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SCANDALE À PÉZENAS (34) : un chef d'œuvre de Compagnon tailleur de pierre brisé et jeté à la décharge !

Cette alerte reprend l'article publié sur mon blog, avec commentaires, à l'adresse suivante :http://compagnonnage.info/blog/blogs/blog1...detruitapezenasIl…

Cette alerte reprend l'article publié sur mon blog, avec commentaires, à l'adresse suivante :
http://compagnonnage.info/blog/blogs/blog1…detruitapezenas


Il n'est pas dans les habitudes de ce site de polémiquer (si ce n'est à l'encontre des faussaires et des experts incompétents 😉 mais il m'a semblé en l'occurrence intolérable que les services municipaux de Pézenas ne puissent avouer, directement et simplement, ce qui est arrivé et ce qu'ils ont fait des morceaux. Nous appellons donc à ce que toute la lumière soit faite sur ce « malheureux accident » (dixit les élus) et à ce que les honneurs pierreux puissent être rendus à cette pierre assassinée.
Merci donc à nos lecteurs de « faire le buzz » autour de cette affaire ! Un lien en fin d'article vous permettra si vous le souhaitez de manifester votre indignation auprès de la mairie de Pézenas.

Jean-Michel Mathonière
http://www.compagnons.info


`Le coutelier Daniel Renault m'a alerté il y a quelques jours sur le fait que les services techniques de la ville de Pézenas (34) avaient semble-t-il « perdu » la trace d'un chef-d'œuvre de Compagnon Passant tailleur de pierre (de l'Association ouvrière) qui avait été offert par ce dernier à sa cité d'origine et qui ornait jusqu'il y a peu un des ronds-points du centre-ville.

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Laissons le soin à son auteur, le Coterie Frédéric Degenève, originaire de Pézenas et aujourd'hui appareilleur à la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame à Strasbourg, de présenter sa pièce (cette présentation est extraite d'un courrier datant de l'époque où la pièce a été offerte à la Ville) :

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Frédéric Degenève devant sa pièce de Réception de Compagnon, D.R.

Cette balustrade circulaire rampante monolithe en pierre de Richemont a nécessité 700 heures de travail ardu et passionné. Elle est le chef d’œuvre et l’aboutissement de mon tour de France pour être reçu Honnête Compagnon Passant tailleur de pierre du Devoir, dit « La Rigueur de Sète ».

Huit ans de travail de la pierre, de voyage en passant par nos belles villes de Rodez, Angers, Mirepoix, Toulouse, Paris, Strasbourg, Tours, m’ont permis de découvrir et d’acquérir le savoir-faire de différentes régions. Ce long voyage n’a pas toujours été facile, et comprend une remise en question tant sur le plan humain que professionnel, c’est un long apprentissage de la vie. En fin du tour de France, l’aspirant compagnon doit accomplir une pièce exceptionnelle en trait et en taille pour devenir compagnon. Elle est le reflet de la maîtrise de son métier.

J’ai voulu allier complexité et symbolisme en intégrant la croix languedocienne de mes origines, sur un motif inspiré de la cathédrale de Strasbourg pour la finesse du tracé, et une pierre de Touraine pour le voyage. Ce travail achevé, je me suis installé à Strasbourg au service du bureau d’études de l’Œuvre Notre-Dame, fondation qui a construit et qui restaure encore de nos jours la cathédrale.

Une telle « perte » est inadmissible. J'ai envoyé un courriel mercredi 2 mars à la mairie de Pézenas afin de témoigner de mon indignation et leur proposer de s'expliquer avant la publication de cet article… Voici la première réponse donnée par la directrice de la Communication de la Ville de Pézenas, jeudi 3 mars en début d'après-midi :

« Votre message a été transmis aux élus concernés et une réponse va vous être faite sur ce qui est un accident et non « une disparition voire une destruction » de la croix réalisée par un compagnon tailleur de pierre.

