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Culture & Loisirs

Les dessins de Lekleti en mode majeur à Montpellier

Le dessinateur et peintre Mohamed Lekleti a investi l’Espace Bagouet, espace d’Art de la Ville de Montpellier (dont les cimaises ont notamment accueilli le Chemin de Croix de Robert Combas et Ladislas Kijno), à l’occasion d’une exposition personnelle intitulée “Esprit éclairé, esprit libre”, consacrée aux arcanes majeurs du tarot. Placée sous le commissariat artistique de […]

Le dessinateur et peintre Mohamed Lekleti a investi l’Espace Bagouet, espace d’Art de la Ville de Montpellier (dont les cimaises ont notamment accueilli le Chemin de Croix de Robert Combas et Ladislas Kijno), à l’occasion d’une exposition personnelle intitulée “Esprit éclairé, esprit libre”, consacrée aux arcanes majeurs du tarot. Placée sous le commissariat artistique de Michel Enrici, critique et historien d’art renommé, ancien directeur de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, et présentant des œuvres d’Hervé Di Rosa et Pat Andrea, il est question dans cette exposition de tarot, de textures, de confrontations, d’invitations, d’introspection, de métaphores, de mystère, de chemin initiatique. Interview…

Quel est le propos de votre exposition « Esprit éclairé, esprit libre ? », qui se tient à l’espace Bagouet du 9 mars au 29 mai 2016 ?

Mohamed Lekleti : « Le fil directeur en est le tarot. J’ai souhaité m’inspirer des arcanes majeurs, mais pas les illustrer au sens propre du terme. Disons que je respecte quelques-uns de leurs codes, mais que j’y glisse mon imaginaire. »

Pourquoi ce thème du tarot ?

Mohamed Lekleti : « Parce que mon travail est depuis toujours basé sur l’introspection. Or il y a questionnement de soi quand on interroge les cartes. La personne qui lit dans les cartes exerce une forme de contrôle vis-à-vis de la personne qui la consulte. Et celle qui veut connaître son avenir veut le contrôler. Cela fait écho aux liens, aux attaches, aux fils qui relient ou guident souvent les personnages dans mes œuvres, et qui font notamment référence à la société de contrôle dans laquelle nous vivons. J’ai aussi choisi le thème du tarot parce que les cartes sont doubles. Chacune d’elle peut avoir deux interprétations. Par exemple, l’arcane sans nom peut à la fois signifier la fin de toute chose, la fin d’un cycle… et un nouveau départ. C’est très proche de ma problématique. Je travaille depuis très longtemps sur cette notion de double. Mes œuvres abordent les oppositions entre le Bien et le Mal, le mont céleste et le mont terrestre, le féminin et le masculin… Chaque personne en elle-même est subtilement double. Voilà pourquoi j’ai choisi le tarot comme fil directeur de l’exposition. »

Comment avez-vous procédé ?

Mohamed Lekleti : « Il s’agit d’un travail sur papier, protégé sous verre. Des grands formats. Pour certains arcanes, j’ai choisi de créer un fond : une photographie que j’ai retravaillée et fait imprimer sur papier, et qui sert d’arrière-plan à mon dessin. Mais ce n’est pas systématique. L’idée essentielle est de confronter deux médiums : la photographie et le dessin ou la peinture et le dessin. En incluant parfois des collages, pour jouer sur les textures. Car depuis quelque temps, j’aime intégrer des éléments en relief. Mais globalement, le dessin est très présent ; le côté graphique est dominant. Je crée des dessins peints. »

Pourquoi tant d’animaux dans cette série ?

