ce travail en équipe, Othoniel a ensuite enchaîné les collaborations avec des verriers, au gré de ses voyages, à Murano, Hawaï… et le verre est devenu sa signature. Pensionnaire à la Villa Médicis, à Rome, il a d’abord fait résonner ses œuvres en verre en relation avec les paysages, puis avec des lieux historiques, et enfin avec l’architecture. Son œuvre, aux formes organiques, reflète les blessures, l’érotisme et la poésie de la vie. Sa notoriété devenue internationale, les commandes publiques ont afflué. Il a notamment ornementé l’entrée de la station de métro parisienne Palais Royal – Musée du Louvre, la transformant en un onirique Kiosque des Noctambules paré de verre. Il a également conçu trois fontaines pour les jardins du château de Versailles, intitulées Les Belles Danses. Et a exposé dans les plus grands musées du monde : Fondation Cartier, Collection Peggy Guggenheim, MOCA de Miami, Musée du Louvre… Certains, comme le Musée d’art moderne de la ville de Paris, ont intégré ses œuvres dans leurs collections. Jean-Michel Othoniel a aussi bénéficié d’une rétrospective à Beaubourg (Centre Pompidou) en 2011…

 

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

Informations pratiques

Carré Sainte-Anne
2, rue Philippy
34000 Montpellier
Tel. : 04 67 60 82 11.

Ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 13h et de 14h à 19h.

 

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