Cette malheureuse affaire donnant une fausse image de l’intérêt que la Ville et ses élus portent depuis des années au travail des artisans, créateurs et compagnons, vous trouverez pour information [en pièce jointe] un article du quotidien régional de cette semaine :

Par l’intermédiaire de son Maire, la Ville de Pézenas a accueilli M. le Préfet de la Région Languedoc Roussillon, Messieurs les Sous-Préfets de Béziers et Lodève, au sein de l’Entreprise du Patrimoine Vivant de Serge Ivorra, pour la présentation du Plan de mobilisation en faveur de l’Emploi et pour saluer le travail réalisé par les jeunes en apprentissage, notamment Geoffrey qui se présente demain pour devenir compagnon. »

Un « accident », pourquoi pas ? Mais il serait plus simple de dire immédiatement en quoi consiste cet « accident » (un camion l'aurait-il percuté et mis en pièces ?), au lieu de botter en touche en annonçant une réponse à venir des élus et de chercher à noyer le poisson en brandissant une action (de l'État via le corps préfectoral, et non de la mairie !) en faveur de l'emploi des jeunes et des chômeurs de longue durée, dont la communication sur le plan local s'est concrétisée par la visite de plusieurs sous-préfets dans l'entreprise d'ébénisterie du Pays Serge Ivorra (Compagnon du Devoir de Liberté)…

C'est bien, et je sais justement combien la belle cité de Pézenas s'intéresse aux métiers d'art, mais cette première réponse ne répondait aucunement à la question de savoir ce qu'est devenu le chef-d'œuvre de Frédéric Degenève ! Au chef-d'œuvre disparu d'un Compagnon tailleur de pierre, j'ai pour ma part le sentiment d'une réponse qui est un bel exercice de langue de bois ! J'ai donc pour ma part répondu ceci :

« […] pour ce qui concerne le chef-d'œuvre disparu, je ne comprends pas très bien pourquoi vous ne pouvez pas m'éclairer directement et simplement sur cet “accident” qui ne serait donc pas, selon vous, une “disparition” voire une “destruction”.

Je vais donc reformuler mes interrogations, de manière à ce que vous puissiez m'apporter des réponses sans équivoque :

Ce chef-d'œuvre a-t-il oui ou non disparu ? A-t-il été détruit ? Si oui, ces disparition et/ou destruction sont-elles accidentelles ? Quelle est la nature de cet accident ? »

Jeudi 3 mars en début de soirée, j'ai reçu un nouveau message m'indiquant qu'il s'agissait bien d'un « malheureux accident » (mais la nature de celui-ci n'est toujours pas indiquée…) et que la Ville avait présenté des excuses officielles à Frédéric Degenève (j'ai demandé à ce dernier de me confirmer la chose et de me donner son point de vue sur l'affaire, mais je n'ai pas encore reçu sa réponse). Une réponse officielle des élus était annoncée pour ce vendredi matin, la voici in-extenso :

« Le chef d’œuvre de M. De Genève, une magnifique Croix du Languedoc, a été placé en entrée de ville après sa présentation, Place des Etats du Languedoc, en raison de l’homothétie des noms et pour une meilleure visibilité des automobilistes et piétons.

A l’époque, par l’intermédiaire de Mme Ginette Michel, Adjointe aux finances et amie de la famille De Genève, la Ville de Pézenas a financé l’achat de la pierre et le transport de l’œuvre.

Voulant mettre en valeur cette œuvre, la Ville a certainement choisi un emplacement inadéquat à l’époque et un lieu comme le parc sans souci aurait sûrement constitué un écrin moins vu mais mieux protégé.

La place des Etats du Languedoc a complètement été restaurée en 2008, lors de la réhabilitation de l’Hôtel de Peyrat qui accueille désormais l’Office de Tourisme et le Scénovision Molière, selon un schéma validé par l’architecte en chef des bâtiments de France. La Croix a alors été déplacée et stockée aux Ateliers municipaux en attendant d’être intégrée à un projet complémentaire d’aménagement.

Pour information complémentaire, une fontaine est également stockée en attente d’aménagement du parvis de l’Hôtel de Peyrat.

En septembre dernier, lors d’une opération de rangement et nettoyage des Ateliers municipaux, la Croix du Languedoc est accidentellement tombée et s’est brisée en différents morceaux, accident malheureux ne permettant pas sa restauration.

La Ville de Pézenas a présenté ses excuses à M. De Genève oralement et par écrit.