Mohamed Lekleti : « Dans mon travail, tout est métaphore. Les animaux symbolisent notre part d’animalité. »

Vous avez aussi réalisé une œuvre « in situ », sur l’un des murs de l’Espace Bagouet…

Mohamed Lekleti : « L’œuvre in situ, créée sur le mur du fond, est en lien avec un arcane du tarot, le Fou. Partant de l’expression marocaine qui dit que l’oiseau s’est envolé pour indiquer qu’une personne est devenue folle, j’y ai représenté une multitude d’oiseaux qui s’échappent de la tête d’un homme et qui s’envolent tout autour. L’homme est sur une roue qui tourne en équilibre instable, actionnée par une main démesurée. Il y a des rouages. C’est toute la mécanique de son cerveau qui s’emballe. Il y a aussi une référence à la folie d’Icare. Cette œuvre peinte est rehaussée de plumes collées et d’oiseaux empaillés, comme perchés, pour une plus grande théâtralisation du thème dans l’Espace Bagouet. Je suis habitué à créer des œuvres éphémères ; celle-ci sera effacée quand l’exposition s’achèvera, et c’est bien ainsi. »

Pour cette première exposition dans un lieu d’art de la Ville de Montpellier, votre ville d’adoption, on aurait pu s’attendre à ce que vous exposiez des peintures sur toile…

Mohamed Lekleti : « J’imagine ! Mais l’Espace Bagouet est un lieu intime ; selon moi, il se prête bien au dessin, qui lui-même relève de l’intime, de la spontanéité. »

Est-ce que tous les arcanes majeurs vous intéressent de la même façon ?

Mohamed Lekleti : « A vrai dire non. J’ai agi à l’instinct. J’ai ressenti un élan naturel qui m’a poussé à travailler sur certains arcanes et pas d’autres. D’ailleurs, au total, je n’en traite qu’une dizaine, et non les vingt-deux arcanes. L’arcane sans nom, le Diable, l’Amoureux, l’Etoile, le Soleil, la Lune, la Force  et le Pendu, notamment, m’ont attiré d’emblée. »

Et vous avez invité deux artistes à revisiter eux aussi des arcanes du tarot.

Mohamed Lekleti : « Effectivement, j’ai invité les peintres Hervé Di Rosa et Pat Andrea, dont j’apprécie beaucoup le talent, à me donner leur propre vision des arcanes. Je présente un diptyque sur la Lune, composé de mon œuvre et de celle de Pat Andrea. Ne voulant pas être influencé par l’œuvre de Pat Andrea, j’ai tenu à ce que nous travaillions séparément. Dans l’exposition figurent aussi six arcanes majeurs réalisés par Hervé Di Rosa en 2003. »

Pourquoi ce choix d’inviter deux autres artistes ?

Mohamed Lekleti : « Parce que je trouve intéressante cette confrontation de deux de mes œuvres avec celles de deux grands talents de l’art contemporain. Quand je parle de confrontation, il s’agit bien évidemment d’une mise en perspective amicale. Nous aurions aussi pu créer des œuvres à quatre mains, l’un débutant l’œuvre, l’autre l’achevant. Nous, les artistes, sommes souvent cantonnés à nos ateliers respectifs. Le travail de création est souvent solitaire. Il me semble important de s’ouvrir. »

Que vous apporte le fait de créer ?

Mohamed Lekleti : « Dessiner et peindre me permet d’aiguiser mon regard sur le monde, de réfléchir à ma condition, et plus globalement à la condition humaine, à la notion de perception. L’enchaînement des séries me maintient dans un état de réflexion. Pour moi, le dessin est un chemin initiatique… »

Propos recueillis par Virginie MOREAU

vm.culture@gmail.com

Légende visuel : La lune © Mohamed Lekleti

 

Espace Bagouet – Esplanade Charles de Gaulle – Montpellier – Tel. : 04 67 63 42 78.

> Entrée libre.

> Ouvert du mardi au dimanche inclus, de 10h à 13h et de 14h à 18h.

> Visites guidées hebdomadaires les mercredis à 16h.

> Visites guidées en groupe : réservations obligatoires par courriel envoyé à visites@ville-montpellier.fr ou par téléphone au 04 67 66 88 91.

> Une visite commentée par le commissaire de l’exposition, Michel Enrici, en présence de l’artiste, sera organisée le samedi 9 avril à 16h00.

> Visites guidées par Mohamed Lekleti les samedi 30 avril et 21 mai à 16h.

> L’Espace Bagouet est accessible aux personnes handicapées.

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