Cet accident est fort regrettable mais il l’est encore plus dans la mesure où il passe sous silence le soutien fort que la Ville, par ses choix politiques et ses engagements, apporte au compagnonnage, aux artisans et aux créateurs. Dans ce domaine la Ville de Pézenas a été un modèle pour les autres collectivités. »

Notons tout d'abord qu'il semble bien qu'ayant financé à l'époque l'achat de la pierre et le transport de l'œuvre, et cette dernière lui ayant été offerte, la Ville s'en estime en quelque sorte la complète propriétaire et libre d'en user comme il lui en plaira. C'est faire peu de cas du droit moral du créateur… J'y reviendrai.

Notons ensuite que l'on avoue (enfin !) que cette œuvre a été détruite et en quelles circonstances (on aurait toutefois apprécié avoir un peu plus de détails). Accidentelles. Pourquoi ne pas l'avoir simplement dit, depuis le début.

Comment une œuvre d'un tel volume, poids (de mémoire environ 800 kg !), a-t-elle pu accidentellement tomber et se briser en plusieurs morceaux ? N'était-elle pas soigneusement entreposée, sur une palette avec des protections ?

Il est par ailleurs totalement inacceptable de constater que cet « accident » n'a pas été tout d'abord signalé à Frédéric Degenève avant que de prendre la décision, sans aucune compétence technique, que la pièce était irréparable et, par conséquent, devait « disparaître » ! Les recollages, greffes de pierre et autres restaurations, ça existe et c'est d'ailleurs le savoir-faire que met en œuvre jour après jour depuis plusieurs siècles l'atelier des tailleurs de pierre de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg au sein duquel travaille ce Coterie ! Pourquoi diantre ne pas lui avoir aussitôt téléphoné pour voir si c'était réparable ? Pourquoi fichtre avoir cherché à cacher cet « accident » ? La mairie n'est-elle pas assurée pour couvrir les frais de restauration ? Le responsable de cette gabegie bénéficie-t-il de protections particulières ?

Des dizaines de questions qui mettent mal à l'aise peuvent se poser dès lors que l'on ne sait même pas où a été dissimulé, jetté à la décharge le résultat de cet « assassinat ». Par exemple, le chef d'œuvre ne pourrait-il pas avoir été volé et ce vol, commis par un « initié », dissimulé en « malheureux accident » ?

Frédéric Degenève a accepté les excuses de la ville mais a demandé où avaient été enterrés les morceaux de son chef-d'œuvre. Pourquoi n'a-t-il toujours pas obtenu de réponse ?

Cette même question, en mon nom personnel et au nom de nombreux Compagnons, je la pose à nouveau à la Ville de Pézenas : où sont enterrés les fragments du chef-d'œuvre de La Rigueur de Sète ?

Il est souhaité, conformément à la tradition multiséculaire des Compagnons tailleurs de pierre de Strasbourg, de pouvoir enterrer selon les rites ce « Bernhardt », cette pierre mutilée et lui rendre les honneurs. La Ville de Pézenas, fière de son soutien aux artisans d'art et au Compagnonnage, accèdera-t-elle à cette demande légitime ? Aura-t-elle un geste fort de compensation, si tant est que l'on puisse compenser un tel morceau de la vie d'un homme ?

En attendant une réponse qui ne soit pas à nouveau un exercice de langue de bois, je suggère aux visiteurs de ce site d'écrire au maire et de lui faire connaître leur indignation ! Et de buzzer un max puisqu'il semble que ce qui ennuie le plus la ville en la circontance, ce n'est pas la perte de ce chef-d'œuvre mais la mauvaise image que cela donne de la cité !

Formulaire de contact de la ville de Pézenas, pour envoyer vos protestations : http://www.ville-pezenas.fr/contact.html

Et pour conclure sur une note humoristique, espérons maintenant qu'un autre chef-d'œuvre de Compagnon Passant tailleur de pierre, celui de Cédric Archimbeau, dit « La Patience de Pézenas », qui consiste en la reproduction de l'escalier de l'hôtel Lacoste à Pézenas, ne disparaîtra pas à son tour… Celui-ci est conservé dans une belle exposition sur le patrimoine à l'intérieur de l'office de tourisme de Pézenas. Espérons que la dynamique et compétente animatrice du Patrimoine gardera l'œil ouvert sur cette autre très belle pièce ! On ne sait jamais, des fois que les services techniques de la ville entreprennent de le déplacer…

Jean-Michel Mathonière
http://www.compagnons.info


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